Les Rayons et tes Ombres: Fonction du poète
2. Voyez, par exemple, les Rayons et les Ombres, préface : « Un poète a écrit le Paradis perdu ; un autre a écrit les Ténèbres, Entre Eden et les Ténèbres il y a le monde, etc. » ; ou Correspondance, 1836-1882, p. 335 : « J'appartiens à la Grèce autant qu'à la France. Je donnerais pour la Grèce mes strophes comme Tyrtée et mon sang comme Byron. » (Lettre à M. Coellopoulo, du 12 janvier 1869.)
taigne, qu'il avait aimé dans sa jeunesse1, finit par lui devenir antipathique. II poursuivait de sa réprobation jusqu'à l'inoffensif Lutrin, qu'il rendait responsable de la Pucelle de Voltaire, du Vert-Vert de Gresset, du Don Juan de Byron, et même, — avec un dédain transcendant des réalités chronologiques, — des Contes de La Fontaine. « La profanation de la poésie par le burlesque, écrit-il à propos de Boileau, devait corrompre une longue série de poètes et amener, d'excès en excès, La Fontaine à l'obscénité, Voltaire au scandale, Gresset à la puérilité, Byron au sacrilège. On ne ravale pas impunément le plus beau don de Dieu, la poésie, à des trivialités ridicules. On ne boit pas le vin de l'orgie dans le calice 2. » Don Juan était à ses yeux « l'orgie de la poésie : cette orgie a des éclairs au milieu des plus sombres ténèbres3 ». L'épisode d'Haïdée 4, « les délicieuses stances mélancoliques suiTangelus5 », étaient de ces éclairs. Dans un
1. « Je lis Vami Montaigne, que j'apprends tous les jours à mieux connaître, et par conséquent à aimer davantage. Nous ne nous quittons pas. » {Correspondance, Paris, 1882, t. I,p. 139, lettre à Virieu du 26 juillet 1810.)
2. Cours familier de littérature, t. III, p. 305. Voir encore ce passage de Y Entretien avec le lecteur, en tête des Recueillements ; « J'aurais ainsi à écrire une épopée domestique dans le style de l'Arioste ou de Don Juan. J'ai été retenu par le sentiment de respect pour la poésie ; j'ai craint de faire une profanation. Les vers sont la forme transcendante et, pour ainsi dire, divinisée de la pensée : les remplir de rien, c'est les avilir. Il ne faut pas mettre le vin de Champagne dans le calice des holocaustes. » (Ed. de 1860, t. V, p. 272.)
3. Lamartine, Vie de Byron, dans le Constitutionnel du 11 novembre 1865.