‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 135 sur 322 · P. IX · texte numérisé non relu

P. IX

2. Les Mémoires d'une contemporaine, ou Souvenirs d'une femme suites principaux personnages de ta république, du consulat, de V empire, etc., 8 vol. in-8°, Paris, Ladvocat, 1827-1828. Voir t. VII, chap. xc et xcn ; t. VIII, chap. ccviii-ccxii.

« le premier poète anglais de notre âge » et son inimitable talent1.

En 1830, paraissent à Londres les mémoires de Moore sur Byron, qui réveillent les polémiques sur la conduite et les torts du grand poète. Aussitôt Galignani et Baudry les publient à Paris en anglais, et trois traductions en sont lancées coup sur coup par Pichot, par Mme Belloc, par Paulin Paris 2. Une explosion d'indignation se produit contre le

1. Reproduit dans les Etudes de littérature ancienne et étrangère Paris, 1846, pp. 339 et suiv. — On trouvera le même jugement exprimé presque dans les mêmes termes au t. XIV de la Revue française (mars 1830) : « Byron est le premier poète du siècle » ; — et sous la signature de Philarète Chasles, dans l'Encyclopédie du XIXe siècle (1836) : « Lord Byron occupe la première place, la place significative, parmi les poètes européens du xixe siècle. » — Les physiologistes sont d'accord avec les critiques littéraires. En 1830, le Dr Isidore Bourdon, de l'Académie royale de médecine, publie une « biographie physiognomonique » de lord Byron, qui vaut la peine d'être citée : « Génie sublime, passions pétulantes, opiniâtreté indomptable, indépendance, mépris du monde et de l'opinion en toutes choses, hormis la gloire. Illustre victime d'une destinée malheureuse, d'un amour mal placé, d'un orgueil inconcevable et d'une vie sans frein ; assemblage bizarre et contrastant de la beauté physique et des infirmités corporelles, des grandeurs humaines et de l'infortune, d'une ambition extrême et d'une frivole attache à des passions presque dégradantes : vie de lutte, de contraste, d'opposition et de changement. Une difformité native, une ancienne tache de famille, une fortune délabrée dont ses propres dissipations achevèrent la ruine, tout cela le condamnait à plaire à la foule, ou à éclairer le monde, ou à plier sous les grands. Il aima mieux rompre avec le genre humain, combattre et haïr ouvertement la puissance, sacrifier son existence aristocratique à la liberté expirante d'un peuple dont une odieuse persécution justifiait la révolte. A force de génie il a vaincu le sort ; il a conquis 1 immortalité par la haine et le désespoir. Il n'a vécu que trente-six ans ; mais sa gloire est impérissable. — Front de poète, physionomie passionnée. » (La Physiognomonie, ou VArt de connaître les hommes par les traits du visage et les manifestations extérieures, selon les systèmes de Gall, Porta, Lavater, etc., par l'auteur des Lettres à Camille sur la physiologie, suivie de biographies physiognomoniques, Paris, 1830, p. 235.)

2. Mémoires de lord Byron, publiés par Thomas Moore, traduits de l'anglais par Mme L. Sw. -Belloc, 5 vol. in- 8°, Paris, 1830-1831. — Les mêmes, 2 vol. in-8°, en supplément à la7c édition de la traduction Pichot,

dépositaire perfide qui a consenti à brûler le véritable journal deByron, et adonner au public un ouvrage adultéré. « Il a renoncé aux mémoires de Byron, s'écrie Janin dans la Revue de Paris, sans renoncer à la spéculation ; il a donné ces mémoires sans les donner ; il a menti deux fois au public, et en les jetant aux flammes et en les publiant : ceci est infâme, ceci est indigne î ceci n'est pas d'un ami, n'est pas d'un poète, n'est pas d'un homme1 ! » Vigny, dans Stello, fera allusion à ces mauvaises actions « que n'atteignent pas les lois, comme celle de tromper les dernières volontés d'un mourant illustre, et de vendre ou de brûler ses mémoires, quand son dernier regard les a caressés comme une partie de lui-même qui allait rester sur la terre après lui, quand son dernier souffle les a bénis et consacrés 2. » Mérimée, dans le National3, avec moins de rhétorique mais tout autant de sévérité, reproche à Moore « d'avoir trahi la confiance d'un ami malheureux ». En mettant le public au courant de la polémique soulevée par la publication des Mémoires, il exprime l'espoir que « Moore, attaqué par la coterie hypocrite, répondra, et que de cette querelle résulteront des renseignements importants pour la vie de lord Byron ». Il voit dans la publication présente, tout incomplète qu'elle est, une source précieuse d'informations sur la vie de Byron et un utile appoint à sa gloire littéraire. « Les nombreuses productions du génie de lord Byron sont recherchées avec empressement, mais nous n'hésiterons pas à dire que sa correspondance mérite d'exciter autant d'intérêt que les plus importants de

Paris, Furne, 1830. — Les mêmes, dans la traduction des Œuvres complètes de Byron par Paulin Paris, t. IX-XII, 4 vol. in -8°, Paris, Dondey- Dupré, 1830.

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