‹ Bustes & masquesChapitre 45 sur 84 · ALFRED PRIVAT · texte numérisé non relu

ALFRED PRIVAT

pelle : un Grain et c’est un petit chef-d’œuvre d’esprit et d’exquiseté. Nous le relisions l’autre jour , et nous y avons pris un plaisir aussi vif qu’à la première représentation. Combien de comédies, on le sait, n’entrent guère que par surprise ou par effraction dans une bibliothèque ! Le Grain, par contre, a sa place marquée dans ce théâtre choisi qu’on ne se lasse point de feuilleter. Ecrire une comédie, la faire jouer même avec succès, un esprit de mince qualité peut parfois nous donner le spectacle de cet accident ; mais éveiller chez une élite du public le désir de lire la même pièce, loin de la rampe et des acteurs, c’est là, selon nous, le vrai triomphe. Eh bien, Alfred Privât, à ce point de vue, a le droit de se déclarer satisfait.

C’est une modeste plaquette intitulée : Une soirée à la Maison Dorée qui appela l’attention des lettrés sur l’auteur d 'Un Grain. Il y avait dans ce poème une saveur et un sentiment de modernité qui n’étaient pas ordinaires. Le seul reproche que les imbéciles adresseront peut-être à Alfred Privât, c’est de ne pas assez pioduire, comme on dit dans notre littérature industrielle. Mais, parbleu, Privât a comme tous les artistes digne de ce nom : il n’écrit que lorsqu’il est convaincu de pouvoir donner quelque chose de fini, d’amoureusement arrêté. Et, pour ce qui nous concerne, ce qui nous séduit précisément chez cet écrivain, c’est qu’il n’appartient en aucune façon à l’école des robinets littéraires, des incontinents de plume, une école qui, si l’on n’y prend garde, mènera bientôt les funérailles de l’esprit, de l’observation et de la fantaisie !

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