Avertissement des Harmonies poétiques et religieuses
5. Les Consolations : A Victor II , éd. Charpentier, Paris, 1883,
route, s'efforçait « d'élever la réalité la plus vulgaire à une plus haute puissance encore de poésie4 ». Il s'installait à demeure dans ce petit domaine de poésie dite intime, privée, domestique, familière, où son grand rival avait déjà posé le pied deux ou trois fois, mais qu'il n'avait pas encore envahi. Aux poètes de son temps, qui ne comprenaient la vie qu'à la façon deHarold, à franchir les monts et les flots, et à mêler leurs pleurs au murmure des plages, il expliquait quel bonheur c'était de
Naître, vivre et mourir dans la même maison,
visité par d'humbles joies et prisonnier d'obscurs devoirs. « Oh ! disait-il,
Oh ! n'enviez jamais ces inquiets rêveurs
Dont la vie ennuyée avec orgueil s'étale,
Ou s'agite sans but, turbulente et fatale.
Seuls ils croient tout sentir, délices et douleurs ;
Seuls ils croient dans la vie avoir le don des pleurs,
Avoir le sens caché de l'énigme divine,
Avoir goûté les fruits de l'arbre et sa racine,
Et, fiers de tout connaître, ils raillent en sortant;
O vous, plus humbles qu'eux, vous en savez autant 2 !
Le genre faisait école. « La poésie de Sainte-Beuve, disait la Revue européenne, a un caractère bien marqué, c'est l'intimité. Depuis les publications de ce poète, le mot intime est devenu une quasi nécessité. Poésie intime, roman intime, c'est à l'ordre du jour, comme dantesque et byronien 3. »
Cette veine de poésie familière et domestique, c'est encore le génie anglais qui nous l'avait ouverte : Cowper, Crabbe, Coleridge, et surtout le grand Lakist, Wordsworth. Nous avions entendu parler de lui par Pichot dans son Voyage en Angleterre et en Ecosse. L'introducteur attitré de la Muse