‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 153 sur 322 · Aug. Barbier, Souvenirs personnels, p · texte numérisé non relu

Aug. Barbier, Souvenirs personnels, p

5. Les Poésies d'Arsène Houssaye, Paris, s. d., p. 184. La pièce fait partie des Cent-un sonnets (1873).

Et tu ne reparais que la main toute pleine Des trésors que le ciel avait cachés au fond d.

De 1830 à 1840, il y a toute une école de jeunes poètes, qui à travers Musset imitent le scepticisme et la désinvolture byroniens, tempérés il est vrai par la grâce et l'élégance françaises. Les principaux représentants de ce petit groupe sont Félix Arvers, Roger de Beauvoir et le Théophile Gautier d'Albert us ; cette génération se prolonge jusqu'aux débuts de Banville, en passant par Desrosiers, Blaze de Bury, A. Houssaye, Jules de Saint-Félix, Ausone de Chancel ; il n'est pas jusqu'à Mme de Girardin qui ne paye tribut à la mode dans son poème de Napoline. Derrière « ces capitaines du régiment dont Byron était le colonel 2 », se presse la foule des imitateurs de dixième ordre, de ces byroniens ou de ces mussettistes à la suite, dont Roger de Beauvoir nous a laissé l'amusant portrait :

Arthur est ce qu'on nomme un poète à la mode, Romanesque jeune homme et qui ne croit à rien, Abîmé de champagne et mauvais rimeur d'ode, Mais qui ne chante pas trop mal l'italien.

Il est rose et bien fait. — On le met en musique. Il enlève beaucoup de femmes dans ses vers ; Il fume, boxe, boit sur la place publique, Il se fait Don Juan — C'est un de ses travers ..

Nous avons à Paris beaucoup de ses semblables, Dérangés par système, honnêtes jeunes gens, Qui veulent à tout prix boire et casser des tables, Et rentrent en fumant le soir chez leurs parents,

Frisant du bout des doigts leur moustache innocente,

Faisant sur le parquet sonner leurs éperons,

Et chantant tout auprès Falcôve de leur tante

Un grand air de Monpou plein d'éclatants fronfrons...

1. Mes heures perdues, Paris, 1833 ; A. M. A. de M., pp. 45-47.

2. Lemot est de Barbey d'Aurevilly, article sur Roger de Beauvoir, dans les Œuvres et les Hommes, Ve série, III, les Poètes, Paris, 1863, p. 130.

Adorables roués qui sortent des écoles ! Oh ! qui nous aurait dit en troisième autrefois Qu'ils rimeraient un jour gondoles, barcarolles, Et feraient à Paris deux passions par mois i l

Toute la philosophie de cette jeunesse tient dans la tirade de Théophile Gautier2 :

Qu'est-ce que la vertu? Rien, moins que rien, un mot A rayer de la langue...

1. Pour beaucoup de ces byronisants de la seconde génération, — comme pour ceux de la première, — viendra l'heure, sinon du reniement, tout au moins du désenchantement. On verra plus loin combien vite Musset s'est lassé de l'affectation à la mode. Gautier et Banville se rejetteront vers le culte de la beauté plastique, de l'antiquité et de l'art pour Fart. Blaze de Bury écrira dans la Revue des Deux Mondes de 1872 un article très dur contre lord Byron et le Bgronisme. Roger de Beauvoir avait été un des plus convaincus. Il faut voir avec quelle virulence, dans les Nuits de Zerline, il jette Fanathème aux « fâcheux d'Angleterre », aux « crânes épais », aux « froids buveurs » qui ont méconnu Byron :

Je vous maudis î Byron d'un revers de son aile, Byron l'Italien un jour vous souffleta.

Vous ne compreniez point, censeurs, Fange rebelle, Ni le blasphème amer que sa bouche chanta.

Vous ne pouviez savoir pourquoi, loin de vos villes, Il s'en allait courant, plein de son rire amer ! C'est qu'il vous savait tous des cœurs durs et serviles, Prosaïques patrons de vos chemins de fer ;

C'est qu'à l'aigle il fallait un air large et sonore Où sa plume battît le nuage en son vol, Le rivage de Grèce, ou l'ardu sycomore Qui des monts d'Italie élève encor le sol ;

C'est qu'il voulait mourir loin de votre fumée, Et trempé des parfums de l'Italie en pleurs...

(La Cape et VEpée, p. 75.)

Son second recueil de vers, Les Colombes et les Couleuvres, postérieur, il est vrai, de beaucoup au premier, ne le rappelle en rien. « Lui, le byronien des anciens jours, constatait Barbey d'Aurevilly, n'a gardé de son byronisme que les nuances humaines qui appartiennent à toutes les âmes ; car Byron, dont l'affectation a fait une manière, n'est plus qu'humain dans la partie vraiment supérieure de ses œuvres, dans la partie qui ne croulera pas. » (Les Œuvres et les Hommes, lrc série, III, les Poètes, p. 130 )

Page 1