‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 194 sur 322 · Voir plus haut, livre II, ch. iv · texte numérisé non relu

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3. (( En lisant un ouvrage de quelque étendue marqué du sceau d'un grand talent, on lit jusque dans le cœur de son auteur. L'œuvre d'un homme de génie le représente tel qu'il est dans la solitude en face de luimême, se sentant assez fort contre son siècle pour ne pas se déguiser avec lui ; et si jamais homme se peignit dans ses œuvres, c'est lord Byron... Avouons, malgré notre admiration pour ce grand poète, quels défauts déparent ses ouvrages. Souvent ils manquent de plan arrêté ; parfois de longues digressions viennent détourner l'attention du lecteur

mort héroïque de Byron, qui rachète ses fautes. Il n'était pas besoin, pour filer ce couplet de circonstance, d'avoir médité sur Manfved et sur Childe HarolcL

Dans les années suivantes, Hugo a étudié de plus près le poète anglais. Il a donné, — on le verra plus loin j, — à son Didier et à son Hernani quelque chose des passions farouches,

et glacer l'intérêt qu'avait inspiré l'éloquence du récit. Ici, dans Lara, par exemple, le récit est si vague, les pensées de l'auteur sont si obscures ou si peu liées, qu'au lieu d'un tableau il semble voir un voile obscur à travers lequel passent quelques personnages semblables à des ombres rapides ou aux fantômes nébuleux des poètes du Nord... Voltaire, un jour, jeta, sur une édition de ses œuvres qu'il revoyait, ces paroles qui s'y trouvent encore : « Que l'on serait heureux de pouvoir effacer des livres et de la mémoire des hommes les mêmes ouvrages dont on s'était autrefois applaudi ! )> Lord Byron, j'en suis sûr, jettera le même cri lorsque Beppo et Don Juan lui reviendront sous les yeux... Mais je m'arrête ; une sorte de remords m'empêche de continuer mes accusations contre un homme d'un si grand talent, lorsque je pense que toutes ses fautes viennent peut-être de l'excès de ses malheurs, et sans cherchera pénétrer les mystères de sa vie, je n'examinerai plus dorénavant ses œuvres que sous des rapports purement littéraires. » (Vigny, Œuvres complètes de lord Byron, premier article, dans le Conservateur littéraire, 26e livr., décembre 1820, III, pp. 212-216, passim.) — « Lord Byron est le type du genre de poésie dont il a été le poète. Tous ses ouvrages sont profondément marqués du sceau de son individualité. C'est toujours une figure sombre et hautaine que le lecteur voit passer dans chaque poème comme à travers un crêpe de deuil. Sujet quelquefois, comme tous les penseurs profonds, au vague et à l'obscurité, il a des paroles qui sondent toute une âme... On peut lui reprocher de négliger absolument l'ordonnance de ses poèmes ; défaut grave... Il pousse également trop loin le lyrique dédain des transitions... On a prétendu que l'auteur de Don Juan appartenait pas un côté de son esprit à l'école de Fauteur de Candide. Erreur î il y a une différence profonde entre le rire de Byron et le rire de Voltaire. Voltaire n'avait pas souffert. Ce serait ici le moment de dire quelque chose de la vie si tourmentée du noble poète, mais dans l'incertitude où nous sommes sur les causes réelles des malheurs domestiques qui avaient aigri son caractère, nous aimons mieux nous taire, de peur que notre plume ne s'égare malgré nous. » (V. Hugo, Sur George Gordon, lord Byron, dans la Muse française, t. II, pp. 327-339 ; reproduit dans Littérature et Philosophie mêlées, éd. ne varietur, in-8°, pp. 267-278, passim.)

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