‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 19 sur 322 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

s'élever au-dessus du niveau commun. « Celui qui surpasse ou qui subjugue l'humanité doit regarder de haut la haine de ceux qui sont au-dessous de lui » d. Elle ne lui a pas été épargnée. Ce sont les hommes eux-mêmes qui ont imprégné son esprit du mépris des hommes. « Des grandes injustices aux petites perfidies, n'ai-je pas vu de quoi les êtres humains sont capables ? depuis le bruyant rugissement de la calomnie écumante jusqu'au léger chuchotement de quelques personnages non moins lâches, jusqu'au venin plus subtil d'une bande de vipères, jusqu'au regard ambigu de ces gens dont le coup d'œil éloquent sait mentir en silence avec les apparences de la franchise » 2. Alors plus que jamais il s'est réfugié et retranché dans la solitude de son âme et de son génie, s'en remettant au jugement de l'avenir, et confiant à la redoutable Némésis le soin d'exécuter la sentence.

Mais le temps est lent, la déesse est sourde : Byron se chargea lui-même de sa vengeance. C'est son Don Juan, c'est l'ironie impitoyable avec laquelle il raille toutes les vanités, ruine toutes les grandeurs, dévoile toutes les turpitudes de ce monde. L'homme s'enorgueillit de sa science ? « Que savez- vous, si ce n'est peut-être que vous êtes nés pour mourir 3 ? » — De sa puissance ? « Les empereurs ne sont que des époux aux yeux de leurs femmes, et rois et maris sont souvent mystifiés 4. » — De sa gloire ? A quoi aboutitelle, sinon « à remplir un certain espace sur un papier incertain » 5 ? Sa forme la plus brillante, la renommée des armes, n'est que « la crécelle d'un enfant du meurtre » 6. Elle a pour symbole le monument élevé à Gaston de Foix : une colonne cimentée de sang humain et souillée d'immondices

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