‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 172 sur 322 · P. lxi · texte numérisé non relu

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le grand type ; il en était possédé. Il ne voyait pas de milieu, disait-il, entre lord Byron et Jésus-Christ '. » Jusque dans les dernières années de sa courte vie, il invoquait encore celui qu'il appelait « le martyr des derniers jours, le Job de la pensée, le grand désespéré 2 ». Dans la Coupe de VExil, il consacre une longue pièce au « pèlerin de misère ».

Dors-tu tranquille enfin dans ta tombe de pierre ? ...

Va, je t'ai bien compris

Tu portais dans le cœur un incurable ulcère ; Le temps t'avait blessé d'un trait lent et profond ; Tu connaissais le monde et les hommes à fond... Dans les obscurs détours de son vaste domaine, Tu poursuivais le fil de la science humaine ; Mais quand le fil cassa dans ta débile main, Tu roulas jusqu'au fond du désespoir humain ! Ton immense douleur monta jusqu'au délire, Et le chant de l'enfer éclata sur ta lyre ! Alors on entendit passer dans l'univers Ces hymnes surhumains qui pleuraient tes revers ! Le monde en fut frappé de stupeur, et la terre, Qui de sang et de pleurs pourtant se désaltère, N'avait encor jamais, depuis ses six mille ans, Bu des flots plus amers et des pleurs si bridants ! Ah ! c'est que ta douleur de notre sombre histoire Peut être dominait le plus haut promontoire3.. .

Byron est venu sur la terre proclamer le règne du néant et la mort de l'Etemel. Non, proteste le poète, Dieu n'est pas abattu. « La ruine immense où pleurent tous les vents,

Elle n'est pas au ciel, ô pâle voyageur !

Et si tu veux la voir, regarde dans ton cœur.

« Marche ! » conclut-il,

1. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, X, p. 153, éd. 1874. (De la poésie en 1865.)

2. Citation empruntée par Sainte-Beuve à un recueil posthume de Veyrat, Station poétique à V abbaye de Haute-Combe, 1847. (Ibid., même page.)

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