‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 188 sur 322 · Gabrielle, etc., p · texte numérisé non relu

Gabrielle, etc., p

2. Emile Augier, dans le Spectateur républicain, n° 1, 29 juillet 1848, cité par Latreille, la Fin du théâtre romantique, etc., p. 388. — Dans le n° du 14 août 1848, Augier appelle Musset « le plus grand poète de notre temps. Il tend la main à nos pères, dit-il ; il continue cette glorieuse chaîne d'esprits gaulois qui commence à Rabelais... La Fontaine, Molière, Jean-Jacques, Diderot et même Voltaire sourient au poète et disent : Celui-ci est des nôtres. Non cependant qu'il n'ait eu quelque commerce avec Shakespeare, Gœthe, Byron et Jean-Paul, mais il leur a emprunté comme il sied à un descendant de nos fiers poètes, en frappant leur or à l'effigie de la France. »

mêmes nos derniers romantiques y revenaient. Leur instinct indélébile de méridionaux et de latins les poussait hors des brumes anglaises et allemandes, vers l'azur, vers la lumière, vers les images riantes et les formes précises. Après tant d'excentricités et d'outrances, ils redemandaient à des littératures essentiellement mesurées et contenues le secret de l'eurythmie et de l'harmonie. L'art reprenait le dessus sur l'imagination déréglée et la sensibilité exaspérée. La mythologie retrouvait faveur :

Paganisme immortel, es-tu mort ? On le dit ; Mais Pan tout bas s'en moque, et la Sirène en rit d.

Les désespérés, les débauchés, les ironistes, les désabusés, toutes les victimes du mal du siècle, attendaient leur guérison de ce culte nouveau. Us se mettaient à aimer

les Vénus de marbre aux reins tordus, Les froides nudités des beaux types perdus, Les nobles profils grecs, les statures moyennes, Les éternelles chairs des sculptures païennes 2.

Les chrétiens platonisaient ; Laprade n'avait pas encore défini sa poésie « un beau vase athénien plein de fleurs du Calvaire 3 » ; mais déjà il avait élevé aux divinités de la Grèce « un petit temple de marbre blanc au milieu d'un de ces bois qu'il sait si bien chanter4». Ce fut Théodore de Banville qui « ramena dans le burg romantique le cortège des anciens dieux 5 ». Les Cariatides, malgré leur titre sculptural, sont encore encombrées de Stephens et de Stenios, « beaux jeunes hommes frêles et courbés qui semblent marcher sans cesse sous le poids d'une fatalité

1. Sainte-Beuve, Eglogue napolitaine (Revue des Deux Mondes, 1839).

2. Henri Chevreau et Léon Pichat, Les Voyageuses, Paris, 1841: A une dame.

3. Poèmes évangêliques (1852): la Colère de Jésus, éd. Lemerre, Paris, t. V, p. 174.

4 et 5. Th. Gautier, Histoire du Romantisme, p. 302.

byronienne * ». Mais déjà le poète invoque la Muse grecque. Dans les Stalactites, il préconise hardiment le retour à l'antiquité :

Car il faut assouplir nos rythmes étrangers Aux cothurnes étroits de la Grèce natale, Pour attacher aux pas de l'Ode aux pieds légers Le nombre harmonieux d'une lyre idéale2.

Il se fait prédicateur de paganisme : « Le temps n'est plus où l'on pouvait persuader à la foule qu'il faut passer par l'expiation pour arriver à l'amour. Aujourd'hui, le devoir du poète est d'enseigner aux hommes que tous leurs instincts sont nobles et légitimes, et que chacun de nous a droit sur cette terre à toutes les félicités. Si donc l'auteur de ce livre a chanté encore une fois sous les divers noms que la Grèce leur a trouvés, la Beauté, la Force et l'Amour, c'est qu'il appartient éternellement à la poésie lyrique de devancer comme une aurore la philosophie humaine 3. » Il laisse « dormir dans la gloire suprême » Byron et les grands désolés •*, pour chercher « l'amour idéal sur les lèvres des belles »,

Et dans leurs bras, qu'anime une calme fierté, Rêver la Jouissance et l'Immortalité ".

Le culte de la Beauté païenne, qui l'a élevé plus haut, qui l'a plus noblement célébré que Fauteur des Poèmes Antiques, le chantre de Glaucè et d'Hélène, à'Hijpatie et de la Vénus de Milo ?

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