‹ BruxellesChapitre 3 sur 46 · U<UX ELLES · texte numérisé non relu

U<UX ELLES

].es villes i)orcU'nl le \)\u> souvent en caractère jjittoresque ce qu'elles o•a^•nent en importance monumentale. Bruxelles, mieux (juc la plupart des cai)itales. eu é^ard aux circonstances qui ])rcsi(lcrent et i)résident encore à ses transformations, n'est pas sans avoir -ar.lc l"em])reinte de son i)assé liistori([ue. De là un cachet très jjarticulicr et. nous le croyons, en l)onne partie son attirance. Peu de villes, en effet, imi)ressionnent

])ar une ])lus aL4"réa1)le diversité dans la ])]iysionomie de leurs rues, une plus complète absence de lKinalit('' dans le type des constructions privées. En général d'une hauteur modérée, celles-ci .se prol)ortionncnt à la largeur des rues, et tandis que la remarquable différence des niveaux permet à l'œil d'embrasser, par endroits, de lointaines perspectives, Ton aime à constater la netteté avec laquelle s'accusent, dans les façades, les courants successifs du g-oût. De la fusion de ces éléments résulte, à défaut tou^'ours d'un caractère imposant, l'absence de la froideur engendrée, si fréquemment, dans les grandes capitales, par la prédominance d'un style imposé. Les architectes belges ont fait preuve cVinitiative. On peut les en louer.

Huulu .Nruiilei...

Vue des canaux de la Senne avant 1 867 (d'après Van Mœr) .

Bruxelles a un passé lointain et considérable. 11 suffirait pour l'attester de son magnifique Hôtel de Ville et de son imposante Collégiale des Saints Michel et Cîudule. Résidence fréquente des ducs de Bral)ant, puis des ducs de ])Ourgogne; devenue sous Charles-Ouint la capitale des Pays-Bas, elle était de la ])art de l'iimjiereur, jjelge de naissance, rol)jet d'une prédilection ])articulière. Aussi lui donna-t-il la préférence j^our l'accom-

plissement (le l'acte mémorable de son abdication, en 15.55. I^'ir l^i- suite y séjournèrent fréquemment les prin("es de la maison d'Autriche. Philippe II. les arcliidui-s Albert et Isabelle, enfin, jusqu'à la conquête française, les gouverneurs généraux.

Au XVI'' siècle, on la surnommait la -<: Xoble », et (iuichardin. écrivant, en 1567. sa Desci'iptioii des Pays-Bas. la signalait comme un lieu digne de la demeure et résidence d'un grand monarque.

« On y voit, disait-il, une multitude de seigneurs, de hauts potentats, de gens nobles qui.

de leur présence et de leurs carrosses servent d'ornement à la ville. » Les plans du XVII'' siècle la montrent ayant des rues spacieuses et régulières, des carrefours ornés de fontaines . circonstance qui laissait rarement de charmer les voyageurs.

Fojitii/ni copia, cœli amœnitatc et œdificioruni splendore nobilissinia; ainsi s'expriment, à son sujet, d'anciens auteurs. L'œil y était réjoui, en outre, par les jardins ombreux environncuit les demeures.

La Senne, un affluent de l'Escaut. }' décrivait des méandres aujourd'hui voûtés, mais dont peuvent se souvenir encore les vieux Bruxellois.

Gn se rend facilement compte de la physionomie du Bruxelles d'alors par une série de peintures de l'Hôtel de Ville et par un ensemble de dessins appartenant au Musée communal, qui lui fait face. Ces œuvres, de remarquable précision, ont pour auteur un peintre bruxellois de beaucoup de talent. J. B. \^an 3loer (1819-1884J.

Mais la pénétration de la Senne en ville constituait en fait une terrible gène. Les crues d'une rivière sans aucune valeur pour la navigation,

Vue des canaux de la Senne avant 1867. (D'après Van Mcer).

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occasionnaieiU ])ar monKMils. de véritables désastres. De plus, les canaux enserrant Tile Saint-déry. ])erceau de la cité, étaient d'infâmes cloaques; il fallait, à tout })rix. ])orter remède à un état de choses également préjudiciable à la santé et aux intérêts de la population L'idée de voûter la Senne, souvent considérée, entra dans les voies de la réalisation, ]tre>^iiue au lendemain de l'avènement du roi l.éopold 11, ])rince cjuc l'histoire surnommera le « Bâtisseur ». Knero-iquement ]joursuivie sous l'administration du bourgmestre Anspach. l'œuvre, entamée en 1867, fut

l'hoto Neurdein.

Le Boulevard Anspach.

accomplie en un temi)s relativement court, eu égard à l'immensité de l'entreprise. Il suffit de sept années pour la mener à bien.

Traversant la ville dans toute son étendue, du nord au sud. la voie grandiose qui venait d'être créée mettait en communication directe les deux gares principales de la ville, faisant circuler l'air et la lumière dans des milieux jusqu'alors absolument déshérités.

Rendez-vous des flâneurs autant que des hommes d'affaires, les boulevards du centre contribuent d'une manière puissante à la splendeur de Bruxelles. La circulation y est intense et la physionomie même des passants impressionne par son caractère de variété. L'on a l'illusion de la rencontre, en cet endroit, de gens venus des points les plus opposés de 1 Europe en quête de plaisirs ou amenés par leurs affaires, soucieux

APERÇU GÉNÉRAL

de profiter des ressources de la capitale à l'un et à l'autre pt^int de vue.

La A'ille n'envisao;eait ])oint la seules utilité. Mue par le désir de donner un caractère monumental à la voie qu'elle venait de créer, elle inscrivit à son budget une sommes de iio.ooo francs, destinée à être répartie entre les auteurs des plus belles façades érigées sur les nouveaux boulevards .

De là , naquirent des constructions vraiment remarquables. La première prime échut à Tarchitecte Henri Beyaert (1823-1894 , auteur de la maison n'' i . boulevard du Xord. La seconde et la troisième primes furent attribuées à ^L Emile Janlet.

Cette même époque (1876] vit s'élever la Bourse, œuvre de M.

Léon Suys. imposant ensemble architectural, à front du boulevard Anspach et dont la somptuosité décorative exigea l'intervention de nombreux statuaires belges et étrangers dont Carrier- Belleuse et Rodin . à l'aurore de sa réputation et alors fixé à Bruxelles.

Cependant, le boulevard Central n'acquit sa physionomie définitive que par la disparition de l'ancienne église des Augustins. Cet édifice qui, jusqu'alors, la partageait en deux tronçons était depuis longtemps, désaffecté. (3n avait fini par en faire la Poste centrale, l^rigée en 1620. sous le gouvernement des archiducs Albert et Isabelle, et par le plus fameux de leurs architectes. Wenceslas Coebergher, cette église fut transférée dans les quartiers nouveaux confinant à l'avenue Louise. Le monument appar-

Maison primée, boulevard du Nord. Qvivre d'Henri lîeyaert.

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lient à ce sl\le l)ari)([ue. caractéristi(|ii(' d'un moment où rarchitecture reliu'ieuse eoninit en lieloicjue une période do plus florissantes. D'après riiistoricn Miranis. trois cents nouvelles églises s'élevèrent sur son sol sous les ausjMces des pieux souverains. I )(■ là, (mi ^rande partie, la diffusion du st\le hybride dont la vogue, en i)a\ s brabançon, est restée très en faveur dans la décoration des églises. Romaniste décidé. Coebergher attacha son nom au fameux sanctuaire de X.-I). de .Montaigu. lieu de pèlerinage à ])eine moins fréquenté que celui de liai et auf[uel les archiducs fir(Mit de grandes libéralités.

Donc, l'ancien u temple » des .Vugustins. comme on l'appelait, disparu, un vaste monument au 1)ourgmestre Anspach 1864-1879; prit sa place. Point de jonction des boulevards du Xord , .Vnspach et de la Senne, sur une base de cinq cents mètres carrés, le château d'eau s'élève à une hauteur de dix-huit mètres et, chose intéressante, précisément dans l'axe de la vSenne voûtée.

Ce bel ensemble décoratif est l'œuvre de 31. Km. Janlet. Un obélisque central de marbre rouge de Norvège est surmonté dune figure de saint JMichel, patron de la ville, par Paul De Vigne ^1(843-1901'. Les candélabres du ])ourtour sont, tle même, en marbre rouge. De Aligne fournit les esquisses des bas-reliefs, dont la Sc/iiic capt ivc, tandis que des statues de femmes de grandiose allure personnifient la Pouvoir communal etlii Ville de Bruxelles recouiiaissj nie. Ces œuvres portent la signature de léminent sculpteur Julien Dillens (1849-1904' ; les Chimères entourant la vasque, celles de .^IM. I^raecke et De A^reese. enfin l'ornementation en bronze est d'un excellent sculpteur français, depuis plus d'un demi-siècle établi en Belgique. M. Georges Houtstont.

De ra})j;rochement si fréquemment fait de J>ruxelles avec Paris se motive ])ar d'autres similitudes que l'animation des boulevards du centre. Sans parler du luxe des étalages, du nombre et de la splendeur des cafés, il importe de rappeler encore les journaux presque tous rédigés en français, le répertoire presque exclusivement français, aussi, des théâtres.

Est-ce à dire que P)ruxelles soit privée de toute i)h\sionomie ])ropre, nous pourrions dire brabançonne? Qu'on se garde de le croire. Xul n'a parcouru les villes importantes de l'Europe centrale sans être frappé, à Bruxelles, du caractère fort spécial des quartiers ayant ])our centre l'Hôtel de Ville — cette partie de la capitale qu'on désigne couramment comme « le bas de la ville ». par opposition aux quartiers élevés et aristocratiques de l'est — et sans leur trouver encore une très franche couleur locale.

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Bien que. de jour en jour. ])lus entamé jKir les transformations, ce Bruxelles-là conserve une physionomie à part. Ses rues sinueuses bordées de façades, rarement de plus de trois étages ; étroites, et à pignons mouvementés, parlent avec éloquence encore des siècles révolus, particulièrement de 1 époque où la Belgique faisait partie des apanages de S. M. Impériale et Rcnale Apostolique.

La libre allure des habitants, le genre assez spécial de leur commerce, leur façon d'être et de vivre, la prédominance du flamand dans les rela-

l'hoto ^euidciD.

La Bourse.

tions. nous transportent' ici en un Bruxelles plus vivant, plus typique surtout, que celui des régions hautes où, dans la froide monotonie de leur splendeur nouvelle, s'alignent les majestueux hôtels de la noblesse et de la finance.

En dehors des circonstances c[ui. par la force des choses, devaient concourir à la refaçonner, au cours du xix" siècle. Bruxelles a gardé la trace d'événements plus graves, comme Londres se ressent encore de l'incendie de 1666. Lisbonne du tremblement de terre de 1755. 31oins de trente ans après le premier de ces désastres, au mois d'août 1695, tout le centre de la ville devint la proie des flammes, allumées par les bombes dirigées sur ses constructions par l'artillerie du maréchal de Villeroi.

Il ne s'agissait point d'un siège — Bruxelles n'était pas en état de

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défense — mais crune démonslralion ayant pour objet de faire diversion au fameux siège de Xanuir ])ar les armées du grand roi. Trois mille huit cents maiscms détruites ; (juatre cent soixante autres ruinées; l'Hôtel de Ville, à l'exception de la flèche. ])ar miracle épargnée ; la Maison du Roi lirùlée ; 1" 1 l('pilal. sans ])arler des églises, des (diapelles, des couvents, entièrement ou ]):irtiellement réduits en (^endres. tel fut le bilan de ce.s cruelles journées.

La population, im])uissante à lutter contre un ennemi en quelque sorte invisil)le. assistait terrifiée à l'anéantissement de la partie, sinon la plus magnifique, du moins la \)\us prospère de l'agglomération.

L'incendie de 1" Hôtel de \^ille fut un désastre irréparable. Alors périrent les précieuses peintures de Rogier van der Weyden ; la Légende if Hcrckciibald (Archambaud de Bourbon), et la Justice de Traj'an, œuvres dont s'étaient émerveillés d'anciens voyageurs; le portrait collectif de la magistrature de Bruxelles, cité comme une des pages les plus grandioses de Van Dyck; Caïubyse et le Juge prévaricateur., par Rubens ; bref, tout ce que recelait de précieux le palais communal. Nous renvovons le lecteur curieux à une série intéressante de gravures contemporaines signées Ant. Coppens et Rich. Van Orley. Ily pourra voir le déplorable état où se trouvait réduit le centre de la capitale. Des maisons de la Grand'Place, à peine quelques pans de murs restent debout. Les rues, les carrefours les plus intéressants semblent autant de terrains vagues.

Maximilien-Iùnmanuel de Bavière, alors gouverneur général, prince belliqueux qu'on devait, par une étrange contradiction, voir bientôt menacer lui-même les Bruxellois d'un nouveau bombardement^, paya largement de sa ])ers(mne et de sa bourse pour réparer le désastre. Comme par enchantement, des constructions nouvelles surgirent à la place des anciennes et le siècle n'était point révolu que les ruines accumulées avaient fait place à une cité rajeunie.

-Mais Bruxelles n'était pas une résidence royale et la faire ou plus grande ou plus belle réclamait une initiative c^ui ne pouvait être que celle du souverain, fort indifférent à ce genre de préoccupations puisqu'il s'agissait d'une cité qu'il n'avait jamais vue. On ne créa donc à Bruxelles aucun monument nouveau, aucune place nouvelle, aucune rue même, si ce n'est la très insignifiante rue de Bavière.

Avec tout cela, la ville, en renaissant de ses cendres, avait changé

' Ce fut en 1706. 11 exerçait alors un commandement dans Tarmée franco-espagnole et combattait contre rAutriche.

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daspect. Aux maisons de bois qui, comme à Londres, avaient offert aux flammes un si facile aliment, s'étaient substituées des constructions de briques et de pierres. Plusieurs, à grands frais, sinon avec beaucoup de bonheur, mettaient en relief des architectes préoccupés tout d'abord

Monument du bourgmestre Anspach.

de substituer aux anciennes formules des bizarreries architecturales point exemptes de pittoresque, mais qu'il est difficile de ne pas signaler comme un amalgame des styles qui. dans les pays voisins, se disputaient la prééminence.

La rue de la Madeleine, le 3Iarché aux Herbes qui la prolonge, la rue de la Montagne, un de ses affluents, la rue de la Violette, la Vieille Halle aux Blés, tout le centre, en un mot, garde de cette épcu^ue des

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façades inlininu'iU inlrrcssanles et dio-nes. rerlainement, de détourner un moment Tattention du ])r()]iieneur. des sdiniilueux étalao-es auxquels est consacré le bas de ces vénérables restes d'un jiassé ([ui. ])ientôt. ne sera plus qu'un souvenir.

Bruxelles ne disi)osait, à ce moment, ([ue (Tun nomltre limité d'architectes. Les princi])aux. Corneille van Xerven et Jean Cos\ns. concoururent activement à la réétlification de l'Hôtel de \'ille et des maisons de la (irand'Place, en même tenqis cjuc^ duill. de P>ru\n. lequ(4 ]jortait le titre d'arcliitecte municipal.

.Ailleurs, en Belgique, les construc-tions du oenre de celles (pii nous occu])ent sont fort rares, ce qui d'ailleurs s'explique par les circonstances particulières où se trouvait Bruxelles, On y constate Tinfluence de Jean et davantao-e de Daniel .Marot.

Des pilastres d'une hauteur démesurée eml)rassent les fenêtres des étao-es et supportent la corniche où prend naissance un pignon aux lignes sinueuses qui. de ressaut en ressaut, va se terminant en un petit fronton triano-ulaire ou cintré, quelque chose comuK^ une coiffure trop étroite sur une perruque tro]) grande'.

Aux jjoints saillants, la fantaisie décorative se donne libre carrière. Vases, pots à feu. torchères, apparaissent à ])rofusion. tandis que les lucarnes des étages supérieurs, cintrées, rondes ou ovales dans les l)ignons. se décorent de guirlandes (m de rosaces, qu'enfin des cartels ou des médaillons occupent les espaces intermédiaires.

Ces façades mouvementées, de jour en jour i)lus rares, ne manquent nullement d'intérêt et l'on se prend à les regretter, à la vue des choses l^anales c^ue le temps, servi pAV le goût médiocre des propriétaires, leur a trop fréquemment donné pour voisines.

Nous verrons à la Cirand'Place les ])lus com]jlets échantillons de ce principe architectural, où se combinent des éléments divers raccordés de la manière la plus fantaisiste.

Les constructions datées de l'année même du l)oml)ardement. ou de celles immédiatement subsécpientes. sont assez noml)reuses encore aux environs de la (Trand'lMace. \'ieille Halle aux l>lés s'en trouve un échantillon fort complet. Rue de Flandre, n" 4(1. au fond d'une cour, une façade de somptueuse ordonnance, datée par un chronogramme de 1697, porte la signature de Cosyns. Ce serait l'habitation même de l'architecte. Dans ses abondantes sculptures se confondent des figures allégoriques, des vases,

' \'(iir queUiues échantillons de cette architecture dans le Vieux Bruxelles, publié en 1907, sous le patronag-e de la Ville et de la Société d"archéologie, intéressant album.

APERÇU (tKXKRAL

des trophées d'armes, accompao-nant un l)uste de Bellone. Allusion, sans doute, au l)i)nil)ar(lement de la veille'.

Quant aux maisons antérieures à celui-ci, leur nombre se restreint de jour en jour. Une maison de la rue Sainte-Catherine, n'' 26, porte la date de 1597. Rue des Sables, une masure est datée de 1617. Di^-ne d'attention et bien conservée est la maison n" iS de la ,^lontagne de r()rat<)ire. non loindeSainte-Gudule. portant le millésime de 1690.

C'est un morceau de fort bon goût et que son joli pignon ferait croire plus ancienne.

De la place de Brouckère où, chose assez contradictoire, s'élève le monument d'Anspach. celui de son devancier étant à l'autre extrémité de la ville, ayant gagné la Bourse, par la rue de ce nom. et la rue au Beurre s'ouvrant vis-à-vis, l'on voit à faible distance se profiler les maisons de la Grand'Place.

x\.vant . toutefois , de nous engager dans la rue au Beurre, il convient de ne point laisser sans un

coup d'œil l'église Saint-Xicolas, aujourd'hui à peine révélée de l'extérieur et dont la tour, effondrée en 17 14. avait durant plusieurs siècles, eu l'honneur de servir de Beffroi communal. Ue bombardement avciit détruit ses cloches et son carillon, réputé le ]j1us l^eau du pays.

L'intérieur de cette église est un composé de ])lusieurs styles. IJe grotesques piliers du XYilU siècle s'y accolent au fût des colonnes ogivales, et

1 La ville de Kru.xellcs on a fait le môtir principal de son pavillon à l'ICxposition universelle de 1910.

Le Marché aux Fromages.

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le maîlre-aulel, (ouvre li\ hride île van Xerven, que décore un tableau de van llelnionl. s'infléchit fortement vers la ilroite. Cette déviation voulue, au gré de certains archéologues, aurait pour o))jet de rai)])eler la tète penchée du Sauveur sur la Croix.

Kffet de l'art ou non. cette irrégularité ajoute cfuelque peu à l'effet pittoresque. Saint-Xicolas est. à IVuxelles. du petit nombre d'églises possédant diverses peintures de valeur.

Dans le l^as côté droit une Chic par Herreyns. en qui s'éteint le dernier reflet de l'école de Rulîcns et. lui faisant face, Josiic coiiibattanl les Anmlccitcs. i)ar J. van Orley (1665-1735 .

Appliquée à un pilier, en face de la porte latérale, une jolie peinture attribuée à Rubens, la \'icrge en prière près de V enfant Jésus endormi. L'original de cette délicate ])einture est dans la galerie royale de Schleissheim 'Bavière). A remarquer, un peu i)lus liant, dans ce même pilier, un projectile resté là depuis le boml)ardement de 1695.

I.e coup d'œil de la drand' Place impressionne comme un décor dont les diverses parties s'agenceraient pour le plaisir des yeux. Indépendamment de riiôtel de ^^ille. et de la liaison du Roi ou « du Pain » réédifiée complètement de i88g à 1895, la place, dans son périmètre entier, rectangle d'une superficie de près de 65 ares, offre une succession de façades sommées de pignons dans lesquels les architectes paraissent avoir voulu faire assaut de fantaisie dans le caprice des lignes comme dans la recherche ornementale.

] /ensemble est donc très captivant. A les analyser, ces constructions ne sauraient être admises comme des modèles de bon goût. La variété t[ui. en architecture comme en tout, constitue un élément d'intérêt, ne laisse d'ailleurs ])oint d'opérer dune manière avantageuse dans la remarquable impression produite ici. Elle aura pour effet de désarmer la critique des puristes. Certains constructeurs nous régalent de combinaisons très imprévues. Le Pastorana, architecte dont on sait peu de chose, dans la maison dite « le Cornet « siège de la corporation des liateliers, la deuxième des maisons de l'ouest de la place, vise à donner à sa façade l'aspect de la poupe d'un navire de guerre! On y voit jusqu'aux canons logés dans leurs embrasures !

Il importe de se souvenir des circonstancesqui présidèrent à l'édification de ces somptueux hjcaux, par lesquels les métiers bruxellois tenaient à honneur d'affirmer leur prestige. Comme le disait, en une circonstance mémorable, le bourgmestre de Bruxelles, M. Ch. Buis, en 1897 : « Les

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pierres parlent: elles racontent les souffrances, les luttes, les triomphes des pères. »

Le siège de l'ancienne gilde de Saint-Sébastien, ou des Archers, la « Louve » — la louve romaine est sculptée au-dessus du porche. — se couronne fièrement de la figure du Phénix, avec les mots : Comhiista, itisigui'or rcsitrrcxi '. \nce\-id\ee le 11 octol)re 1690 et. dès l'année suivante réédifiée; ruinée par le bombardement de 1695. la Louve renaissait, pour la seconde fois, de ses cendres, en 1696! La plupart des autres construc-

Un des aspects de la Grand'Place ^côté est)

tions pourraient en dire autant : toutes avaient sul)i le même sort en 1695. Toutes avaient péri dans le cataclysme.

C'est à l'architecte Guillaume de Bruyn. mort en 1719. au service de la ville, ciu'on doit la plupart des maisons actuelles de la Grand'Place. De lui serait la vaste construction occupant tout le côté est et aux dix-neut pilastres de laquelle s'adossent les bustes des ducs de Brabant, de Henri II. à Charles II d'Espagne. Au fronton c[ui couronne la façade, un bas-relief non dénué de mérite, la Paix raïuciiaiit l'A boiu/aiice par le Coinnierce et l' Industrie.

La rangée de façades sur l'alignement et à la droite la gauche du spectateur), du palais communal, comprend la jolie maison des Brasseurs,

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autre création de de |-.ru\ n. où, couronnant le pignon, figure la statue équestre de Charles de l.orraine, production moderne, du sculpteur Joseph Jaquet (1822-1898), remplaçant une ])r('mière statue du même prince, descendue ].endant la période réi)ul)li(aine. l'récédemment. sur ce même piédestal, avait Hguré la statue équestre de Maximilien Emmanuel de P.avièrc. ].ar .Marc Devos. image (|ue les Bruxellois rem-

l'Iiulu Kcurdein.

Aspect de la Grand' Place. Maisons du Cornet, du Phénix, de la Louve, etc.

placèrent en 1752 par celle, prérappelée, du lieutenant de Marie-Thérèse, très populaire dans les Pays-Bas.

Disons en passant que si rien n'a suljsistéde la statue primitive, son modèle réduit, figure au Musée National de Munich et porte l'inscription :

DVX baVarLi: brVXf,!J:exsIVM saLVS

rappelant la sollicitude de l'Électeur pour les Bruxellois si éprouvés la veille. La dernière maison de cette rangée, la maison de l'Etoile, suppri-

APERÇU GÉNÉRAI

mée en 1850 pour rélaroissement de la rue qu'elle ])()rne et qui alors était le chemin le plus direct vers la gare du Midi, a été depuis réédifiée. Le rez-de-chaussée en portique est décoré dun bas-relief en bronze hommage au bourgmestre Buis, pour rappeler le zèle déployé par ce magistrat pour la reconstitution de la Grand' Place.

Dans le langage populaire toutes les maisons de la place conservent leur dénomination ancienne. Au « Renard » que décorent de jolies sculptures de Marc de Vos. un nom prédestiné. Vos voulant dire Renard, en

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Fholo Keucdeia

Côté sud de ia Grand'Place. Maison des Brasseurs, maison de TÉtoile. etc.

flamand, confine « le Cornet >-. suivi de la « Louve » à laquelle s'appuie le « Sac » daté de 1697. œuvre de l'architecte .Merx, puis la « Brouette ». dont la façade est décorée du médaillon classique de Fust. Schœflfer et Gutenberg, les pères de l'imprimerie, enfin le « Roi d h.spagne » ou maison des Boulangers, réédifiée au cours des dernières années du XIX® siècle d'après les plans anciens de Cos\ ns.

Faisant face à l'Hôtel de Ville, la rangée des maisons partant de la rue de la Colline, n'" 20-28, reconstitue la place, non point telle qu'elle fut. mais telle qu'elle devait être, attendu ([ue les constructions qui remplacent aujourd'hui les dernières façades de la rangée ont été textuellement refaites d'après les plans anciens. On a peine à se rendre compte d'une absence aussi totale de sens esthétique que celle dont firent

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preuve les possesseurs de ces maisons, lesquels, aussi, mirent une mauvaise o-ràce insigne a ])ermeUre a la municipalité de restaurer, à ses frais, leurs immeubles. C""est au n" 27. avant-dernière maison de la rangée, que logea Victor Hugo, en arrivant à liruxcllcscn iSsi l ne inscription, à la façade, à la hauteur (.lu deuxième étage en commémore le souvenir; la maison s"a])])elait la c 'L"aui)e)). La maison contiguè, le n" 28, dénommée « le Pigeon ». servit de local au serment des arbalétriers, au XVI' siècle. aj)rès avoir été le lieu de réunion de la chambre des peintres.

Centre historique de la cai)itale, la drand" Place en est restée le centre de vie ])oi)ulaire. l'"aut-il rai)])eler que c'est ici que montèrent sur l'écliafaud les nobles victimes de la tyrannie espagnole, d'Egmont et de llornes (5 juin 1568}: ici encore ([ue fut décapité le doyen Anneesens, dont la statue se dresse à front du l)oulevard du llainaut, à la i)lace portant aujourd'hui son nom. ("est à Tllôtel de X'ille que flotta d'abord, le 2b août 1830, le drapeau aux couleurs brabançonnes, symbole de l'indépendance nationale, qu'enfin, le iq août i88-|., fut scellée la réconciliation des souverains de la Hollande et de la Belgique, rai)prochés dès longtemps par l)ien tles souvenirs communs.

Plus de cent sociétés ont leur siège social aux divers étages des anciennes maisons corporatives entourant la place. Ijeaucoup s'y consacrent à la culture de la musique, et c'est un spectacle inoubliable, certes, que celui de la vitalité de ces associations de tout genre venant le soir, après avoir débattu leurs intérêts matériels, répéter les morceaux d'harmonie (}ui. demain, auront ])our effet d'enrichir de nouvelles médailles la liam])edéjà si rich.e de leur superlje bannière.

L'éclairage de la i)lace est ])resligieux ; sans parler de l'aljondance des lumières projetées par les façades des maisons illuminées à tous les étages, c'est chose à signaler comme tout à fait heureuse que l'effet dune couple de i)uissantes lampes à arc suspendues à des fils invisibles tendus à travers la i)lace. Leur clarté suffit à tout ce que l'on peut attendre d'un éclairaii'e artificiel.

L"Hôtel de Ville. La salle Maximilicnne.

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