Voir Salé ve (Poésies, p
J'aimais tes murs croulants, vieux moutier ruiné.
— Naître, souffrir, mourir : devise triste et forte,
Quel châtelain pensif te grava sur la porte ?
Qu'était-il ? On l'ignore... Il fut infortuné,
Naquit, mourut. — Son nom ?... Inconnu, que t'importe ?
Pale Manfred peut-être, ou Lara soucieux,
A l'étroite fenêtre où, gardien des abîmes,
Le vertige assassin sourit à ses victimes,
Il écoutait le soir le souffle errant des cieux,
Le grillon du foyer, l'aigle des hautes cimes ?
Peut-être...
2. L'auteur met en scène un jeune homme assis « sur des rocs décharnés », devant un paysage alpestre :
Tel s'égarait Manfred au milieu de l'orage, Tel Byron contemplait la nature sauvage, Tel paraît l'ange sans repos.
Il souffre, il pleure son compagnon « tombé dans ces gouffres sauvages » ; il évoque les souvenirs de leurs courses lointaines ; il crie sa haine des hommes, et sa douleur d'avoir perdu le seul ami qu'il eût en ce monde :
Pour les humains surtout tu partageais ma haine : Ta grondante fureur se contenait à peine
A leur aspect si détesté.
Tu n'aimais que moi seul ; seul tu savais me- plaire ; Je vivais délaissé, tu vivais solitaire ;
Ami, — pourquoi m'as-tu quitté?
Assez, assez de pleurs, égoïste barbare,
Genre humain, dont la haine à jamais me sépare,
Assez de pleurs coulent sur toi !
Mais ce vil animal que ton mépris accable, Qui meurt dans l'abandon, qui souffre misérable,
— Lui seul il est sacré pour moi.
(Poésies. Le Chien du Misanthrope, pp. 89-9$
J'ai dit : Quand le trépas a fermé sa paupière, L'homme a fini son sort.
Je pleurai, je gémis : j'osai dans un blasphème M'écrier : Il n'est point de Dieu i l. .
Il jette l'anathème à l'humanité entière :
Malheur à toi que la folie Escorte à la tombe en riant ; A vous que la philosophie Conduit à l'abîme en niant ; Malheur aux maîtres de la terre !
Malheur au pâtre solitaire !
Au bon, au juste, à l'oppresseur !
Que toute voix intelligente, Que toute existence pensante Répète incessamment : Malheur 2 !
La piété de ses amis recueillit après sa mort ces inspirations désolées ; à la dernière page du livre, ils mirent quelques strophes écrites rayant-veille de sa fin, toutes pleines de foi en la Providence et de résignation à sa destinée a. Cette âme troublée avait rêvé la gloire : elle finit par trouver la paix. Et, par surcroît, il lui fut donné un peu de gloire posthume : ce fut un éloquent article de YEurope littéraire, où Victor Hugo compara « ce penseur mort de misère » à Malfilâtre et à André Chénier. En ce temps-là, on n'avait pas encore inventé Chatterton.
Galloix était mort de ne pas être Byron. Boulay-Paty ne le fut pas davantage, mais il imagina qu'il l'était. Il reprit à son compte la supercherie de Sainte-Beuve ; il se créa un sosie,