‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 18 sur 322 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

d adorer, il a le droit de maudire : « Malheur à celui qui inventa la vie qui mène à la mort d î >x Toute la sympathie de Byron va à l'éternel patron des révoltés, à l'esprit superbe qui le premier a osé se rebeller contre la toute-puissance. Il a été vaincu, et le vainqueur l'a appelé le mal. Mais « le bien et le mal sont tels par leur propre essence, et ne doivent pas leur qualité à celui qui les dispense... Jugez non sur des paroles, fussent-elles prononcées par des esprits, mais sur les fruits de votre existence, telle qu'elle doit être 2. » Lucifer a rendu service à la race humaine ; il lui a montré dans la raison le moyen unique de s'affranchir de sa servitude et de lutter contre son misérable destin.

Si, dans l'ordre métaphysique, le poète se range du parti de l'humanité opprimée contre le dieu persécuteur, dans la réalité des choses il répudie toute communauté avec ses semblables. Son inclination naturelle est à rompre avec leur commerce et à se détourner de leurs voies. Il se déclare « le moins propre des hommes à faire bande avec les hommes»3.

11 est parmi eux, mais non de leur troupeau 4. Il n'attend rien d'eux et ne leur demande rien ; il ne cherche pas de sympathies, et n'en a pas besoin5. A la société qui apprend à vivre, il préfère la solitude qui enseigne à mourir 6. Dans son principe, cet isolement signifiait non pas misanthropie, non pas même dédain, mais aspiration à la paix de l'âme et incompatibilité d'humeur avec la foule. « Fuir les hommes, ce n'est pas nécessairement les haïr ; tout mortel n'est pas propre à partager leurs agitations et leurs travaux 7. » Mais le poète a été forcé de constater qu'on ne saurait impunément

Page 1