‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 142 sur 322 · Préface des Jeunes-France · texte numérisé non relu

Préface des Jeunes-France

Vertu est prosaïque, et qu'il n'y a que le vice qui soit poétique. Le bourgeois goûte un style raisonnable et paisible : on l'étourdit de mots truculents ou mystérieux. Le bourgeois aime à dormir tranquille : on fait du tapage sous ses fenêtres et on révolutionne un quartier de Lutèce. Cette fois, le bourgeois a sa revanche, et les Jeunes-France vont, « rêveurs et pensifs », méditer à Sainte-Pélagie sur ce qu'il en coûte pour avoir servi la cause de l'art4.

Il y a beaucoup d'espèces de Jeunes-France : le Jeune- France moyen âge, comme Elias Wildmanstadius, alias Célestin Nanteuil ; le Jeune-France rabelaisien, comme Jules Vabre ; « le Jeune-France artiste, le Jeune-France passionné, le Jeune -France viveur, chiqueur, fumeur, avec ou sans barbe » 2. Une des variétés les plus distinguées du genre est le Jeune-France byronien. Celui-là serait déshonoré de paraître en état de santé. Il est de bon ton d'être olivâtre, bistré, basané, ou bien « pâle, livide, verdâtre, un peu cadavéreux s'il est possible. Cela donne l'air fatal, Giaour, dévoré par les passions et les remords3. » Le Jeune-France byronien porte naturellement la cravate à la lord Byron; il fume le cigare chanté par le poète de Childe Harold 4 ; il se grise « d'une

1. Philothée O'Neddy, lettre à Ch. Asselineau, Œuvres en prose, p. 349. « Trois ou quatre Jeunes-France furent arrêtés, entre autres le pauvre Gérard. Ils en furent quittes pour un court moment à Sainte- Pélagie Il y a de Gérard une charmante petite pièce sur sa captivité. » C'est celle qui est intitulée Politique et qui débute ainsi :

Dans Sainte-Pélagie, Sous ce règne élargie, Où, rêveur et pensif, Je vis captif, etc.

(Gérard de Nerval, Poésies complètes, p. 225.)

Page 1