‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 107 sur 322 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Quand on me donnerait, pour combler mes enfers,

Tous les mondes créés, tous les mondes possibles,

Les êtres animés, les êtres insensibles,

Moi-même : tout cela vaut-il un de mes pleurs ?

C'est Dieu, Dieu tout entier qu'il faut à mes douleurs.

Si tu te crois vengé l, quelle est donc ta misère !

Mais moi, moi, dans le fils je torturai le père ;

L'amour les consola : je n'altérai jamais

De la triple unité l'inaltérable paix.

Dieu supporta pour vous une mortelle vie :

Il mourut ; sa mort fait ma joie et mon envie.

Dans le salut commun Satan fut oublié :

Le fardeau de Satan l'a sans doute effrayé.

Il m'anéantirait peut-être, si lui-même

Il osait démentir sa loi sainte et suprême.

Par sa pitié stérile à jamais insulté,

Je lui préfère encor sa terrible équité.

Qu'ai-je dit? Vil mortel, mon esclave et mon frère,

Entrevois, si tu peux, ce que Satan préfère.

Vous tous qui vous courbez sous mon joug odieux,

Enfants déshérités de la terre et des cieux,

La soif de Dieu vous brûle, et votre âme altérée

Implore en gémissant sa présence abhorrée.

Mais sur ces murs émus d'un sacré tremblement,

Si l'ombre de sa main se dessine un moment,

A ce terrible aspect vos cris pusillanimes

Demandent à l'enfer de plus profonds abîmes.

Moi, je vois Dieu sans voile et toujours je le voi :

Je le venge sur vous, il se venge sur moi.

Viens, oublie à ma voix et le temps et l'espace,

Ces deux immensités qu'un faible esprit dépasse.

Il fut des jours pour vous, il est encor des lieux ;

Il n'en est point pour moi : mon enfer est aux cieux.

Assis dans ces beaux cieux, parmi les chœurs des anges,

Ils me font du Seigneur écouter les louanges,

Sans me voir, il est vrai : même aux pieds de son roi,

Quel brillant chérubin me verrait sans effroi ?

Seul devant ce grand roi, c'est moi seul qu'il accable.

Je réponds seul des maux dont je suis seul coupable.

Moi qui souffre de tout, par qui tout a souffert,

Je lui porte en tribut tous les pleurs de l'enfer 2.

t. C'est au meurtrier que Satan s'adresse.

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