‹ Bucoliques (volume 2)Chapitre 39 sur 40 · L HOMME DU MONDE · texte numérisé non relu

L HOMME DU MONDE

Bonjour, mademoiselle Berlhe.

BERTHE

Bonjour, monsieur. Mais moi, je n'ai pas de chapeau et je ne peux pas ôter mes cheveux pour vous saluer.

l'homme du monde

Mademoiselle Berthe, voulez-vous me permettre de vous présenter mes hommages?

BERTHE, tendant la main.

Oui, monsieur, donnez.

l'homme du monde Voulez -vous m'embrasser, mademoiselle Berthe?

BERTHE

Je veux bien {puis elle réfléchit et appelle Pierre) j viens avec moi, embrasser le monsieur, parce que j'ai peur de son nez. {Mais elle réfléchît de nouveau, et décidément elle n'y va pas,)

LA MAMAN

Pourquoi refuses-tu d'embrasser le monsieur?

BERTHE

Parce que je le trouve verdâtre et limoneux.

LA MAMAN

Berlhe, embrasse-moi comme tu m'aimes.

BERTHE

Comme ça?

LA MAMAM

Plus fort! Plus fort!

BERTHE

Tu veux donc un gros, gros bibi qui ne pourrait pas passer daçs un rond de serviette !

Berlhe a mis un chapeau el une voilette de sa maman, elle se fait une visite dans la glace et elle se dit :

— Oh! madame, c'est horrible! imaginez qu'un de mes enfants a des pets-de-nonne autour du cou.

— Comment! madame, despets-de-nopne?

se répond Berthe, vous voulez dire des mandarines?

— Pardon, madame, je dis des pets-denonne. Quand on les perce, il ne sort rien.

Si c'était des mandarines, il sortirait au moins des petits noyaux. Donc, croyez-moi, madame, c'est bel et bien des pets-de-nonne que mon malheureux enfant a autour du cou.

BËRTHË

C'est très vilain de dire ces mots-là, n'estce pas, maman?

LA MAMAN

Quels mots?

BERTHE

Une petite fille bien élevée ne doit jamais les dire, n'est-ce pas, maman?

LA MAMAN

Lesquels, ma fille?

BERTHE

Chameau, cochon, gueule^ bougre et tu m'embêtes.

BERTUE

Dans un coin du cabinet de toilette, elle bougonne. Elle a 1 air d*un mauYais ange sur le pot. Elle ressemble aussi, le pot collant & ses fesses, à un escargot tout sorti de sa maison.

Je n'ai pas envie !

LA MAMAN

Si, si, ma fille, pousse. J'y tiens. Inutile de t'entêter. Je ne céderai pas. Nous resterons ici jusqu'à demain, s'il le faut. {Silence prolongé.)

BERTHE, subitement elle se dresse et triomphe.

J'ai fini, maman. Il vient de venir! 11 vient de venir!

BUCOUQUES 28o

LA MAMAN

Tant mieux, ma fille, lu vois que j'avais raison. Esl-ii beau?

BERTHE

Superbe !... Je crois qu'il a un chapeau de paille.

LA MAMAN

Comme tu es sage !

BERTHE

Oui, je sens que Nod travaille à mon joujou.

Chaque matin, à son réveil, elle dit : « Noël ! c'est dans dix jours, dans neuf jours, dans huit jours... » Ce matin, elle dit : « Noël!

c'est dans zéro jours. »

BERTHE, au désespoir..., elle vient de repasser, sur son catalogue, les joujoux qu'elle désire.

Jamais, jamais Noël ne voudra m'apporter les trois choses que je lui demande.

BUCOLIQUES âB7

LA MAMAN

Lesquelles?

BERTHE

Jamais il ne voudra.

LA MAMAN

Dis tout de même.

BERTHE

Ce n'est pas la peine que je les dise, puisque jamais il ne voudra me les apporter.

BERTHE

C'est aujourd'hui que je me marie.

PIERRE

Je veux bien être ton mari, y

BERTHE

Non, pas toi, tu ne mç donnerais pas assez d'enfants ! Imagine que je me suis commandé au Terminus un mari, pour quatre heures précises, et qu'il n'est pas encore venu. Attache-moi ce chiffon derrière; c'est la queue de ma robe de mariée.

Une jolie queue! un chiffon tout sale!

BERTHE

Oh! je ne fais pas un beau mariage.

Tu sais, Pierre, dit tout à coup Berthe, je crois que le Bon Dieu ne voudra pas nous conserver notre papa et notre maman.

A celte idée, Pierre se met à pleurer. Aussitôt Berthe, qui croit qu'elle a dit la vérité sans le savoir, fond en larmçs et quatre pelits ruisseaux coulent qu'on ne peut plus arrêter.

BERTHE

Il va loin, maman, le Irou des oreilles?

LA MAMAN

Il traverse la tête, excepté celle des sourds. Comme tu es pressée de sortir !

Ce n'est pas moi. C'est ma belle robe.

LA MAMAIV

As-tu froid?

BERTHE

Ça dépend. Qu'est-ce que tu me mettrais?

Si tu veux me mettre mon manteau neuf, j'ai froid. Quand on a froid on a la chair de poule,

des petits tas de sable sur la peau. Tiens !

pourquoi que je ne me vois plus dans la glace?

LA MAMAN

Sotte ! parce que tu fermes les yeux. Prends garde, tu te gantes mal.

BERTHE

Je fourre deux doigts dans la même guérite.

Ce gant-là n'est pas aussi pareil que Tautre.

LA MAMAN

Pourquoi fais-tu la moue? Il te déplaît, ce manchon de chèvre de Mongolie?

BERTHE

Il n'a pas de cornes.

LA MAMAN

Laisse donc cette brosse !

BERTHE

Je cherche ses poux*

Berthe ne prêle jamais sa poupée ; elle varie seulement ses façons de la refuser. Elle dit à une petite fille :

— Mademoiselle, ma poupée a la rougeole, et ça s'attrape.

Et elle dit à une grande personne :

— Moi, madame, je vous prêterais bien ma poupée ; c'est elle qui me le défend, parce qu'elle n'aime pas allçx dans le monde. '*

LA MAMAN

Berthe, laisse ta poupée à la maison. Elle est trop lourde et tu rae la donnes tout de suite à porter.

BERTHE

Il faut alors que je lui dise que nous ne pouvons la sortir à cause du mauvais temps, et, comme elle n'est pas si bête, je jetterai par la fenêtre de Teau sur le trottoir, pour lui faire croire qu'il pleut.

xxxn

Maman, allons nous promener sur le boulevard Persil.

LA MAMAN

Qu'appelles-tu le boulevard Persil? est-ce le boulevard?... {elle nomme plusieurs boulevards).

BERTHE

Malesherbes! oui, c'est le boulevard Malesherbes que je voulais dire. Je savais bien qu'il y avait de Therbe dedans.

Comme Berthe courait sur le trolloir, un chien s'est élancé d'une porte.

— J'ai eu tellement peur, dit-elle, que je me suis précipitée de m'arrêter.

BERTHE

Maman, voilà un monsieur qui a un ventre dans le dos.

LA MAMAN

C'est un t)ossu.

Et v«Bà un autre monsieur qui n'a pas de jambes et qui marche sur sa culotte, dans les cailloux.

LA MAMAN

C'est un cul-de-jatle, ma fille.

BERTHE

Merci, s'il te plaît. Et pourquoi que les soldats se disent bonjour?

LA MAMAN

Ils y sont obligés, chaque fois qu'ils se rencontrent.

BERTHE

Comme les chiens!...

LA MAMAN

Tu as toujours ta toupie?

BERTHE

Il y a lontemps que je Tai toujours.

Elle « toupite » sur le trottoir, et un coup de fouet malheureux jette la toupie dans les jambes d'un bonhomme qui pousse une petite pelle de fer au creux d'un rail de tramway.

Berthe pétrifiée voit l'homme se baisser vivement, ramasser la toupie et la mettre dans sa poche.

— Maman, maman, crie-trelle, l'homme me prend ma toupie.

Mais l'homme n'a l'air de rien.

— Vous n'avez pas vu la toupie de ma petite fille? dit la maman.

— Pas vu, rrpond sèchement l'homme qui pousse sa pelle un peu plus vite.

BCCOLIOUBS 299

— Si, si, il me Ta prise, dit Herlhe trépignant.

Le boulevard est désert. Point de sergent de ville, et Thomme s'éloigne, snr le rail, le nez bas.

— Viens, que je t'achète une autre toupie, dit la maman.

Mais la neuve ne remplace pas l'ancienne Berthe pleure d'indignation. Le soir, à table,

on ne parle que du drame. Aucun doute :

rhomme a volé la toupie.

— C'est un pauvre homme, dit la maman à Berthe. Il n'a pas de quoi acheter des toupies pour sa petite fille. Il lui apporte celles qu'il trouve dans la rue.

Mais Berthe ne pardonne pas. Pour qu'elle se calme, il faut qu'on la couche, et de son lit elle s'écrie encore :

— Si j'avais eu une bouteille de benzine, je lui aurais flanqué toute la bouteille à la figure.

BERTHE

Écoute, papa, il yavail ce soir, aux Champs- Elysées, une jpauvre femme qui ne voulait pas laisser sa petite fille monter sur les chevaux de bois. Et la petite fille demandait pourquoi. Et la pauvre femme disait:

— Parce que ça te ferait mal au cœur.

— Mais, maman, répondait la petite fille, regarde toutes ces petites filles sur les chevaux de bois. Elles n'ont pas mal au cœur.

— Si.

— Elles ont toutes mal au cœur?

~ Oui, toutes.

— Pourquoi leurs mamans les laissentelles mwiter sur les chevaux de bois?

BUCOUQUES 301

— Parce qu'elles n'ont pas été sages. C'est pour les punir.

— Oh ! alors, je ne veux pas que tu m*y laisses monter, disait la petite fille.

Et sais-tu, papa, ce qui est arrivé ensuite?

Ma maman, à moi, qui avait entendu, a donné deux sous à la petite fille, et aussitôt sa maman, à elle. Ta laissée monter sur les chevaux de bois. Preuve que tout à l'heure cette pauvre femme mentait.

LA MAMAN

Berlhe, prends donc garde, tu bouscules les petites filles !

BEKTHE

Maman, je le fais exprès.

LA MAMAN

Tu fais exprès de cogner des petites filles qui ne te disent rien ?

BERTUE

Oui, maman. Je les cogne pour les saluer après et montrer comme je suis polie en leur disant : ^ Oh! pardon, mademoiselle! w

Tandis que la maman paie le cocher, Berthe regarde le cheval qui a chaud et qui fume.

— Comme il est bien cuit, dit-elle !

Pierre et Berlhe voiturenl un tonneau de vin.

C'est Pierre le cocher et Berthe fait le tonneau.

— Hue! dit Pierre.

Mais Berthe n'avance pas.

— Hue donc! dit Pierre.

— D'abord est-ce que j'ai du vin, demande Berthe, est-ce que je suis vide? II faut le dire.

PIERRE

L*éléphant est manchot.

BERTHE

Le perce-oreille a au bout de la queue une petite fourchette pour déjeuner... Tautruche vole.

PIERRE

Non.

Si.

PIERRE

Mais non. Je sais peut-être mon histoire naturelle mieux que toi.

BERTHE

Et moi, j€ te dis que Fàutruche vole, quand elle n'a pas sa petite voiture.

BRRTHE

Jouons au chai et à la souris.

PIERRE

Je veux bien. {Aussitôt il fait fît/ fttf et s'élance sur Berthe.)

BERTHE

Mais lu te trompas, c'est moi le chat.

PIERRE

Alors, dimanche ce sera mon lour d'avoir la queue du gigot.

Cette petite bête-là, c'est un catalogue.

PIERRE

Un cloporte.

BERTHE

Et ça, un cure-oreille?

PIERRE

Un écureuil.

BERTHE

Avec quoi fait-on le pain?

PIERRE

Avec de la mie et de la croûte*

308 B0COLIOUES

BERTHE

Qu'est-ce que les poules ont sur la tête?

PIERRE

C'est leur cervelle qui sort... Je parie que tu ne sais pas ce qui vient après les quatrillions?

BERTHE '

Tu m'ennuies, les oignons... Tiens, une vieille pantoufle!

PIERRE

C'est une bouse de vache cuite au soleil.

Ah ! je croyais que c'était une vieille pantoufle, et je cherchais l'autre... pourquoi qu'il y a des gens qui se pendent?

PIERRE

Pour se faire sécher... As-tu remarqué que papa et maman se parlent quelquefois comme des petits oiseaux.

BERTHE

Oui... quinze et sept, vingt; vingt et dix, quarante-deux; quarante-deux et... •

PIERRE

Comme tu comptes mal, ma pauvre Berthe !

BERTHE

D'abord, tu ne peux pas savoir. Je compte en anglais.

XLIJl

Berlhe fait gravement des pâtés de sable aux Tuileries :

— Maman, dit-elle, est-ce qu'on peiit faire des pâtés avec la poussière des morts?

Pierre et Berthe reviennent tout chauds du cirque.

BERTHE

Oh! papa, il faisait un monde dans ce cirque, tu n'en as pas idée. Si tu avais vu le petit nain, tu te serais tordu. Est-ce que les clowns sont vivants?

PIERRE

Pourquoi se mettent-ils de la gribouillade sur la figure ?

* BERTHE

«c sais maintenant tenir un éventail, il faut faire voir le beau côté au monde.

PIERRE

Ce n'est pas un bon métier que celui de cheval : il doit courir tout le temps*

312 BUCOLIQUtSS

BERTHE

Le cheval avait un jupon de soie comme maman. La belle dame sautait dessus et le cheval ne s'occupait même pas des nibans.

PIERRE

Il faut qu'il soit bien habitué.

Il y a un cheval qui s'est piqué dans un autre.

PIERRE

Chocolat m'a regardé!

BERTHE

Je veux me marier avec Chocolat.

PIERRE

11 ne voudra pas de toi.

BERTHE

Mais moi je voudrai de lui.

PIERRE

C'est défendu à une blanche de se marier avec un noir. Les gens de la rue diraient :

vous voyez cette petite fille, c est la femme d'un nègre.

BERTHE

Ça m'est égal, puisque je l'aime,

BUCOUQUES 313

PIERRE

Pourquoi Taimes-lu plutôt que Footitt?

BERTHE

Parce qu'il n'a pas de perruque : je l'aime, je Taime.

Lui ne t'aime pas.

BERTHE

Pourquoi?

PIERRE

Parce qu'il ne te connaît pas.

BERTHE

Moi, je le connais. Je lui dirai mon nom.

Je lui dirai « Monsieur Chocolat, je m'appelle Berthe.» Alors il méconnaîtra, et il m'aimera.

PIERRE

Tu te le figures, tu te trompes.

BERTHE

Il m'aime déjà, puisqu'il m'a donné des chocolats.

PIERRE

Chocolat t'a donné des chocolats parce, que tu étais au cirque. 11 en donne à tout le monde. Mais s'il te rencontrait toute seule

dans la rue, il ne te donnerait pas de chocolats.

BERTHE

Pourquoi? 11 est très gentil.

Au cirque, oui, mais pas en ville. En ville, un nègre est toujours méchant.

BERTHE

Enfin, moi j'aime Chocolat.

PIERRE

Gourmande !

BERTHE

Ah ! tu me traites de gourmande ! tu crois donc que je veux le manger comme un chocolat ?

PIERRE

Tu m'ennuies avec ton Chocolat.

BERTHE

Et toi, tu m'ennuies avec ton Footitt. Je voudrais que Footitt n'existe pas*

PIERRE

Un jour Chocolat sera mort aussi.

BERTHE

Alors j'aimerai son tombeau... Et to ,

papa, lequel que tu préfères de tous les acteurs du cirque.

LE PAPA

Chocolat, ma fille, Chocolat sûrement.

BERTHE, modeste et rouge de plaisir.

Je crois que tu as raison.

LA MAMAN

Berthe, il ne faut jamais rester seule sur la route, à la campagne.

BERTHE

Je ne suis pas sur la route, je suis sur le trottoir d'herbe.

LA MAMAN

11 ne faut pas rester même sur le trottoir d'herbe, à cause des bœufs qui peuvent passer.

! BERTHE

Tu peux être tranquille, ma vieille, je rentrerai vite à la maison, si je vois venir un gros bœuf, ou quelque autre bête cruelle.

Berthe avait un petit chat qui toussait tant qu'il est mort. On lui en donne un autre, et voilà qu'il se met encore à tousser.

— C'est peut-être le même, dit Berthe.

Elle observe, par terre, deux insectes accouplés.

— Regardez, dit-elle, une petite bête qui en mange une autre !

Elle dit d'une mouche : « Oh ! celle-là n'est pas dangereuse ; elle ne ferait qu'une piqûre immortelle. »

Et elle dit d'une grosse marguerite au cœur jaune, aux pétales rouges : « Elle ressemble à un petit cirque. »

Elle mâche des graines, pour qu'il lui pousse des fleurs au dedans d'elle.

Elle connaît presque toutes les couleurs.

Elle dit : « C'est blanc, c'est rouge, vert, » et quand elle ne connaît pas, elle dit: «c'est sale. »

Elle a entendu dire un jour que le ciel était moutonneux, que les nuages du ciel ressemblaient à des moutons. Elle a retenu le mot, et pour n'avoir pas l'air de répéter les^ mots des autres, elle dit négligemment :

— Ce soir on dirait qu'il y a des cochons au ciel.

Elle reprend Pierre qui dit que cette pomme tombée était pendue au mur. « Les pommes ne sont pas pendues au mur, dit-elle. Elles sont pendues aux feuilles. »

BERTHE

Et qu'est-ce que je vois tout à coup ? je vois une guêpe qui sort de ma manche.

LA MAMAN

Que faisait-elle là, mon Dieu?

BERTHE

Elle était sans doute en train de se régaler avec mon joli petit bras.

Penchée au bord de la rivière, sa manche relevée jusqu'au genou de son bras, Berthe trempe dans Teau sa petite main caressante et dit:

^ — Je fais couler plus vite la rivière.

Berthe se hausse sur la painte des pieds contre le mur de l'école et réussit à glisser une lettre dans la boîte.

Puis elle attend.

— Crois-tu, me dit-elle enfin, que la lettre est déjà un petit peu loin?

BERTHE

Est-ce que le jardinier pourrait me faire une poupée ?

LA MAMAN

Non, ma fille, c'est trop difficile.

BERTHE

Pourquoi, puisqu'il sait planter des carottes qui se tiennent droites I

LU

LA MAMAN

Fais donc attention, Berlhe, tu écosses mal tes petits pois, tu en laisses tomber la moitié par terre.

BERTHE

Ce n'est pas de ma faute. Quand j'ouvre leur petite cabine, ils sautent de joie.

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