‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 162 sur 322 · Musset, Don Paez · texte numérisé non relu

Musset, Don Paez

2. Sainte-Beuve avait eu l'idée d'esquisser l'histoire du type à travers les siècles et les littératures. « J'ai sous les yeux, dit M. Maurice Tourneux, un exemplaire du Théâtre de Tirso de Molina, traduit pour la première fois par Alphonse Royer (Michel Lévy, 1863, in-12), et qui, outre un envoi du traducteur au faux-titre, porte les notes et remarques suivantes, jetées aux deux côtés du filet maigre de la couverture :

Molina,

Molière,

Mozart,

Byron,

Mérimée,

Musset.

Il en est de Don Juan comme de Psyché : ce sont des types faits après coup, et qui deviennent autres qu'ils n'étaient d'abord ; c'est comme

dilettante qui jouit des émotions violentes, de la sensualité relevée d'une pointe de sarcasme4. Théophile Gautier, dans Albertus, en fait un suppôt du diable, et le confond, ou peu s'en faut, avecMéphistophélès2. Dans la Comédie delà Mort, il le montre regrettant de n'avoir pas voué sa vie à la science, et humilié devant Faust :

Au carrefour douteux, Y grec de Pythagore, J'ai pris la branche gauche, et je chemine encore

Sans arriver jamais.

Trompeuse volupté, c'est toi que j'ai suivie, Et peut-être, ô vertu, l'énigme de la vie,

C'est toi qui la savais.

Que n'ai-je comme Faust, dans ma cellule sombre, Contemplé sur le mur la tremblante pénombre Du microcosme d'or 3 !...

Adolphe Dumas oppose 4, lui aussi, le héros espagnol au héros allemand. Mais nulle part Don Juan n'a été plus aimé et plus noblement poétisé que dans les vers de Namouna.

'églogue de Virgile à Pollion, qu'on détourne de son sens (voir Rossignol) et qu'on fait chrétienne bon gré mal gré.

« Sur Don Juan. Ce qu'est devenu le type. Molière l'a transformé. Le Don Juan espagnol est bon catholique au milieu de ses désordres, et il ne demande que le temps de se confesser à la statue de pierre dont la main le [un mot illisible] et l'enlèvera. Molière a fait de ce débauché inconséquent l'incrédule hardi et l'impudent hypocrite qui vivra toujours. » (Maurice Tourneux, la Bibliothèque de Sainte-Beuve, dans le Livre d'or de Sainte-Beuve, in-4°, Paris, 1904, p. 345.)

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