‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 177 sur 322 · Edmond Texier, A tous (En avant, p · texte numérisé non relu

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2. C'est à elle qu'il faut rattacher le boulanger nîmois, Jean Reboul, dont Weddigen (Lord Byron s Einfluss, etc., p. 78), et à sa suite Axon (Stray chapters, etc , p. 52), font un peu à la légère un disciple de Byron. Il y a bien dans quelques-unes de ses Poésies (Paris, 1836) des traces de tristesse et même de pessimisme. Voyez en particulier Accablement (juillet 1333>, le Moulin de Genèse (mai 1834) et la Lampe de nuit (février 1834). Le poète se lamente sur l'homme, sur son corps destiné à tomber en poussière, sur sa vie si brève :

Et quand on pense encor qu'en ce moment si court, L'essaim des passions et des douleurs accourt Et s'acharne sur nous dans sa barbare joie, Comme plusieurs vautours sur une même proie ; Que le ver de l'ennui ne sommeille jamais ; Que Ton sent le dégoût caché sous tous les mets ; Que le vin le plus pur dont l'âme est réjouie Dans le fond de la coupe a toujours quelque lie ; Que l'amitié sacrée et le suave amour Ont besoin d'être vus sous quelque demi-jour, etc.

O Job, je te conçois, sinistre séraphin,

Vouant ta nuit fatale à des ombres sans fin,

Et demandant au ciel si l'humaine misère

Etait digne après tout d'enflammer sa colère ! (Pp. 206-208.)

Mais ces pièces mêmes s'achèvent par un retour au Seigneur. L'ode adressée Aux poètes chrétiens (février 1834) est, au milieu des amertumes du temps présent, un acte de foi en Dieu et en l'avenir.

Et chacun consterné demande, en sa tristesse, Si l'ombre peut encor devenir plus épaisse.

Mais vous avez jeté le cri de l'espérance. Trinité du néant, ombre, vide, silence, Évanouissez-vous !

Le règne du Christ va venir :

Alors la Croix verra, sous son ombre bénie, Mourir toute révolte et toute tyrannie...

mûrs, les gloires établies, sont d'un autre côté. Mais ici même on cherche à s'évader de l'individualisme, on réagit contre l'égotisme et l'égoïsme qui depuis près d'un demi-siècle sévissent dans la littérature.

Il y a là un contre-coup de la Révolution de 1830 et de tout le mouvement philanthropique et social, saint-simonisme, fouriérisme, qui Ta précédée et suivie. Les poètes se sont trouvés entraînés au courant de l'enthousiasme populaire* Ils ont été en communion avec la foule. Ils se sont associés à ses espérances prochaines, à ses aspirations confuses. Us veulent faire route avec elle, en se réservant, bien entendu, de la diriger et de la conduire. Dans le Globe du 11 octobre 1830, Sainte-Beuve constatait, de la façon la plus nette, l'imminence d'une nouvelle orientation poétique. « Aujourd'hui que la Restauration n'est plus, que la terrasse si laborieusement construite a croulé et que peuples et poètes vont marcher ensemble, une période nouvelle s'ouvre pour la poésie ; l'art est désormais sur le pied commun, dans l'arène avec tous, côte à côte avec l'infatigable humanité1. » Planche, quatre ans plus tard il est vrai, est encore plus catégorique : « La poésie lyrique a maintenant épuisé l'étude et l'analyse de la vie individuelle ; elle a envisagé sous toutes ses faces le moi humain. Il me semble qu'elle a aujourd'hui une autre destinée à remplir. Sans vouloir, comme les disciples de quelques philosophies ébauchées, lui assigner un rôle direct, dans le renouvellement social qui se prépare, je

Malheur à la lyre avilie

Qui flatte un peuple dans la nuit . . . Mais bénédiction à tout chantre sévère Qui préfère, à son front, l'épine du Calvaire

Au cercle d'un laurier honteux. (Pp. 115 et suiv.)

Quels que fussent ses inquiétudes et ses découragements, Rehoul n'a

jamais oublié la loi qu'il avait imposée à sa lyre :

Souviens- toi du ciel, ô ma lyre !

Car c'est du ciel que tu descends. [P. 66.)

1. Du Mouvement poétique en 1830 (reproduit dans les Premiers Lundis, Paris, 1879, p. 405).

crois qu'elle doit se mêler plus activement qu'elle ne l'a fait jusqu'ici à la lutte des intérêts positifs et des passions publiques. J'entrevois que l'égoïsme poétique excite de jour en jour des sympathies moins vives. C'est une belle chose, et très grande assurément, de se poser seul en face de la société, de raconter ses souffrances intérieures, etc. Mais, comme le disait Bacon, pour s'en tenir à la solitude, il faut être moins qu'homme et plus que Dieu. A se nourrir perpétuellement de la contemplation de soi-même, on voit bientôt se troubler la sérénité primitive de ses pensées; on ne se trouve plus si grand qu'à l'heure de la retraite ; bon gré mal gré il faut revenir au monde et s'y renouveler1. » La même année, Lamartine esquissait un tableau des Destinées de la Poésie 2 ; il en énumérait les formes antiques et traditionnelles : poésie pastorale et instinctive, poésie élégiaque et passionnée, poésie sacrée et lyrique, poésie philosophique et méditative. « Voilà la poésie tout entière dans le passé, mais dans l'avenir que sera-t-elle? » Et il répondait : la poésie ne sera plus lyrique, épique, dramatique ; « elle sera philosophique, religieuse, politique, sociale... C'est elle qui plane sur la société et qui la juge, et qui, montrant à l'homme la vulgarité de son œuvre, l'appelle sans cesse en avant en lui montrant du doigt des utopies, des républiques imaginaires, des cités de Dieu, et lui souffle au cœur le courage de les atteindre. » Venant d'une telle bouche, ces paroles s'enfonçaient et germaient dans les âmes. Pour frayer la voie aux œuvres à venir, on commençait par briser les images jadis adorées. « Le retentissement de sa lyre, écrivait de Byron un obscur biographe dans Y Encyclopédie des gens du Monde, se fera entendre quelque temps encore; mais au moment où ses imitateurs de haut et de bas lignage se croiront encore sûrs de leurs disciples et d'un auditoire

1. Les Royautés littéraires, Revue des Deux Mondes, 1834, t. I, pp. 534-

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