‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 175 sur 322 · Chap. ii · texte numérisé non relu

Chap. ii

comtesse Ethéréa le fait mettre à la porte; la marquise Vaporosa lui détend de remettre les pieds chez elle; la comtesse Candida se jette sur le cordon de sonnette. Du coup Idéolo devient misanthrope. « 0 Lara, dit-il, ô Conrad, ô Szafïie! je vous comprends, mes amis, je suis des vôtres. Le monde est infâme, hideux, abominable î c'est une Sodome, une Gomorrhe, une Babylone! je déteste le monde! j'ai le monde en horreur, en exécration! Fi, le monde!... A moi tes orgies d'exilé, Byron, et ta Fornarina, et ton sérail de Venise! Je suis un vrai Byron! lord Gordon de Byron!... que ses mémoires sont jolis! et il était pâle aussi comme moi. » Idéolo boutonna son habit, fit tomber ses moustaches sur ses lèvres, mit des bottes et un pantalon large, enfonça son chapeau sur ses yeux, prit une canne dans une main et un cigare dans l'autre, et entra dans sa nouvelle vie d'un air sombre et déterminé1. » D'avatar en avatar, le pauvre Idéolo, après avoir porté le gilet à la Robespierre et péroré dans les clubs, finit par vivre sagement à la mode antique, drapé dans son manteau, demandant à cor et à cris qu'on le recommande à un directeur de journal, littéraire ou politique, monarchique ou démocratique, n'importe; il n'a plus le sou, et deux cents francs par mois lui feraient bien plaisir.

C'est l'époque où Musset, désenchanté du romantisme, raillait dans les Lettres de Dupuis et de Cotonet l'exagération byronienne. En 1842, dans son Merle Blanc, il achevait de la couvrir de ridicule, fût-ce à ses propres dépens. La même année, Philarète Chasles, un byronisant de la première heure, publiait, dans le Journal des Débats, le Petit livre bleu de ciel du Dr Ichheit, « conte à dormir debout » et revue humoristique des principales difformités intellectuelles et morales de la première moitié du xixc siècle2.

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