‹ Bucoliques (volume 2)Chapitre 12 sur 40 · L'ESPOIR DU VILLAGE · texte numérisé non relu

L'ESPOIR DU VILLAGE

Voici que, par l'échalier, une bande de gamins saule dans le pré. Ils tiennent des lignes, mais déjà las de pêcher, ils les posent au milieu des joncs, et tandis qu'elles se mêlent à la dérive, la petite troupe se demande à quoi on pourrait bien jouer.

Le plus grand, le mieux habillé, celui que les autres appellent le Maître d'école, parce que c'est le fils du maître d'école, aperçoit dans un coin du pré une cabane qu'il ne connaissait pas, et il y court avec ses camarades sur ses talons.

Là cabane paraît toute neuve. Les branches

' ont encore des feuilles vertes. Fort habilement

dressée, elle s'appuie contré la haie et sa

porte, retenue par des gonds d'osier, s'ouvre et se ferme, comme une vraie porte !

Un homme passerait et le petit maître d'école peut entrer et marcher tête haute à rintérieur, de long en large, sur le sol battu. Derrière lui, ses camarades entrent et sortent comme leur chef et font ce qu'il fait.

— Allez, les gars, tout le monde dans la cabane ! ordonna le petit maître d'école, et fermons notre porte.

Ils sont chez eux. Serrés, empilés, ils retiennent leur langue et leur souffle. On croirait la cabane vide.

Leur premier sentiment est d'admirer et ils déclarent que, pour construire une pareille cabane, il faut un rude malin.

Ils ont beau chercher, personne ne devine son nom. Puis, la troupe se fatigue. Elle se plaît de moins en moins à visiter, occuper et quitter toujours la même cabane. On la regarde de travers; d'un œil jaloux, méchamment. Il ne reste plus qu'un moyen de jouer avec : la démolir.

Le petit maître d'école donne le signal. Il

arrache la porte. Ses amis attaquent les murs et le toit, et bientôt chacun foule aux pieds sa part de ruines.

Après le pillage, la troupe se retire au bord de la rivière, où les lignes achèvent de s'embrouiller, et repue, morne, elle attend Tenuemi.

Il ne tarde pas à se montrer.

— Je m'en suis douté, dit le petit maître d'école, que la cabane était à Grelutot.

Ses camarades disent, comme lui, que personne, excepté Grelutot qui va nu-pieds, couche dehors, vole les raisins, dont le père se saoule et dont la mère est si sale, ne pouvait réussir la cabane qu'ils ont détruite.

Sans se creuser la tête, Grelutot comprend vite ce qui est arrivé. Il louche du côté du petit maître d'école et de sa troupe qui l'observent avec émotion. Bien qu'ils aient la supériorité du nombre, ils se défient et, quoique seul, Grelutot ne se sent pas plus brave qu'eux. 11 jure le nom de Dieu, fouille du sabot les branches de sa cabane et gesticule.

— Ah ! si je savais qui, si je savais qui !

— Qu'est-ce que lu ferais? dit de loin le petit maître d'école.

— Tu verrais, dit Grelutot*

— Qu'est-ce que nous verrions?

— Vous le verriez, si vous étiez près de moi, dit Grelutol. ^

— Nous sommes bien où nous sommes, dit le petit maître d'école. Viens si ça te plaît.

— Viens-y donc, toi, plutôt!

— Si tu fais la moitié du chemin, nous ferons l'autre, dit le petit maître d'école qui reprend du courage pour lui et sa troupe.

— Oui, dit Grelutot, vous vous mettez tous contre un.

La. troupe, piquée, délibère... Il faut de la justice. Enfin le petit maître d'école, sûr de ses fidèles amis, se détache prudemment, à pas comptés, et f^it sa moitié de chemin.

— Me voilà, dit-il, se dandinant comme s'il avait bu.

, — Qu'est-ce qui te parle? dit Grelutot.

— C'est moi qui te parle. .

— Oh! ce n'est pas à toi que j'en veux, dit Grelutot.

— Vous l'entendez, dit le petit maître d'école à ses camarades; restez là, je n'ai pas besoin de vous.

Mais, d'un bond, toute la troupe rassurée rejoint son chef; ils se bousculent du coude et de l'épaule et font l'autre moitié du chemin.

Grelutot pense qu'il est perdu. Dans ce cercle hostile, il ne peut que s'accroupir et tripoter machinalement une motte de terre.

On dirait que c'est un petit garçon très doux qui sait s'occuper tout seul avec un rien et que d'autres petits garçons viennent voir.

— Laissez-moi m'amuser, dit-il.

Et il n'y a plus aucune raison de bataille.

C'est à peine si on donne une chiquenaude à la casquette de Grelutot et s'il pleut une poignée d'herbe sur ses guenilles. Comme, par derrière, quelqu'un lui envoie, d'une jambe molle, un coup de pied qui n'arrive pas.

— Laissez-le tranquille, dit le petit maître d'école. Puisqu'il ne commence pas le premier, ne commençons pas les premiers.

Dès que Grelutot a fini de jouer, il se redresseet, baissant les yeux, frottant ses pieds^

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il s'éloigne sans se presser, et il s'arrête encore çà et là, de peur qu'on né croie qu'il se sauve. Déjà personne ne fait plus attention à lui quand, repris d'une rage tardive, il s'écrie :

— D'abord, fichez-moi la paix !

Et il ramasse une pierre qu'il jette au hasard, sans viser, car, à force de reculer pour se mettre hors d'atteinte, il y a mis les autres, la pierre inutile retombe quelque part.

— Ch... au bout, dit le petit maître d'école railleur.

— Oh! par exemple, m... pour toi! répond Grelutot.

— Je t'emm... aussi! dit le petit maître d'école.

— Et moi je vous emm... tous! crie Gré- Mot exaspéré.

— M...! m...! m...! m...! réplique toute la troupe.

— Mangez-la. . . votre m. . . ! hurle Grelutot. Et jusqu'à ce que leur gorge sèche de soif,

les enfants de mon village récitent par cœur, à haute et intelligible voix, ce qvi'ils savent le mieuxt

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