VI INTRODUCTION
moins proclamé unanimement, comme une vérité d'évidence, sa royauté littéraire.
Leur témoignage est confirmé par celui des critiques contemporains. Ouvrez le Conservateur littéraire ou la Minerve, la Revue encyclopédique ou la Muse française, les Annales de la littérature et des arts ou le Mercure du XIXe siècle, la Revue des Deux Mondes ou la Revue de Paris, vous verrez la curiosité s'éveiller sur l'œuvre de Byron, et tout aussitôt des discussions passionnées s'engager autour d'elle. Cette poésie étrange est le type auquel on rapporte à tout instant les productions des auteurs nouveaux, pour leur faire un honneur de s'en être approchées, ou un crime de l'avoir reproduit. Les écrivains les plus en vue de la littérature militante, Viennet, Thiessé, Philarète Chasles, Villemain, Nisard, Janin, Sainte-Beuve, Gustave Planche, retrouvent constamment et comme malgré eux sous leur plume le nom de Byron : ils ont plus d'une fois consacré au poète des articles entiers. Puis le romantisme victorieux s'ensevelit dans son triomphe ; les querelles s'éteignent peu à peu. Byron passe insensiblement de l'actualité à l'immortalité, et son œuvre, sortant du champ où bataillent les polémistes, entre dans le paisible domaine des historiens de la littérature.
Il appartenait à ceux-ci d'apprécier la portée de l'influence byronienne, et d'en enregistrer, heureux ou malheureux, les résultats. On s'était de bonne heure préoccupé défaire de cette question un examen spécial. Dès 1833, la Revue anglo-française publiait, sous la signature d'Adolphe Mazure, alors professeur de philosophie au collège royal de Poitiers, une Etude morale sur lord Byron et sur son influence à V égard de la littérature contemporaine en France. L'auteur jugeait sévèrement la poésie byronienne ; mais on ne pouvait lui reprocher de diminuer l'action exercée par le poète sur la littérature de son temps. « C'est lui, disait-il, qui a donné le mouvement et l'impulsion à toute la poésie de notre siècle ; elle relève de Byron, elle vit tout entière en son génie. Si, en effet, il s'est