‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 114 sur 322 · Ibid y la Plainte, p · texte numérisé non relu

Ibid y la Plainte, p

3. Vrai, juste, saint, puissant ; seule âme, âme des âmes, Dieu du pauvre, à tes pieds je m'abaisse en pleurant... J'avais longtemps douté, ta lumière est venue ;

Mes yeux longtemps sans pleurs se sont tournés vers toi % Mon sang s'est réchauffé d'une flamme inconnue ; J'ai prié ; ta clémence a descendu sur moi... (P. 207.)

un Joseph Delorme, qu'il appela Elie Mariaker. Il écrivit son histoire et publia ses vers 4. Il lui donna son âme, et une vie imaginaire qui était la sienne, rectifiée au gré de sa fantaisie. Et comme sa tête était pleine de Byron et de Werther, Elie Mariaker fut à la fois Werther et Byron. C'est un jeune homme, né en Bretagne, dans un bourg des bords de la Loire. A Rennes, où il est allé faire son droit, son âme s'ouvre à la poésie et à l'amour. Il compulse les Institutes et il écrit des vers ; il va aux cours et il va dans le monde ; il y cherche la femme idéale. Il la rencontre sous les traits d'une jeune personne des environs de Rennes ; il apprend qu'elle va se marier avec un riche étranger ; il veut se tuer : le coup ne part pas. Il se jette dans le jeu et la débauche. « Il se justifiait à lui-même ses abandons et ses débordements par les souvenirs de Gœthe, de Gilbert, de Ronsard, d'André Chénier..., de Millevoye..., du gracieux Darwin..., de Burns..., de Byron, qui des timides lèvres des jeunesses pauvres et innocentes passait aux baisers humides de Champagne des tavernes de Londres, pour tomber dans les bras voluptueux d'une comtesse italienne ~. » Retourné vers le passé, il répétait ces paroles de l'amant de Marie Chaworth : « Si tu avais été à moi, tout cela ne serait pas. Ces joues que les débauches ont pâlies n'auraient jamais été colorées par la fièvre des passions. Elles auraient fleuri dans la paix du bonheur domestique ?. » La destinée met sur son chemin une jeune femme grande, belle, pâle : ils s'éprennent l'un de l'autre. Le

1. Elie Mariaker, Paris, 1834, sans nom d'auteur. — Le frontispice (eau-forte de Boisselat) est des plus curieux. Le poète est assis sur un roc escarpé, dans une attitude désespérée; au-dessus de lui, un ange fuit dans le ciel noir; à ses pieds, une sorte de vampire, chauve souris énorme à face humaine, pîane sur l'abîme. L'ouvrage comprend deux parties : 1° la Vie d'Elie Mariaker ; 2° ses Poésies, divisées en 4 livres : I, Amour ; II, Absence ; III, Retour ; IV, Désespoir, Folie, et ornées d'un grand luxe d'épigraphes, dont beaucoup sont empruntées à Byron.

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