MADAME D U C H E S N O I S
ries. Elle a l’esprit et l’adorable innocence d’Agnès de l'Ecole des Femmes et possède l’art si malaisé du « bien dire. » Comédienne jusqu’au bout des ongles, d’une intelligence très fine, très déliée, Mme Duchesnois est bien V ingénue telle que nous la rêvons. Elle eût peut-être été parfaite aux yeux de quelques-uns, si dame Nature avait daigné de çi de là corriger quelques lignes dans ce masque rieur. Mais il n’est pas jusqu’à ce spirituel chiffonnage de traits qui ne soit pour nous un charme de plus, une grâce nouvelle.
ALPHONSE MOUTTE
me chevelure et une barbe noire, mais dans lesquelles courent des fils d’argent. Sous d’épais sourcils, des yeux doux, bons, aimables. Un visage vigoureusement modelé, aux méplats accusés, et auquel le plein air semble avoir donné une légère patine. C’est un Provençal convaincu, sincère, ardent, qui a pris à cœur de
ALPHONSE MOUTTE
reproduire nos portefaix, nos pêcheurs, ainsi que les paysans et les paysannes de notre lumineuse banlieue. Fin coloriste, il sait prêter de l’élégance à ses plus modestes personnages, et quand il campe en plein soleil une jeune marchande de poissons, il n’oublie pas qu’il y a de la grâce et un certain air de fierté chez nos filles du peuple. Ignore peutêtre encore l’art de la composition, de l’ordonnance d’un tableau , mais rachète tout cela par la vérité et la solidité des tons, la justesse du dessin, par l’observation et par un magnifique sentiment de la lumière. Nous avons là, devant nous, accrochée au mur de notre chambre, une petite étude de terrain qui est bien la chose la plus pétillante de lumière que nous ayons jamais vue. Un dernier mot : Alphonse Moutte est modeste, effacé, comme tous les gens de mérite et d’avenir.
SAMAT
|l aurait pu composer, comme le Louis Lambert de [ Balzac, un traité de la volonté. Car on ne se doute point de la somme d’énergie, de persévérance et d’ardeur qu’il y a chez cet homme, dont le masque pourtant est resté jeune, rose et tendre, en dépit des préoccupations et des tracas d’une entreprise considérable. Un soir — il y a belles années de cela — dans une salle basse et mal éclairée du quai du Canal, quelques personnes s’étaient réunies pour discuter la création d’un journal quotidien à un sou. A cette réunion , assistait, silencieux, un homme modeste, timide, qui la veille encore était un simple ouvrier typographe. Cet homme était Samat et le journal dont on venait de jeter les fondements devait s’appeler le Petit Marseillais. Samat eut foi dans l’œuvre commune