‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 154 sur 322 · La Cape et VEpée, pp · texte numérisé non relu

La Cape et VEpée, pp

La vertu ! c'était bon quand on était dans l'arche . La mode en est passée, et le siècle qui marche Laisse au bord du chemin la vertu en haillons. Toutes les vieilles lois des vieilles nations. Donc, sans nous soucier de la morale antique, Nous tous, enfants perdus de cet âge critique, Au bruit sourd du passé qui s'écroule au néant, Dansons gaîment au bord de l'abîme béant. Voici le punch qui bout et siffle dans la coupe : Que la bande joyeuse autour de lui se groupe ! En avant les viveurs ! Usons bien nos beaux ans ! Faisons les lord Byrons et les petits don Juans ; Fumons notre cigare, embrassons nos maîtresses ; Enivrons-nous, amis, de toutes les ivresses, Jusqu'à ce que la Mort, cette vieille catin, Nous tire parla manche au sortir d'un festin, Et, nous amadouant de sa voix douce et fausse, Nous fasse aller cuver notre vin dans la fosse 1 .

Le premier caractère de cette nouvelle école poétique, c'est qu'elle est, tout au moins en apparence, moins lyrique que n'avait été la génération de 1825. L'ode a fait son temps ; elle est délaissée ou réduite à un anacréontisme facile, à une chanson pour Pepa ou pour Gianetta ; on conte volontiers au lieu de chanter; on semble se garder de parler à la première personne, mais en réalité on étale son moi avec autant de complaisance, et l'impertinence en plus. Le héros est un héros de carton, un Octave ou un Stenio, sous lequel on n'a pas de peine à deviner l'auteur ; il n'y a même pas besoin de lever le masque : le poète saisit la première occasion de le laisser tomber, et de continuer pour son propre compte, entretenant son lecteur avec un égal intérêt de ses amours, de ses convictions philosophiques ou religieuses, de sa maîtresse, de son chien, de sa pantoufle et de ses préférences gastronomiques. Byron avait déclaré quelque part « qu'il aimait fort le coin du feu, les

1. La Farce du monde, moralité, épigraphe placée en tête de Sous la Table , dans les Jeunes-France ; — Poésies complètes, édition Charpentier, II, p. 174.

grillons, la salade de homards, le Champagne et la causette » i ; c'est une raison suffisante pour que Banville nous apprenne qu'il aime les paupières orangées, les épais rideaux pour dormir le matin,

Et préfère ardemment le bourgogne au bordeaux 2.

Le ton passe continuellement du sérieux, où il ne s'arrête

guère, à l'ironique et au sarcastique, pour s'élever parfois au

lyrisme, touj ours à l'exemple du maître. Non seulement on

imite les mouvements de son style, mais on lui emprunte

volontiers quelques-unes de ses plus éloquentes apostrophes.

Théophile Gautier, avant d'écrire Albertus, s'était déjà essayé

à traduire le fameux « '27s sweet... » du premier chant de Don

Juan :

Il est dgux de raser en gondole la vague Des lagunes, le soir, au bord de l'horizon 3...

Quand, dans son poème, il interrompt le récit pour lancer à l'Amour cette invocation :

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