CHAPITRE VII
L'ÉCLdIRflQE
ses débuts Bucarest encore village, ne possédait pas d'éclairage. Dès que venait le soir, la ville était peu à peu plongée dans l'obscurité profonde, à moins que la lune, par les nuits sereines, vînt répandre sa lumière mélancolique sur la ville, où lentement s'éteignaient tous les bruits, hors le chant des coqs et l'aboiement des chiens.
Celui qui voulait de la lumière avait recours aux torches, cordes ou bois, enduits de résine et qui avec beaucoup de fumée nauséabonde, dégageaient une lumière jaunâtre et lugubre. Plus tard les bougies de suif firent leur apparition et pendant de longues années formèrent l'éclairage de luxe. Quand l'édilité fut constituée et qu'on organisa le sistème d'éclairage de la ville, on éleva de distance en distance et seulement sur les voies principales, quelques lanternes, qu'éclairaient des bougies de suif; nous ne possédons pas de documents qui puissent permettre d'établir le nombre primitif de ces lampes, mais nous trouvons
Rue éclairée au pétrole.
qu'en 1844 la mairie fait élever encore 128 lampes. Les particuliers et ce n'était guère que les boyards, employaient les torches qu'ils faisaient porter par les serfs tziganes et qu'on appelait „masalagii" .
La première concession pour l'éclairage de la ville, aux bougies de suif, date de 1850; ce n'est qu'en 1856, que d'après M. Alimânâsteanu, le pétrole aurait fait son apparition. En tous cas, son emploi ne fut que partiel et très restreint, car les 16 lampes qu'on éleva en 1860 à
L'ambassade d'Autriche.
rue Vâmei
Cotroceni, furent toujours à bougies de suif et en 1861, on retrouve le même éclairage. Il est vrai qu'en 1858 un certain Iosef Cherman proposa d'éclairer la ville au gaz, mais le projet n'eut pas de suites. Vers 1861 Bucarest commença donc à utiliser le pétrole comme combustible d'éclairage et fut sous ce rapport, une des premières qui l'employa, car Gênes s'en servait déjà depuis 1802. Aujourd'hui encore les quartiers excentriques ont conservé ce système primitil et quelques ruelles du centre, telle que
celle de l'église Râsvan — St. Georges — n'ont pas d'autres lampes. Toutefois par le contrat actuel de concession de l'éclairage de la ville à la Compagnie du gaz, celle ci est obligée de remplacer par série annuelle de lampes, les anciennes lampes à pétrole, par les lampes plus modernes a gaz. Bien des maisons encore — même parmi celles du centre, ne possèdent pas d'installation au gaz, elles sont éclairées au pétrole, que le peuple désigne^toujours sous le nom de gaz, et que des marchands ambulants débitent dans les rues en criant gaz, gaz, et à côté de la lampe à pétrole, brille la lampe éléctrique à arc.
Ce fut en mars 1868 que l'on accorda la première concession pour l'éclairage au gaz.
Elle avait été accordée tout d'abord à Mr. Alfred Gottereau, qui ne put trouver durant deux ans, le capital nécessaire a l'entreprise et menacé de perdre la caution qu'il avait dû déposer, passa avec l'approbation de la mairie, la concession à MM. Negroponti, Mehedinteanu et Zarifi, moyennant une bénéfice de 300.000 frs. qui lui fut versé immédiatement. Les nouveaux concessionaires créèrent une Société générale pour l'éclairage et le chauffage au gaz en Roumanie,quïen trois ans exécuta des travaux pour une valeur de près de 4.000.000 frs. En 1873 ils transmirent leur concession à une compagnie anglaise Tlœ Britis/i and Foreign Water & Gaz Works Company Limited pour la somme de 3.750.000 frs. Le siège de la Société était à Londres et pendant 7 ans, c'est-à-dire jusqu'en 1880 elle conduisit l'antreprise. Bien que constituée au capital de 0.000.000 frs., la Société dirigeait une affaire mauvaise, à
Marchand de pétrole (gâzar).
cause du charbon qu'il fallait importer à grands frais, de Tétendue trop grande de la ville et de la perte sèche qu'elle éprouvait par le non emploi de son cocks. Bucarest ne se chauffait qu'au bois, les maisons en vue des hivers rigoureux, étaient construites avec des doubles fenêtres et chaque pièce avait son poêle à la russe, excellent pour répandre et conserver une douce chaleur; les poêles en fonte, les
Maison de Mr. V. Dàrâscu
rue Popa Rusu.
systèmes modernes pour l'utilisation des résidus du charbon étaient ignorés et plus tard, lorsqu'ils firent leur apparition, on ne sut tout d'abord les apprécier.
La Société anglaise chercha donc à se débarasser de sa concession et en 1880 la passa à une Société française constituée à Paris sous la dénomination de Compagnie du Gaz de Bucarest. L'année d'après, en 1881 les actions de cette compagnie passèrent à la Société du Gaz et de l'Eau de Paris, mais qui elle même ne tarda pas — en 1885 —
à les transmettre à la compagnie actuelle qui obtint en 1905 le renouvellement de sa concession, doni le terme expirait en 1908 et qui a été porté à 1948. Cette Société porte le nom de Société roumaine de gaz et électricité.
En échange de cette concession la nouvelle Société a versé à la commune une somme de 5.000.000 frs., comme valeur des installations, et 2.000.000 frs. une fois pour toutes; en outre elle lui reconnaît 10% sur toute location
Uzîne électrique communale.
de ses appareils ou produits et 50% de son bénéfice net. La Société donne encore à la mairie, pour les pauvres, les intérêts de 5% sur les cautions des abonnés et 200 tonnes de cocks par an.
En dehors de la concession à la Société de gaz et d'électricité, le mairie compte encore un entrepreneur, Mr. Vittorio Croizat qui a la charge des lampes à pétrole
et à huile minérale. L'entretien de ces lampes lui est payé à raison de 80 frs. par lampe par an et le contrat a été conclu en 1894 pour cinq années. Tous les ans, l'entrepreneur doit remplacer les vieux supports par autant de
nouveaux. C'est aussi en 1894 qu'à été introduit la bec Auer.
Bucarest possède de la sorte 3.969 becs à gaz, 3.113 lampes à pétrole, 1.018 à huile minérale, 151 lampes électriques à arc voltaique et 66 à arcs incandescents.
En 1906 la ville a consummé 6.800.286 m. c. de gaz.
On peut apprécier d'après le nombre des becs et des lampes à pétrole ou à huile, le chemin qu'il Marchand de gaz. reste à faire pour amener Bucarest à un état d'éclairage satisfaisant.
Les rues du centre grâce à l'électricité et aux becs Auer, ne manquent pas de lumière, mais les quartiers un peu plus éloignés sont plongés dans une demie obscurité inquiétante et d'aucuns dans une nuit profonde, heureusement la lune supplée de temps à autre à cette insuffisance, qu'un esprit d'économie excessif vient augmenter en faisant éteindre à partir de onze heures du soir 2 becs sur 3.