LES JUIFS
ucarest compte environ 40.000 Juifs qui constituent deux communautés distinctes: celle des „ Juifs occidentaux" ou „ Juifs allemands", et celle des Juifs orientaux" ou „ Juifs espagnols". Les juifs occidentaux, ainsi appelés parce qu'ils ont pour origine les pays de l'occident, parlent un jargon judéo-allemand, composé d'éléments hébraïques et allemands, commun aux Juifs de Russie, de Pologne, de Moldavie, d'Allemagne et d'Autriche. Les Juifs espagnols, ainsi appelés parce (|ue leurs ancêtres ont jadis habité l'Espagne — d'où ils ont été chassés par Ferdinand le Catholique — parlent une sorte d'espagnol corrompu, connu sous le nom de jargon espagnol. La dénomination d'Orientaux leur vient de ce que leurs ancêtres, chassés de l'Espagne, se sont établis dans l'Orient — en Turquie et dans l'Asie Mineure, d'où ils ont passé en Grèce pour se répandre dans la péninsule balcanique.
Les deux communautés juives de Bucarest ne sont pas numériquement égales. Les Juifs espagnols ne sont guère plus de 6.000 âmes, tandis que le nombre des Juifs allemands dépasse le chiffie de 35.000 âmes.
Il y a des différences très grandes et très pro-
noncées entre les deux catégories de Juifs. Les Juifs espagnols sont pour la plupart bruns, aux yeux noirs; leur femmes sont d'une beauté remarquable. Les Juifs allemands sont plutôt blonds, aux yeux bleus et le teint blanc et leurs femmes sont moins belles que celles des Juifs espagnols.
Il y a quelque temps, il régnait une assez grande animosité entre ces deux catégories de Juifs. Les uns se
Le grand temple choral rue Vineri.
croyaient supérieurs aux autres au point de vue de l'intelligence et de l'instruction. La vérité est que la supériorité est du cote des Juifs allemands, qui ont fourni aux lettres et aux arts roumains quelques éléments de réelle valeur, tandis que les juifs espagnols, sauf deux ou trois médecins, ne comptent parmi eux que des commerçants.
A cause de cette animosité, qui a des racines remontant jusqu'au moyen-âge, la vie sociale des deux catégories de Juifs n'était point commune. Les relations personnelles n'étaient que fortuites; les mariages entre les deux branches étaient chose tout à fait rare; cependant il semblerait qu'une légère détente se soit produite.
Les différences entre les Juifs espagnols et les Juifs allemands vont même jusqu'aux questions religieuses. Ils n'ont de commun que les fêtes ; il y a dissemblance entre
Pierre de monument juif qui existe encore dans l'ancien cimetière de la rue Sebastopol.
les rites; la prononciation même du texte hébraïque — langue officielle du culte — est différente; la prononciation espagnole toutetois serait plus juste, car elle se rapproche davantage de l'hébreu.
Les Juifs espagnols ont deux temples, deux écoles et quelques institutions de bienfaisance. Leur communauté est très bien organisée. Sans avoir des revenus fixes, elle existe grâce â la munificence de ses membres riches. Le
grand temple, situé dans la rue Negru-Vodâ, est un édifice assez vaste qui a été rebâti et embelli ; il est desservi par un ministre officiant et par un chœur bien apprécié.
Le petit temple est situé dans la strada Spaniolâ; il est le lieu de prière des Juifs espagnols moins aisés.
Les écoles entretenues par les Juifs espagnols sont au nombre de deux: une école primaire pour garçons et une école primaire professionnelle pour filles. Les Juifs espagnols entretiennent en outre un asile pour vieillards. Comme sociétés de bienfaisance elle a la société Progresul dont le but est d'accorder des subventions aux étudiants pauvres. Une autre société „Pietatea", constituée dans le but de fonder un hôpital pour les Juifs espagnols, n'a eu que peu de succès.
La communauté des Juifs espagnols paye en outre deux médecins, dont la mission est de porter l'aide médical aux indigents. Généralement, la charité est très bien distribuée chez les Juifs espagnols; ils pratiquent surtout la charité à domicile; c'est pourquoi l'indigence des Juifs espagnols est moins apparente.
Les Juifs occidentaux ne sont pas si bien organisés que les Juifs espagnols. Cependant leur grand nombre fait qu'ils possèdent plus d'institutions religieuses, scolaires et de bienfaisance que leurs coreligionnaires ..espagnols".
A vrai dire ils n'ont pas, de même que les Juifs espagnols, une communauté dûment organisée, ayant un caractère officiel reconnu par la loi. Us en avaient une avant 1865. Alors fonctionnait un comité élu par la population israélite chargé de l'administration des intérêts de la communauté. Ce comité percevait des taxes fixes sur le tâiatal vitelor §i al pâserilor (on sait que les Juifs sacrifient la volaille et le bétail d'après un rite spécial appelé rite cucher). Le revenu de ces taxes servait à l'entretien d'hôpitaux, écoles du corps enseignant et institutions de bienfaisance, asiles, etc. La communauté (Haut reconnue par l'Etat, comme personne morale, la perception
de ces taxes, dite gabelle, était obligatoire. Mais en 1865 le gouvernement ayant cessé de reconnaître officiellement la communauté et d'un autre côté une partie de la population ne suivant plus strictement le rite cucher, les recettes de la communauté ont forcément diminué et la communauté, en tant qu'organisation israélite Bucarest a cessé d'exister dès l'année 1865.
Elle a été remplacée par l'initiative individuelle, basée sur des cotisations volontaires.
Néanmoins les Juifs occidentaux de Bucarest ont quelques institutions dignes d'attention.
Il y a d'abord la communauté du Temple choral,
(Voir page 551)
constituée en 1 857, dans le but de faire bâtir un grand temple. En 1865 ce temple a été érigé dans la strada Sf. Vineri; il fut démoli en 1866 et reconstruit avec l'aide de S. M. le Roi en 1867. C'est un édifice monumental au style sévère. L'intérieur en est richement décoré. Ce temple est desservi par un prédicateur, par deux ministres offi-
ciants, et par un chœur où figurent quelques éléments chrétiens, du chœur de l'Eglise Doamna Balaya. Depuis six ans, ce temple est pourvu d'une orgue. Le service divin y est célébré d'une manière ordonée, à rencontre des services célébrés dans les autres synagogues, où le rite sent trop le moyen-âge. Les recettes du temple s'alimentent de la location des chaises.
La communauté du Temple choral jouit de la qualité de personne morale et juridique. C'est pourquoi elle peut accepter toute sorte de legs et de donations destinés à d'autres œuvres de bienfaisance. Ainsi elle a sous sa surveillance deux écoles primaires: l'une pour filles, Fraternitatea-Sion, avec 400 élèves fondée en 1890, située dans la cour du Temple; l'autre pour garçons: nommée, Iacob si Carolina Lôbel, avec 500 élèves, située dans la strada Mircea-Vodâ. Cette dernière a été fondée en 1873. Comme, école, les Israélites occidentaux de Bucarest ont encore une école de commerce de 1-er et 2-ème degré.
L'école est installée dans son propre immeuble, d'une valeur de 44.000 fr. Elle est entretenue grâce aux cotisations des membres d'une société — Cultura — constituée ad-hoc et grâce aux taxes scolaires dont le montant s'élève à 14.000 fr. par an.
Cette société entretient en outre une école primaire disposant d'un local propre d'une valeur de 40.000 fr.
Les autres écoles primaires entretenues par les Israélites occidentaux de Bucarest sont les suivantes:
Ecole Moria, fondée en 1897. Installée dans un immeuble à elle, situé dans la strada Corbului, construit en 1905, grâce à une donation de 30.000 fr. faite par la société Jewish Colonial Association (I. C. A.) de Paris, qui lui accorde aussi une subvention annuelle de 5.000 fr. : 300 élèves;
Ecole Reickis-Daat, fondée en I877, entretenue par une société qui compte plus de 300 membres. En I (><)4, cette société a fait construire dans la strada Sf-tfi Apostoli,
un local propre pour son école, toujours avec un fonds de 30.000 fr. procuré par la société I. C. A. Cent cinquante élèves ;
Ecole Voinfa, calea Mosjlor, fondée en 1897, installée dans un immeuble à elle, d'une valeur de 30.000 fr. : 180 élèves;
Ecole Malains, entretenue par une société : 250 élèves ; Ecole Instrucfiunea, pour jeunes filles; local loué: 130 élèves;
Ecole primaire Baronne Claire de Hirsch 230 élèves.
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ton.
(Voir pas. 551).
Installée dans un immeuble à elle, d'une valeur de 60.000 fr., construit grâce aux secours de la Société Ica, calea Dudesti ;
Ecole professionnelle pour filles Philippe et Rachel Focsaneanu, de la strada Anton Pan, cent cinquante élèves. Installée dans un immeuble à elle, construit par M et M-me Philippe Focsaneanu.
Il y a ensuite l'école des métiers „CiocanuP, installée
dans un vaste immeuble situé dans la calea Dudesti. Cette école, qui compte 60—70 élèves, a trois sections, où l'on apprend la sculpture sur bois, la serrurerie d'art, la ferblanterie, la menuiserie, etc.
Quelques-unes de ces écoles sont subventionnées dans une forte proportion par la lewish Colonial Association.
Les juifs occidentaux ont encore un hôpital — Spitalul Caritas — qui fonctionne depuis 60 ans. Il est situé dans la calea Dudesti. Reconnu personne morale et juridique, il peut recevoir des legs ou des donations. Le nombre des lits y est de 30.
^ Un asile pour vieillards l'Elisa-
betheu, rue Romulus. Mentionnons * encore les sociétés de bienfaisance,
nfLÉ^^jH^ dont le nombre dépasse le chiffre de V ! 5<>, et dont le but est soit le secours
mutuel, soit de procurer, à ses membres gratuitement, des médicaments et des soins médicaux.
pîLSîïirSSÏSrnté Parmi ces sociétés, les plus im-
des juifs occidentaux. portantes sont :
„La Société sacrée" qui dispose d'un fonds de 20.000 fr. et dont le but est de pourvoir à l'enterrement des membres de la communauté israélite et à l'administration du cimétière mosaïque, situé à l'extrémité de la chaussée Filantropia.
La société „GhemiladsHesudin", au capital de 50.000 fr. qui accorde des prêts sur gage mais sans intérêts, aux Juifs pauvres.
l'Union des femmes israélites, qui compte 1.000 membres et pratique la charité à domicile.
La communauté compte en tout 28 synagogues.
Les juifs espagnols habitent généralement les rues Carol I, vSpaniola, Sf. Iôn-Nou et Radu-Vodà, tandis que les juifs occidentaux habitent pour la plupart les rues
Olteni, Lucaci, Labirint. Epurilor, Vulturului, Bradului, Câlârasiïor, Calea Vâcârestilor et Calea DudesUlor.
Jusqu'en 1864, on enterrait les juifs soit espagnols soit occidentaux, dans un cimetière mixte, qui existait dans la rue Sebastopol. Des pierres de monuments qu'on trouve encore sur l'emplacement de cet ancien cimetière, et dont nous donnons les clichés dans ce chapitre, prouvent selon leurs épitaphes, que les juifs existentà Bucarest depuis Ecole Racfae"e et Phiiipe
f . Focsaneanu.
plus de deux siècles.
En 1866, fut inauguré le cimitière des juifs occidentaux dans la soseaua Filantropia. À partire de cette date, les cimetières furent séparés, car les espagnols en créèrent in oour eux à Bellu.
La serre aux crysantèmes.
Du jardin botanique de M. Rothan.
L'établissement de bains systématiques docteur Erdreich.
Boulevard Carol.