P XXXVIII
mari est un « vieillard sec » qui voyage en Allemagne. Elie la tient pour libre et « l'épouse d'amour, dans toute la sincérité d'une âme forte. » « Chose bizarre! étrange sort! il redevint pur en trouvant l'amour d'une femme mariée. » Deux ans se passent; le mari revient. Elie propose à sa maîtresse de fuir, mais elle refuse ; elle exige qu'il quitte la Bretagne. Il va à Paris.
Il y arrive « avec sa pensée en deuil et un crêpe autour de son cœur1 ». Il est malade, morose, sinistre; il vit seul, avec ses songes et ses livres; il ne voit que des artistes, ou des poètes: Hugo, Sainte-Beuve, pour le talent de qui il a une particulière sympathie. Le mari de sa maîtresse repart pour l'Allemagne. Il vole la rejoindre. C'est un renouveau de bonheur. Mais la jeune femme meurt. Elie devient fou : on l'enferme dans une maison d'aliénés ; il en sort guéri, et maintenant il court le monde, sans qu'on sache ce qu'il est devenu. « La dernière fois que nous le vîmes, conclut son biographe, il lui fallait, disait-il, le soleil de la Louisiane, le ciel de New-York. »
Les poésies de ce singulier personnage sont telles qu'on peut les attendre de son caractère. ((Le corps n'est qu'un fanal, disait Elie Mariaker ; l'âme en est la mèche : il faut que la passion l'allume pour que tout s'éclaire autour de soi ! Qu'importe après qu'elle brûle et que le fanal s'use 2! » Et pour « allumer la mèche », il ne lui suffit pas des passions que son biographe lui prête ; il en invente d'autres qui sont comme un crescendo dans l'horrible. Du coup Conrad et Manfred sont dépassés :
Vous qui voulez aimer longtemps et bien sur terre, Aimez, je vous conseille, une femme adultère, Qui sous son vieux mari se torde en vous rêvant, Et de son bagne à vie échappe en vous trouvant 3.
Je voudrais sur le sein d'une infidèle épouse