‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 119 sur 322 · Portraits contemporains, Paris, 1869, t. II, p · texte numérisé non relu

Portraits contemporains, Paris, 1869, t. II, p

2. Le Parricide^ poème, suivi d'autres poésies, Paris, 1823. — Le Réveil du 20 décembre 1822 l'annonçait en ces termes : « On annonce comme devant bientôt paraître un recueil de poésies de M. Jules Lefebvre (sic). Nous avons entendu plusieurs lectures de ce jeune poète, qui donne de brillantes espérances . Nous avons surtout gardé le souvenir de l'un de ses ouvrages, que renfermera sans doute son volume : les Deux Aveugles. L'originalité qui distingue cette composition ne se fait pas moins remarquer dans l'exécution. Il y a dans le talent de M. Lefebvre quelque chose de fort et de tendre ; il exprime avec le même bonheur ce qu'il y a de plus terrible et ce qu'il y a de plus touchant. » Le 19 février 1823, le même journal rendait compte de l'ouvrage : « Nous ne doutons pas, disait le rédacteur, que le poète dont nous annonçons ici un peu tardivement la première publication ne soit appelé à l'une des belles destinées littéraires qui illustreront notre époque. »

Flots qui mouillez mes pieds, vents qui battez ma tête, Nuit qui de mon bonheur semblez porter le deuil, Vous, ciel, inaccessible au vol de mon orgueil, Dites-moi vos secrets que je ne puis surprendre, Parlez-moi : j'en suis sûr, je saurai vous comprendre 1... »

C'est un guerrier, comme Conrad et Lara ; comme eux, il aspire « par la mort à la tranquillité ». C'est un poète comme Byron lui-même :

Il descendait, dit-on, de ces bardes antiques

Qui chantaient les yeux bleus de leurs vierges celtiques 2...

C'est un être mystérieux, criminel et fatal, à la façon de ce Glenarvon dont lady Lamb avait conté l'étrange histoire :

La Renommée enfin répandait sur ses jours Des bruits si singuliers qu'on les croyait toujours. On contait qu'enrichi de sombres découvertes, Il rappelait les morts de leurs tombes désertes, Et savait les secrets de l'enfer consulté. On disait qu'aux accents du tonnerre irrité, Au bruit du flot qui gronde et ronge son rivage, Il accordait sa voix et sa lyre sauvage, Et que ses vers, empreints du tumulte des camps, Se révélaient à lui sur le front des volcans. Comme l'oiseau frappé d'un effroi léthargique Ne peut fuir du serpent le prestige magique, Chacun sous son regard se sentait tressaillir. Des éclairs accablants avaient l'air d'en jaillir. Quiconque avait un jour pu le voir ou l'entendre, De son long souvenir ne pouvait se défendre ; Ses traits dans sa mémoire allaient se dessiner Et l'accent de sa voix semblait y résonner 3.

Bourreau de lui-même, torturé de remords, semblable au scorpion dans son cercle de charbons ardents 4, s'il s'endort,

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