Daté du 11 février
bénévole, il arrivera quelque grand poète qui dira les nouvelles destinées de l'humanité, dans les ruches de l'association, sur les chemins de fer de l'industrialisme ou dans les voies lactées du ciel. La poésie redeviendra positive, de négative qu'elle est aujourd'hui : un culte, non point un blasphème *. » Lamartine semblait à l'auteur tout désigné pour cet apostolat.
Mais déjà il était attiré vers la dévorante politique. « Estce à dire, ajoutait Planche dans l'article cité plus haut, que le poète lyrique sera tribun ou hiérophante ? Non, sans doute. S'il essayait d'empiéter sur la mission de l'orateur ou du philosophe, il s'y absorberait tout entier et disparaîtrait 2. » L'auteur des Harmonies justifia en partie cette prévision. Vigny, à son défaut, aurait pu remplir le rôle. Il paraît en avoir eu la velléité dans ses Elévations3. Mais il était naturellement trop altier, trop rigide, trop pessimiste aussi et trop désillusionné. Hugo, dont les Feuilles d'automne s'attardaient encore dans la peinture de la souffrance intime, se jeta à plein corps, avec les Chants du crépuscule et les Voix intérieures, dans la poésie sociale. Du coup, avec sa merveilleuse virtuosité, il y prit la première place. Quelques poètes le suivirent, mais qui n'étaient pas de taille à rivaliser avec lui. En 1835, Adolphe Dumas publia la Cité des hommes. « J'ai senti dans une inspiration de ma conscience, disait-il, que le sol avait été assez remué, et qu'il était
1. Encyclopédie des gens du monde, Paris, Treuttel et Wurtz, 1834, article sur Byron par Louis Spach.
3. « Les Elévations d'Alfred de Vigny ne resteront pas non plus étrangères à cette métamorphose de la poésie lyrique (d'individuelle, sociale). Je m'assure que l'histoire tiendra quelque place dans ces nouveaux poèmes. Si les événements auxquels nous avons assisté depuis quinze ans ne s'y réfléchissent pas comme dans le journal écrit par un homme d'Etat sous la dictée de ses ambitions, au moins y verrons-nous les pasj sions et les idées que ces ambitions représentent. » (G. Planche, article cité, p. 536.)
temps d'y semer1. » Il s'en prenait à Gœthe et surtout à Byron, « qui si grands hommes en font de si petits » 2, du malaise de la société moderne. Il voulait ranimer l'espérance là où ils avaient répandu le désespoir. Ce recueil, monotone, brumeux et fastidieusement prolixe, eut peu de succès. En 1840, Dumas revint à la charge dans sa Provence. Il déplore amèrement le prestige exercé par Fauteur de Childe Harold :
Son esprit nous a fait, à son image même,
Comme un esprit public de doute et de blasphème ;
La génération le porte dans son sang ;
Jl est dans les romans et les vers et les drames,
Dans la main des amis, sur les lèvres des femmes,
Et le mal est si grand que chacun aujourd'hui
Méprise toute chose et commence par lui...
Il est temps de juger Byron et de tout dire
A cet orgueil méchant qui ne veut que maudire 3.
« Qu'est-il venu faire ? demande-t-il dans sa préface. Apprendre à douter de tout à des hommes qui font espoir de tout, apprendre à mépriser l'homme à ceux qui le réhabilitent jusque dans l'atelier et sous la chemise bleue... Où donc est sa place ? Dans les assemblées de la nation ? dans les réunions de la famille? dans l'atelier? dans le collège? avec les femmes ? avec les enfants? avec la jeunesse? avec les vieillards ? Nulle part 4. » Laurent Pichat, lui aussi, avait connu les tortures du doute, le scepticisme, le désespoir ; il avait «jeté à l'immense nature des relavures de Byron 5 ». Malgré ses supplications, il ne pouvait obtenir que la foi lui revînt. Il s'en prend aux esprits puissants mais faux, aux philosophes menteurs qui flétrissent