Le Globe, 20 janvier
2. Revue des Deux Mondes, 1833, t. IV, p. 411, note ; p. 414, note. L'annotateur reconnaît d'ailleurs que l'importance historique de l'œuvre de Byron est « immense )> (p. 411, note).
Byron que notre pensée croyait avoir tant aimées autrefois, et nous ne l'avons fait qu'avec effort, et nous avons recherché ce qu'elles avaient eu de si beau, et elles nous ont laissé froid, parce que le temps a passé sur elles et sur nous1. » Dépouillé de son charme de poète, Byron tombait au rang de sceptique méprisable et de philosophe dangereux. Il n'y avait plus qu'à prononcer la condamnation, avec quelques circonstances atténuantes : sans doute la société a eu ses torts, mais enfin la poésie de Byron est monotone et fausse ; avec tout son talent, il ennuie ; la corde qu'il a voulu toucher dans le cœur humain est antipoétique ; pour tout dire d'un mot, « le christianisme lui a manqué2 ».
Le christianisme et le mysticisme même ne manquaient pas aux deux œuvres récentes que la Revue européenne oppose avec complaisance à la poésie de Byron : les Harmonies et les Consolations 3. S'il y avait dans les deux tomes de Lamartine quelques pages amères, l'impression en était vite effacée par ce flot de lyrisme biblique, par ces invocations et ces hymnes à la Divinité et à l'espérance, qui ne voulaient d'autre gloire que de fournir aux âmes méditatives des expressions et des images « pour se révéler Dieu à elles-mêmes et pour se révéler à lui-4 ».Et quelles « consolations» Sainte-Beuve prétendait-il offrir à lui-même et aux autres, sinon « Dieu et toutes ses conséquences ; Dieu, l'immortalité, la rémunération et la peine, dès ici-bas le devoir... 5 » ? Mais tandis que pour chanter Jéhovah Lamartine semait à profusion toutes les magnificences orientales, Joseph Delorme, touché par la grâce, mais fidèle à sa poétique et suivant toujours sa première
1. De la vie et des ouvrages de lord Byron {Revue européenne, t. V, 1832, p. 727.)