‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 133 sur 322 · Pontmartin, Mémoires, 2e série, Paris, 1886, p · texte numérisé non relu

Pontmartin, Mémoires, 2e série, Paris, 1886, p

Depuis le temps déjà lointain où Mme de P., née L., traduisait le fabuleux Glenarvon, le public français avait fait pour ainsi dire d'année en année quelques progrès nouveaux dans la connaissance de la personne et de la vie de Byron. La maigre notice placée par Amédée Pichot en tête de la première édition française des Œuvres complètes, remaniée et étendue à chaque réimpression, était devenue en 1823 un Essai développé sur le Génie et le caractère de Lord Byron, où, disaient les Débats, la matière semblait épuisée1. Ceci n'empêchait pas Pichot, deux ans plus tard, de consacrer dans son Voyage en Angleterre deux chapitres et 40 pages à ce sujet inépuisable2. La même année 1823, un jeune Français, J.-J. Coulmann, voyageant en Italie, s'arrêtait à Gênes, « pénétré du vif désir de voir le premier poète de l'Angleterre et de l'époque ». Au sortir de la Casa Saluzzi, il rédigea avec le plus grand soin le récit de cette entrevue 3. Les détails les plus minutieux sur le physique de Byron, sa taille, ses pieds, sa chevelure, sa bouche et ses dents, se mêlent sous la

1. N° du 18 avril 1823. — L'Essai sur le caractère et le génie de lord Byron a paru en tête de la quatrième édition des Œuvres complètes de lord Byron, Paris, in-8°, 1823.

2. Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Ecosse, Paris, 1825, t. III, lettres 70 et 71. « J'ai plus d'une fois pensé, disait Pichot, quelle bonne fortune ce serait pour mon ouvrage d'avoir à révéler à la France la poésie énergique de Byron et les fécondes improvisations de W. Scott. Si nous étions en 1819, ces deux génies fourniraient la moitié de ce volume : aujourd'hui, je suis tourmenté du soin d'éviter les redites, tant on s'est déjà occupé de Byron et de Scott parmi nous, tant de fois moi-même j'en ai entretenu le public! » (Voyage, III, p. 68.)

3. Fragment d'un voyage en Italie, par J.-J. Coulmann : Une visite à Byron à Gênes. (Mercure du XIXQ siècle, t. XII, 1826, pp. 352-357.) Coulmann publia son récit sous la forme d'une brochure à qui son titre valut plusieurs éditions. Il le reproduisit dans ses Réminiscences, Paris, 1862-1869. Je cite d'après le texte du Mercure.

plume du narrateur à des impressions qui lui rappellent les héros du poète : « L'empreinte des passions se laisse voir sur cette figure brune et pâle... Je songeai à ce mouvement des lèvres de Conrad qui révélait des idées d'orgueil quil avait peine à contenir. Mais une expression vraiment sublime était celle de ses yeux. Tout son génie y étincelait. » Le visiteur est sous le charme. Il faut dire que Byron n'a rien épargné pour le séduire. « Je ne saurais dire combien il mit à la fois de grâce, de coquetterie et d'abandon dans sa conversation. Il semblait chercher à détromper en ma personne mes compatriotes, que tant de calomnies de tout genre pouvaient avoir remplis de préventions contre Y auteur du Vampire, et dont l'opinion lui était d'un haut prix. « On vous l'a peint, n'est-ce pas, comme un ours, comme un monstre, me disait la personne présente à nos entretiens : vous le voyez, vous l'entendez. . . » Et je convenais de bien bon cœur qu'il était difficile d'être à la fois plus sublime et plus aimable. » A son retour en France, Coulmann, en souvenir de cette visite, envoya à Byron un certain nombre de volumes, parmi lesquels YEssai de Pichot. « Je n'ai à me plaindre en rien, lui répondit le poète, de ce qui m'y concerne personnellement, quoiqu'il s'y trouve des faits altérés et plusieurs erreurs dans lesquelles l'auteur a été induit par les relations des autres... Mais le même auteur a cruellement calomnié mon père et mon grandoncle, et plus spécialement le dernier1. » Et Byron employait à réparer les erreurs de son « bénévole biographe » une longue lettre que Pichot, déférant au désir du poète, inséra in extenso dans les éditions suivantes de son Essai.

La mort de Byron donna lieu naturellement à de nouvelles publications sur lui. Mme Belloc, en deux volumes qui sont à la fois une biographie de l'auteur de Childe Harold et une anthologie de son œuvre 2, entreprit de dissiper, avec pièces

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