Mme Louise Swanton-Belloc, Lord Byron, Paris
nouvelles et documents authentiques à l'appui, parmi lesquels une lettre de Stendhal, les erreurs qui avaient fait la popularité du noble lord, mais qui nuisaient singulièrement à sa réputation. La même année 1824, parurent simultanément chez Baudry et chez Galignani deux éditions du Journal ofthe conversations of Lord Byr vn, by Thomas Medwin, traduit aussitôt en français par A. Pichot pour Ladvocat, et par Davesiès de Pontés pour Pellet. En 1825, les frères Galignani impriment la Correspondance de Lord Byron avec un ami, par feu R.-C. Dallas. Une seconde édition suit bientôt la première, et Thiessé, dans le Mercure du XIXe siècle, constate en ces termes le succès du volume : « Tout le monde a voulu étudier dans ces documents privés l'âme d'un poète qui, suivant l'opinion commune, s'est peint dans ses ouvrages1. » Le marquis de Salvo, dans son Lord Byron en Italie et en Grèce 2, raconte les dernières années de la vie du poète et le présente comme l'idole de la classe romantique dans toute l'Europe. Quelques-unes de ces biographies sont fantaisistes. Un certain M. R., en mettant au jour un Essai sur le caractère, les mœurs et Vesprit de Lord Byron, traduit de l'anglais*, y
1. Mercure du XIX* siècle, 1825, t. VIII, p. 509. — Les moindres ouvrages relatifs à Byron étaient aussitôt traduits en français. Cette même année 1825, paraissent simultanément une Relation de V expédition de lord Byron en Grèce, par le comte Pierre Gamba, traduite de l'anglais par M. Parisot, ancien officier de marine, et un Voyage de lord Byron en Corse et en Sardaigne pendant l'été et V automne de 1821, à bord du yacht « le Mazeppa », par le capitaine Benson, de la marine royale. Le dernier de ces ouvrages est apocryphe Mais, en 1824, n'avait-on pas imprimé une Lettre de lord Byron au Grand Turc, précédée de la lettre de Sa Haulesse au noble lord, traduit de V anglais !
2. Lord Byron en Italie et en Grèce, ou Aperçu de sa vie et de ses ouvrages d'après des sources authentiques, accompagné de pièces inédites et d'un tableau littéraire et politique de ces deux contrées, par le marquis de Salvo, Londres, Paris, Strasbourg, 1825.
3. Essai sur le caractère, les mœurs et Vesprit de lord Byron, par M. N. R.<, suivi d un récit de ses derniers moments par Fletcher, attaché à sa personne depuis vingt ans, traduit de l'anglais par M. R..., Paris,
ajoute une Vie de son cru où les faits sont bizarrement confondus. Il raconte qu'après avoir voyagé en Italie et en Suisse, lord Byron se retira « dans les ruines d'une antique abbaye ; il y composa ses derniers ouvrages, et c'est là qu'il conçut le projet d'aller offrir aux Grecs un bras jusqu'alors consacré au culte des Muses et une fortune qui avait toujours été l'espoir du pauvre et la consolation du malheureux1. » On n'avait pas renoncé d'ailleurs à faire des romans avec les aventures vraies ou fausses de Byron. En 1827-28, on lit curieusement les Mémoires d'une contemporaine®, vaste mystification où Ida Saint-Elme, courtisane fameuse et agent de la police secrète de Napoléon, rassemblait ses prétendus souvenirs. Au cours d'un voyage en Angleterre, elle avait, disait-elle, rencontré Shelley qui lui avait développé ses idées sur l'athéisme, le républicanisme et le mariage libre ; lady Lamb, qui lui avait narré ses amours avec Byron ; en Italie, elle avait été reçue à la casa Saluzzi, et Byron avait poussé l'expansion jusqu'à lui rapporter ses impressions de la première nuit qu'il avait passée ou cru passer avec lady Byron. Pas n'est besoin de dire que tous ces détails étaient tirés de publications récentes, du Voyage en Angleterre de Pichot, par exemple, ou de l'imagination fertile des secrétaires d'Ida Saint- Elme, Malitourne et Lesourd. Ces racontars étaient d'ailleurs pris pour ce qu'ils valaient. Les lecteurs moins désireux de révélations piquantes que de renseignements sûrs et de fines critiques pouvaient se reporter à l'article de la Biographie universelle où Villemain mettait au point ce que l'on savait de la vie de Byron, et, tout en blâmant les erreurs et les folies de l'homme, louait avec une admiration presque sans réserves