J. de Saint-Félix, Le Roman a" Arabelle
Tu peux m 'entrer au ventre et m 'empoisonner lame, Ainsi que d'une plaie on arrache une lame, Plutôt que comme un lâche on me voie en souffrir, Je t'en arracherai, quand j'en devrais mourir 1 î
Au-dessus de ces victimes de la passion plane une grande figure, qui répand sur leurs misérables aventures un peu de la poésie dont elle rayonne : c'est celle de Don Juan. Si la génération de 1825 a été hantée par l'image de Satan et ses incarnations poétiques, on peut dire que celle de 1830 a été obsédée parcelle de l'homme aux mil e Ire. Elle a trouvé le type agrandi déjà, et elle l'a laissé plus grand encore. Le Don Juan espagnol, Juan de Tenorio ou Juan de Marafia, le grand criminel converti, dont l'histoire doit effrayer le débauché et ramener le pécheur, était devenu entre les mains de Molière un philosophe athée et matérialiste, un bon vivant, peu accessible au surnaturel, positif et calculateur au point de jouer les Tartufe. La musique de Mozart l'avait entouré de poésie et de grâce. Byron en avait fait l'enfant de la nature, corrompu par la vie, libertin sans le vouloir, inconstant malgré lui, jeté par la force même des choses et le jeu du hasard de bras en bras et d'amour en amour. A sa suite et à celle d'Hoffmann, chacun vers 1830 reprend le personnage et y met ce qu'il comprend ou ce qu'il aime -. Mérimée raconte sa vie en