L'ÉDILITÉ
Pavage, enlèvement des ordures, écuries de la Mairie, netoyage des rues, arrosage, écarissage
ous avons dit ailleurs que le Bucarest d'autrefois n'avait que quelques rues principales qui n'étaient que les grandes voies de communication qui mettaient la Capitale en relation avec les autres villes du pays. Ces routes dans la partie qui allait du centre aux barrières étaient formées de planches jetées sur des madriers et sous lesquelles était un fossé qui con-
Chausée en macadam.
duisait soit à l'étang du Cismegiu soit à la Dambovitza les eaux de toutes sortes qui y croupissaient.
Une seule était en terre battue, le Podul de Pâmant.
Les autres rues de la ville étaient également en terre battue.
Ce n'est que vers 1832 que l'on commença à paver quelques rues avec des pierres roulées. Le Podul Mogoshoaiei lut pavé ainsi devant la maison Grâdi§teanu en 1833.
Le 2 août 1860, la Chambre accorda un crédit de 600.000 piastres, soit 196.000 fr., pour le pavage et la canalisation de Bucarest et le 4 mars un nouveau crédit de 500.000 piastres, soit 160.000 fr. fut accordé dans le même but. Le ministère des travaux publics devait effectuer les travaux qui ne comprenaient que les rues Mogoshoaiei, Craiova, Mosjlor et le Podul de Pâmant, mais, faute de personnel technique, il les laissa à la charge de la Mairie, qui n'en exécuta qu'une partie.
Coin de rue pavée en pierres roulées.
En 1866, on repava entièrement en pierres roulées le Podul Mogoshoaiei et en pierres cubiques la strada Eranceza (strada Carol). Les pierres roulées qu'on enleva de cette rue furent employées pour le pavage du Podul Mogoshoaiei.
En 1868, on songea pour la première fois à exploiter les carrières de grés du pays; mais on ne donna aucune suite à cette idée. En 1892, une proposition fut faite à la
Mairie par un nommé John Morris, relative à des pavages en bois. Cette proposition ne fut pas acceptée.
En 1873, on fit quelques essais d'asphalte pour les trottoirs.
En I875, à titre d'essai, on exécuta, sur une centaine de mètres, un pavage en bois et en asphalte devant le Palais.
La même année, on pava la place du Théâtre en pierres cubiques.
Place du théâtre (asphalte).
Ceci me rappelle un souvenir.
J'avais fondé, en décembre 1873, un journal hebdomadaire, de grand format, en français, intitulé la Roumanie. Dans une chronique, en 1874, j'avais signalé l'état épouvantable dans lequel se trouvait la place du Théâtre et j'avais demandé que l'on pavât cette place.
Il y avait alors un petit journal, intitulé Viitorul dans la rédaction duquel figuraient MM. J. Bibicescu et C. Nacescu. Cette feuille me fit d'âpres remontrances,
me reprocha de manger le pain et le sel des Roumains et de dénigrer leur capitale. Je répondis que je ne mangeais jamais de pain avec du sel ce qui Jrage a sârâcie" , comme on dit ici, et que je ne croyais pas que c'était faire preuve de dénigrement que de conseiller à la Mairie d'embellir le centre de Bucarest. Le conseil municipal partagea mon avis et la place du Théâtre fut débarassée des bornes qui l'encombraient, nivelée et convenablement pavée.
On continua des travaux de pavage un peu partout ici en pavés réguliers, là en pierres roulées; mais la circulation, faute de trottoirs, demeurait difficile. Enfin en 1871, la Mairie conclut avec MM. Jean Marie et C-ie (Société de Basalte artificiel) un contrat pour la construction de trottoirs. On commença par le centre et les trottoirs en basalte artificiel s'étendirent un peu partout.
En 1885, le conseil municipal conclut un autre contrat pour l'exploitation de la carrière de Turcoaia et on pava dorénavant avec les pavés provenant de cette carrière, sans renoncer cependant aux grés de Belgique (Quenart et Ourth).
En 1889, la Mairie conclut un nouveau contrat avec la Société de basalte qui s'obligeait à construire des trottoirs payables par annuités en 10 ans.
Voici quelle est aujourd'hui la surface des rues pavées:
En pierres roulées 1.489.383 m. c.
Il y a encore 793.043 m. c. de rues qui sont en terre battue ou en macadan.
La surface des trottoirs est de 1 .223.885 me. ainsi répartis :
pavés ....
basalte artificiel asphalte . . .
bois
En pierres roulées „ basalte artificiel asphalte . . .
dalles
La longueur des bordures de trottoirs est de 388.890 mètres.
Il y a, à Bucarest, 60 chaussées, 15 boulevards, 29 rues principales, 616 rues secondaires et 306 rues non pavées, plus 43 places.
Maison de Mr Cristopol.
rue Venerei.
La longueur et la surface de ces chaussées, boulevards, rues et places sont les suivantes:
Longueur Surface
60 Chaussées . . . 68.645 m. 1.615.509 m. c".
15 Boulevards .... 15.756 „ 357.860 „ „
29 Rues princip. . . . 48.307 „ 655.444 „ „
615 „ second. . . . 175.404 „ 1.905.368 „ „
306 „ non pavées . 125.472 1.553.220 „
Totaux . . . 433.472 m. 6.087.400 m. c.
La ville ne se fournit plus de pavés à l'étranger. Elle a conclu pour 20 ans un contrat avec MM. Stefa-
nescu et C-ie propriétaires de la carrière Je luira >aia qui doit lui livrer chaque année 1.000.000 de pavés. Le prix de revient du pavage en oavés de Turcoaia est d'environ 17 fr. 30 le m. c. tout compris.
Le pavage en bois revient à 20 frs le m. c. et s'use vite ; celui en asphalte revient à 17 fr. 85 Je m. c. et celui en pierres roulées à 10 ou 12 fr. le m. c.
Voitures pour l'enlèvement des ordures.
Les trottoirs en basalte artificiel reviennent à 10 fr. le m. c, en asphalte à 8 fr. 55, en dalles de lave à 18 fr. 50 et en pierres roulées à 2 fr. 50.
Pour compléter ces chiffres, nous dirons que le sable employé dans les travaux de pavage coûte 1 fr. 70 le mètre cube, le cailloux concassé à 13 fr. 20 et le gros sable de 6 fr. 45 à 7 fr. 75.
En 1867, le colonel Leclerc, qui ax ait passé un an à Bucarest (1865) écrivait dans son livre la Moldo-Valachie que la municipalité s'occupe fort peu du soin d'enlever les ordures et que les habitans devaient remercier
les légions de corneilles qui se chargeaient du soin de nettoyer la ville.
Nous avons tous vu ces corneilles s'abattre sur la ville en troupes serrées et s'y engraisser des détritus de toutes sortes que les anciens édiles se déclaraient impuissants à faire enlever. On en voyait partout, même sur cette place en terre battue qui entourait encore, en 1874. 'église Sarindar, aujourd'hui démolie, et où l'on jetait des Wdures. des chats morts, et où le soir des bandes de chiens hâves et affamés succédaient aux corneilles et achevaient de leur mieux l'œuvre de purification de la ville.
Les corneilles sont devenues très rares à Bucarest, ce qui prouve que la municipalité a réussi à créer un service convenable de balayage, d'arrosage et d'enlèvement des ordures.
Lesorduressont transportées partie dans deux grands enclos, l'un situé strada Negru-Voda, l'autre strada Tunari, où on les brûle, partie dans des vastes trous qui existent l'un au dessus du cimetière Bellio, dit Valea Plangerei (la Vallée des Pleurs), l'autre près du cimitière S-ta Vineri, dit gropile lui Uatu.
Le total des ordures enlevées est d'environ 600 mc par jour, soit en chiffre rond 220.000 mc par an.
Pour ce service, la Mairie dispose de 91 cotigari, dont les salaires s'élèvent à 68.220 fr., 61 cotige à un cheval, 20 fourgons à 2 chevaux, 8 fourgons à 1 cheval et 11 fourgons à fumier à un cheval.
Avec tous les frais de personnel, de réparations, d'entretien, etc., le transport des ordures revient à 0 fr. 89 c. par mètre cube.
L'arrosage peut se diviser en deux catégories:
Mendiant.
1° Celui des rues les plus fréquentées qu'on arrose deux fois par jour sur une surface de 1.800.000 me. ou 135 km. de longueur;
2° Celui des rues moins fréquentées qu'on n'arrose qu'une seule fois par jour sur une surface de 336.000 me. on 42 km. de longueur.
Ce service emploie: 51 cochers, 4 turbines, 51 grands tonneaux d'arrosages à 4 chevaux et 16 plus petits à 1 cheval.
L'arrosage revient à 0 f . 062 le mètre carré.
Si l'étendue démesurée de Bucarest est un empêchement à une canalisation complète d'eau potable, à un
pavage de toutes les rues, à un arrosage général, à l'établissement d'un réseau d'égouts desservant tous les quartiers, elle est pour nos édiles une cause de cruel embarras quand il s'agit d'enlever la neige.
La neige à Bucarest, ce n'est pas la neige à Paris. Elle tombe pendant des jours et reste en couche épaisse pendant des semaines.
Jadis on était heureux de la voir tomber. C'était une occasion de promenades en traineaux et elle ne gênait personne, car les gens qui vont à pied ne sortaient guère de leur quartier et les gens riches avaient des voitures à leur disposition.
On se contentait de débarasser les cours en réjetant la neige dans la rue et l'on faisait des chemins le longdès maisons, puis on attendait philosophiquement le dégel. On en avait pour quinze jours à patauger dans la
Tombereau à ordures.
boue; mais, encore une fois, on s'écartait si peu de son chez soi qu'on n'y prenait pas garde. Quand aux voitures si elles rentraient éclaboussées de boue par dessus la capote, c'était l'affaire du palefrenier et le maître n'en avait cure.
Mais d'autres temps sont venus et on a pris d'autres habitudes. On sort beaucoup à pied aujourd'hui qu'il y a des trottoirs et des tramways un peu partout. Piétons et tramways réclament contre la neige qui n'a plus
Sacagiu porteur d'eau.
d'autres partisans que les amateurs de traineaux, chaque année plus rares.
Tous les hivers, les journaux, qui ont la critique trop facile, se font un jeu de protester contre les lenteurs de la municipalité a faire enlever la neige sans se rendre compte de l'étendue de la ville.
La Mairie fait ce qu'elle peut, elle engage des centaines de travailleurs, des centaines de charretiers et tout ce monde là travaille, les uns mettant la neige en tas le long des trottoirs, les autres emplissant leurs charrettes et allant les vider dans l'égout le plus proche ou dans la Dambovitsa, en la jetant par dessus les ponts.
Mais, malgré le personnel supplémentaire, l'enlèvement de la neige se fait très lentement, sauf dans la calea Victoriei et la strada Lipscani, ainsi que dans les rues où passent les tramways, la direction de ces derniers ayant pris soin de faire fondre la neige en répandant du sel sur tout le parcours des lignes.
Quant aux particuliers, ils protestent contre les lenteurs de la Mairie; mais ils se gardent bien de se soumettre aux règlements qui leur imposent de balayer la
neige devant leurs maisons. Cette neige, foullée aux pieds, se tasse, durcit sous le froid et se transforme en glace qu'il faut ensuite briser à coups de pic pour l'enlever.
Enfin, après un travail acharné, on a réussi à faire disparaître la neige. Mais elle tombe de nouveau et tout est à recommencer sur de nouveaux frais. Certains hivers, cela se produit quatre ou cinq fois au grand désespoir de nos édih s.
Pour l'enlèvement des neiges, la mairie dispose de 17 grands traîneaux et de 80 petits. Comme ce matériel est tout a fait insuffisant, elle engage, comme nous l'avons
Hôtel de Mr. A. Simu
rue Eldorado.
dit, des charrettes supplémentaires et dépense, de ce fait, de 30 à 50.000 fr. par an, suivant que l'hiver est plus ou moins rigoureux.
Pour ses différents services, la Mairie employant un nombre considérable de chevaux, a dans la calea Plevnei, de vastes écuries où elle entretient 340 chevaux.
Le personnel de ces écuries se compose de 2 fonctionnaires, de 3 employés adjoints, de 3 portiers, de 44 palefreniers et de 6 maréchaux ferrants, dont le salaire annuel figure au budget pour 49.620 fr.
La nourriture des chevaux est de 248.920 fr. par an.
Le salon d'art de l'hôtel de M. A. Simu.
La Mairie entretient également, à Bâcu, un parc de reproduction pour ses chevaux:
Cette année la commune a fait l'acquisition de l'immeuble de la rue Berzei où était installé l'établissement d'arts graphiques des frères I. et E. Socec, afin de pouvoir étendre ses écuries et ses ateliers aujourd'hui trop à l'étroit par l'augmentation continuelle de ses voitures et de ses chevaux.
Le service de l'équarissage jusqu'en 1904 était concédé par la Mairie à un antrepreneur qui reçoit une subvention annuelle de 8 — I 0.000 frs. Depuis c'est la commune elle même qui exploite ce service et dépense environ 30.000 frs. par an pour son entretien.
L'approche des hommes chargés de se saisir des
chiens errants est signalée de loin, parlesaboîementdes chiens du quartier qui en ont la plus grande frayeur. Du reste la manière primitive employée, a de quoi leur faire peur et peut être pressentent — ils, le sort final du malheureux qui se laisse prendre. Ce sont des tsiganes, qui armés de longues perches pourvues d'un collet en fil de fer, cernent le chien apperçu errant dans la rue et s'efforcent de lui passer le collet pour le Marchands de vieux habits. soulever et le jeter dans la
voiture grillée qui accompagne la bande. Souvent la bête se dérobe, d'où une course acharnée et sauvage qui reste parfois à l'avantage du chien.
Les chiens pris sont transportés à Colentina, où l'on porte aussi les animaux morts. Si au bout de trois jours personne ne réclame, l'animal est asfixié par l'acide carbonique. La Mairie retire près de 18.000 frs. par an de la vente des peaux.
11 serait à désirer que le service de l'équarrissage passât à la Société protectrice des animaux.