‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 189 sur 322 · Les Stalactites : la Fontaine de Jouvence · texte numérisé non relu

Les Stalactites : la Fontaine de Jouvence

Elle seule survit, immuable, éternelle.

La mort peut disperser les univers tremblants,

Mais la Beauté flamboie, et tout renaît en elle,

Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs * .

Ce n'est pas seulement chez lui prédilection de poète pour les créations merveilleuses de l'imagination la plus plastique qui fut jamais, réaction philosophique contre l'ascétisme chrétien, protestation d'artiste « contre la décadence et la barbarie qui depuis Homère, Eschyle et Sophocle, ont envahi l'esprit humain2». Dans son goût pour les mythes lointains, il ne se borne pas à ceux de l'Hellade ; il remonte jusqu'aux origines de l'humanité; aussi bien que de la théogonie d'Hésiode et des hymnes orphiques, il se nourrit des poèmes sacrés de la Perse et de l'Inde. Ces fables magnifiques ou étranges, qu'il reconstitue à force d'archaïsme et d'érudition, ne portent pas la marque d'un esprit particulier, d'une conception individuelle. Elles sont le rêve collectif de centaines de générations, d'une race entière, de toute l'humanité primitive. Le poète qui le refait sent revivre en lui la conscience du genre humain. Il se détache des faits contemporains et des passions politiques ; il prend en pitié et en mépris nos misérables émotions personnelles : « Bien que l'art puisse donner, dans une certaine mesure, un caractère de généralité à tout ce qu'il touche, il y a, dans l'aveu public des angoisses du cœur et de ses voluptés non moins amères, une vanité et une profanation gratuites 3. » Il proclame la déchéance du lyrisme individualiste : « La poésie moderne, reflet confus de la personnalité fougueuse de Byron, de la religion factice et sensuelle de Chateaubriand, de la rêverie mystique d'outre- Rhin et du réalisme des lakistes, se trouble et se dissipe.

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