‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 98 sur 192 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

longtemps (1). Ses produits ont conservé, parmi les amateurs, le nom de Mombaerts. Ce sont en général des couveuses, des poissons, des animaux, des légumes de tout genre. La fabrique de Mombaerts a été continuée jusqu'à nos jours par les Artoisenet et les Morren, et a laissé une bonne réputation. L'ancienne faïence bruxelloise est belle, d'un bon usage et très recherchée; ce qui la distingue plus particulièrement, c'est la qualité de la couverte, qui résiste parfaitement à la chaleur et au frottement. Quant à la porcelaine bruxelloise, on en rapporte les premiers essais à Charles de Lorraine, qui fonda un atelier voisin du château de Tervueren. Après sa mort, en 1780, une société établit à Schacrbeek, dans la villa de Monplaisir, une fabrique qui jouit d'une certaine réputation, mais qui ne subsista que pendant quelques années. En 1791, le notaire Lecomartin l'acheta et la fit démolir. Un négociant bruxellois, Chrétien Kuhne, en avait installé une autre dans une villa située entre Bruxelles et Etterbeek, et que l'on appelait la Cour de Toulouse. De grands avantages lui furent accordés par un octroi daté du 19 octobre 1787, et pendant une vingtaine d'années les produits de Kuhne se firent remarquer par l'élégance des formes, la beauté des dessins et la solidité des couleurs. On manque de renseignements sur le résultat des efforts de Dominique-Joseph Ris et du peintre Jean Barr, qui commencèrent en 1788 à peindre et à dorer de la porcelaine de Sèvres à Bruxelles. On n'a pas jusqu'à présent découvert d'oeuvres portant leur nom, mais on a été plus heureux en ce qui concerne L. Cretté, qui demeurait rue d'Arcnberg (2) en 1791. Ce dernier fut le précurseur de Frédéric Faber, dont la réputation fut grande pendant le premier tiers du xixe siècle. On attribue généralement à Bruxelles les pièces signées d'un B surmonté d'une couronne, ou d'un B suivi d'une marque formant une sorte de grand A (3). Les plus riches collections particulières de faïences de Bruxelles sont celles de MM. A. Evenepoel et Frédéric Fétis ; le Musée de la porte de Hal possède en faïence de Tervueren un magnifique réservoir de fontaine en forme d'urne, aux armes de la maison de Lorraine. MM. A. Evenepoel, de Cannart d'Hamalc, le baron Alfred de Vinck de Winnezele, le baron de Fierlants, MM™» Léon Suys, Powis de Tenbossche et Pigeolet ont exposé en 1880 les plus beaux spécimens des porcelaines de Bruxelles.

Nous tenons à dire ici quelques mots de la numismatique bruxelloise, sans contredit l'une des plus intéressantes à étudier, à cause du rôle important qu'elle joue dans l'histoire métallique du pays.

En général, les amateurs répartissent leurs collections en une foule de séries diverses, s'inspirant en cela bien plus de leurs goûts et de leurs préférences personnels que d'un ordre méthodique; scientifiquement en effet les numismates

(:) Il y avait en 1700 une fabrique Mombaerts dans la rue de la Montagne.

(2) M Léon Suys et M Pigeolet possèdent de lui de fort précieux services.

(3) Catalogue de l'Exposition nationale de 1880. Céramique.

admettent : la numismatique ancienne, comprenant tous les monuments métalliques antérieurs à la chute de l'empire d'Occident; la numismatique du moyen âge, qui commence peu avant Charlemagne et va jusqu'au milieu du xve siècle, et enfin la numismatique moderne, qui prend date avec la renaissance des lettres et des arts pour se continuer jusqu'à nos jours.

Les amateurs de la numismatique bruxelloise, n'ayant pas à s'occuper de la numismatique ancienne, adoptent généralement quatre séries principales : les monnaies, les médailles, les méreaux et les jetons.

Le chiffre considérable des pièces que comprennent ces quatre séries exigerait, s'il fallait les décrire toutes, même sommairement, un volume entier. Mais que nos lecteurs se rassurent et nos éditeurs aussi; pour ne pas sortir des limites primitivement assignées à cet ouvrage, nous nous en tiendrons à la première de ces séries, celle des monnaies, dont un rapide examen suffira à faire apprécier l'intérêt que présenterait une étude plus générale et plus approfondie de la numismatique bruxelloise ; le caractère purement archéologique des souvenirs que ce livre consacre ne comporterait pas de plus amples développements sur un sujet aussi spécial.

Tout d'abord une question fort intéressante au point de vue historique est de savoir si, en dehors des monnaies obsidionales ou de nécessité, il a existé une monnaie municipale, ou, en d'autres termes, si Bruxelles a jamais possédé le droit régalien de battre monnaie. Certains numismates le prétendent, mais sans administrer la moindre preuve à l'appui de leur affirmation. Dans son Dictionnaire géographique de l'histoire monétaire belge, M. R. Serrure dit qu'aux deniers frappés par l'empereur d'Allemagne, Othon Ier, succédèrent d'autres monnaies impériales et qu'à la suite de l'affaiblissement du pouvoir des empereurs, le chapitre de Sainte-Gudule usurpa le droit monétaire. Il ajoute qu'au xiie siècle la commune se libéra des étreintes du clergé et revendiqua le Jus monetœ, mais aucun document ne confirme cette allégation. Un de nos numismates les plus zélés, M. Ed. Van den Broeck, pense, au contraire, que Bruxelles n'a jamais possédé ce droit et que ses habitants n'eurent pour leurs échanges que les monnaies frappées par les souverains du pays.

Bien que sur beaucoup de monnaies de la série bruxelloise le nom de la ville se trouve inscrit de façons diverses, il y a lieu de croire que ces mentions n'avaient d'autre but que d'indiquer l'atelier de fabrication, comme plus tard les différents monétaires tendaient au même dessein (i).

(i) Les marques d'ateliers nommées différents monétaires furent introduites sur les monnaies du pays vers le milieu du XVe siècle. A Bruxelles le signe monétaire fut d'abord la lettre B ; on le trouve pour la première fois sur la pièce au type de saint Michel frappée en 1488, pendant la minorité de Philippe le Beau, alors que son père, l'empereur Maximilien, était prisonnier à Bruges. On le rencontre ensuite sur les monnaies frappées par les Etats de Brabant, en 1577, et en troisième lieu sur les écus et les liards que Philippe II fit frapper à Bruxelles en i5g2 et i5g3.

Sous le règne d'Albert et Isabelle, l'atelier de Bruxelles adopta pour signe particulier la tète de face (autrement dit la tète d'ange) et il fut conservé jusqu'en 1794, date de la fermeture de cet atelier, pendant notre annexion à la France.

Pendant la réunion de la Belgique à la Hollande, on battit monnaie à Utrecht et à Bruxelles, où l'on reprit de nouveau la

Page 1