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CHAPITRE XIV

Quartiers industriels. — Voyage par la ligne de ceinture. — Le panorama de Bruxelles. Le nouveau port. — Laeken. — Les « MaroUes ». — • L'église de la Chapelle.

La Porte de lîal constitue en fait la limite de partage de Bruxelles, vers le sud-ouest. Ici nous- pénétrons dans une ville en quelque sorte à part, très active, très vivante, siège de nombreuses industries et à laquelle ses usines et ses établissements commerciaux concourent à imprimer une physionomie des plus caractéristiques. Sillonnée de pesants charrois aux robustes attelages brabançons, types de chevaux introduits par Rubens dans ses monumentales compositions, on y voit, sous bien des rapports, la survivance d'un passé déjà lointain. La langue même, arg-ot où se mêle le flamand et le français, dénommé le « marollien ».du c[uartier des MaroUes (ancien couvent des sœurs apostolines», traversé par la rue Haute et ses innombrables affluents, accentue l'impression.

Un coup d'œil sur le plan marque cette démarcation, nous pourrions dire franche et dont la proximité des quartiers maritimes et des princi-

paux marchés de la capitale semljle assurer ])()ur longtcmi^s la ])ersistance. l.'IIospicedes Aveugles, érigé en i85<S sur les jjlans de Cluyseiiaar, la cité Fontainas. ensemble de coquettes résidences attribuées par la ville aux membres retraités de son ])ersonnel enseignant, constituent, dans la dir(Mnion de la gEire du Midi, sur le l)oulevard du même nom, les derniers ensembles d'un caractère quelque peu monumental aperçus dans ces parages.

Pourtant nous ne saurions laisser de faire ressortir l'attrait ]jitto-

riioto Xcuidein.

L'hospice des aveugles.

resque des campagnes limitrophes treiversées par le canal de Charleroi et l'exceptionnelle splendeur du panorama de la capitale, obtenu des hauteurs c[ui la dominent vers le sud-ouest.

Par un des nombreux trains de la ligne de ceinture reliant la gare du !Midi à celle du Nord, l'on peut, sans nulle fatigue, en l'espace de moins d'une demi-heure, jouir d'une vue absolument exceptionnelle sur la ville et ses environs. iVu cours de ce petit voyage, l'on verra se succéder d'une façon extrêmement pittoresque les constructions du grouj^ement desquelles surgissent les tours puissantes de Sainte-Gudule et la flèche aérienne de r Hôtel de Ville. On a l'illusion, à, certain moment, de les voir se confondre, tandis que ])lus haut encore, se dessine la masse écrasante du Palais de Justice. Coup d'œil vraiment inoul^liable!

LE SL'D-OUKST

Ce n'est point, du reste, à ce seul ao-rément que se borne Texcursion. Laeken, avec sa monumentale basilique, érit^ée par sous(-ription nationale à la mémoire de la reine l.ouise. morte en i<S5o, au milieu des regrets universels ; le grandiose Parc royal, le monument gothique de Léopold I-''. enfin le prestigieux ensemble du port de Bruxelles où. à la nuit tombante, sallument d'innombrables fanaux, il y a là. pour l'ami du pittoresque, pour l'indifférent même, un régal dont il est facile de se procurer l'occasion.

Si l'on préfère pénétrer en ville, de la gare du Midi une ligne de tramways se dirige vers la place Royale. Elle traverse le populeux quartier de la rue Blaes, pour atteindre bientôt la place de la Chapelle, le centre même du quartier des « 3Iarolles ».

Ici s'élève une des plus vieilles et des plus intéressantes églises de la capitale : Xotre-Damede-la-Chapelle. couramment « la Chapelle )).

Cette église, dont le vaisseau, du xii'= siècle. esten:partie enclavé dans les constructions avoisinantes, porte visiblement la trace de ses agrandissements successifs. La tour obtuse, de la fin du xV siècle, s'achève en un couronnement bizarre, à renflements superposés, que termine un de ces pinacles en forme de poire, si répandus dans les constructions flamandes du XVII^ siècle.

La nef orientale, appliquée au flanc de l'église, se couronne d'une suc-

Photo Neurdein.

Monument de Léopold 1"" à Laeken.

cession de «ables au nombre de six. comme les fenêtres qu'ils surmontent et dont les tympans, percés d'arcatures trilobées, sont flanqués de clocheions pourvus de niclies où apparaissent les statues (modernes; des ducs de liraljant. de Godefroid 1"" à Jean II.

Au ]K)rtail sud. un l)as-rcli('f. la Triiiitr, ol une œuvre de Constantin iMeunier i<Sgo ; au portail est. ouvrant sur Iclranscjjt. le Cu>/t/-(>Ji iic/iiriit dr la Vicrgi\ par (t. De droot.

La Chapelle*, fondée en i lu. est intérieurement fort ])itt()resque. Du transe])t. ])ar lecjuel on ])énètre on ne tarde jxiint à constater lénorme et choquante différence d'élévation du vaisseau et du chœur. Rien ne la dissimule. 11 \' a là une surface nue (|ue Ton s'étonne de voir totalement inutilisée. Le chceur. au reste, est bas et sombre, ceci nonobstant ses neuf fenêtres en plein cintre.

Restauré en 1S71 ])ar l'arcliitec-te Jamaer. il fut alors pourvu d'un autel de style roman à la place d'un grand ensemble attribué à Rubens. et transféré de})uis à l'ég'lise suburbaine de Saint-Josse-ten-Noode.

Latéralemcnit au chœur, en quelque sorte en annexe, sont deux chapelles. A gauche, et ])rimitivement sé]jarées. celle du Saint-Sacrement et de la .^ladeleine. ( )n y a réuni des ])tMntures (^t des sculptures d'un intérêt artistique sérieux. Adossée, au pilier séparatif de deux baies donnant accès à la chapelle, une belle épitaphe à la mémoire de Charles- Alexandre de Croy. personnage important de la cour des archiducs Albert et Isabelle. Epoux de la fameuse Geneviève d'Crfé, il mourut d'une mystérieuse arquebusade. en 1624. RuVjens, qui fut de ses amis, en parle dans une lettre. Un buste en marbre décore le gracieux édicule.

Aux ])ar()is. d'imposants paysages, animés de sujets du Nouveau Testament, ils .sont de Jacques d'Artois et de Luc Achtschelling. Plus loin, le cénotaphe de Philippe-Hippolyte, de Philippe-Charles et de Hyacinthe S])inola, œuvre passablement boursouflée de Pierre-Denis Plumier, mort à Londres en 1721. Dans la même chapelle, au revers du monument de Croy. une pierre commémorative, placée en 1S34. i)ar les comtes de .Nlérode Westerloo et Amédée de Beauffort. à la mémoire du doyen Anneessens. exécuté en lynj. inhumé dans l'église, plus probablement datis le cimetière de la Cluqxdle.

A la droite du ch(jeur. et dédié à la Sainte-Croix, un autel consacrant le souvenir des reliques données à l'église par Henri HI de Brabant. en 1205. Très exigu, cet oratoire, est décoré de fresques par Jean-Baptiste Van Eycken, de Bruxelles, mort en i<S53. Ces peintures n'existent plus que de nom.

LE SLM)-OUI-:SÏ 13,

La Belgique' s était, nous l'avons dit. prise d'enthousiasme pour la peinture murale, très en faveur en Allemagne et qui trouvait dans les sphères administratives comme dans la haute société, de chaleureux apjjuis. \'an Eycken. un des protagonistes du système, y eut recours, prétendant avoir trouvé un procédé fait pour braver l'action du temps. Cruelle déception !

Il avait représenté, agenouillées en prière, Jeanne de Brabant. Isabelle d'Autriche et Louise-.Marie d'Orléans. Il n'en a rien subsisté,

o^î^sitSîiati

L'cglibc de k Chapelle.

tandis que dans les bas côtés, s'étalent les toiles d un chemin delà Croix, par le même peintre, ayant gardé toute leur fraîcheur.

La grande nef. soutenue par douze colonnes cylindri(iues à base octcgonale, avec chapiteaux ornés de bouquets de feuilles de chêne superposés, au-dessus desquels règne un triforium. n'est pas dénuée de grandeur. Aux colonnes, des statues d'apotres moins disproportionnées que celles de Sainte-Gudjjle, et, comme elles, du xviT siècle.

La chaire, en bois sculpté, est l'œuvre de Plumier. Elle représente le Prophète^Uc dans ta solitude, nourri par t\ingc. Le morceau n'a qu'un faible mérite.

Dans l'église de la Chapelle fut inhumé le grand peintre Pierre Breughel le Vieux. On peut voir, au mur de l'une des chapelles du collatéral est, son épitaphe décorée d'une composition de Rubens : le CJirist don-

132 lîRUX KLT.es

//(//// les c/cf's c) Siiiiil Pirrrr \.c monument fut érioé ])ar Jean Breugiiel dit de \\'lours. fils du défunt. ].a jx'inturc (\\\v nous avons sous les yeux est une copie d'ailleurs médiocre. J/original fut aliéné en 1765 et remplacé ])ar cette insignifiante re]:>roduction. David Tcnicrs. petit-fils, par alliance, du vieux JVeuohel. avait fait restaurer son monument en 1O7O. Nous ignorons où a ])assé Toriginal de la ])einture. 11 a])])artenait. en 1899, à y\. vSedelmeyer, de Paris.

J.a Chapelle possédait d"autres toiles île Kubens. l'">lle n'en a conservé aucune et sa décoration jjicturale n'offre plus rien de remarquable. Henri Declerck et Théodore van 1 ludden en font les ])rincipaux frais. Dans l'une des chapelles une bonne copie de la Piirijîcation de la Yicrge du Titien. Plus loin une réduction de la Pcchc uiirnciileuse de Jouvenet.

Imjjressionnante est la figure de Notre-Dame la Solitaire [Niiestl'a scnora de la S(dci/ad\ entièrement drapée de noir, à la mode espagnole du xvn'' siècle. Les Brabançonnes ont longtemps porté ce costume, la célèbre « faille » bruxelloise.

Non moins curieuse, une statue de Notre-Dame de 3liséricorde, très vénérée dans le quartier. C'est une figure pol}'chromée, de la seconde moitié du XV'' siècle, autour de laquelle s'allument en permanence de nombreuses chandelles.

Dans une chapelle dédiée à saint Hubert on voit une plaque de mar- ])re noir à la mémoire de Louis-François A^erreycken, secrétaire des archiducs Albert et Isabelle, inhumé dans l'église en 1621 ; plus loin, le monument de marbre blanc et noir, assez frappant, de Charles d'Hovyne. ])résident du Conseil de Brabant, mort en 1671.

Sur ime i)la([ue, dédiée à la mémoire du peintre André Lens, mort en 1822 à un âge très avancé, on lit avec un peu de surprise, les mots : « régénérateur de l'art en Belgique ». Bien des gens ignorent ce coloriste aimable, élevée de Pompeo Battoni. Son autorité fut grande. Il eut le mérite d'être l'inspirateur de l'affranchissement des artistes de la tutelle des métiers. Mesure fort tardive, car l'impératrice .Marie-Thérèse ne prit son décret qu'en 1775. Non loin de là se voit une cippe, érigée par ses amis, au peintre Jacques Sturm, décédé à Rome en 1844, enfin un gracieux monument consacré à la mémoire du curé Willaert, œuvre de Joseph Tuerlinkx, datée de 1870.

Les vitraux, tous modernes, sont d'importance artistique secondaire.

Faisant face à l'église, s'élève la liaison du Peuple, haute construction en fer et en verre, par l'architecte Horta, inaugurée en 1899.

Le palais ro\-al, er.trée pûsicricure. place uu Trône.

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