‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 130 sur 322 · IRONIE ET PASSION · texte numérisé non relu

IRONIE ET PASSION

La génération de 1830 ! Il n'est pas un lecteur de Musset pour qui ces mots n'évoquent impérieusement le souvenir de l'admirable déclamation qui ouvre la Confession d'un enfant du siècle. « Or, vers ce temps-là, deux poètes, les deux plus beaux génies du siècle après Napoléon, venaient de consacrer leur vie à rassembler tous les éléments d'angoisse et de douleur épars dans l'univers. Gœthe, le patriarche d'une littérature nouvelle, après avoir peint dans son Werther la passion qui mène au suicide, avait tracé dans son Faust la plus sombre figure humaine qui eût représenté le mal et le malheur... Du fond de son cabinet d'étude, entouré de tableaux et de statues, riche, heureux et tranquille, il regardait venir à nous son œuvre de ténèbres avec un sourire paternel. Byron lui répondit par un cri de douleur qui fit tressaillir la Grèce, et suspendit Manfred sur les abîmes, comme si le néant eût été le mot de l'énigme hideuse dont il s'enveloppait1. » On sait le reste, et quel flamboyant anathème « l'enfant qui souffre » lance, comme à regret et en détournant la tête, contre « les demi-dieux », contre les « colosses de douleur », qui ont tué en lui la joie et ne lui ont pas enseigné à vivre. Parmi

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