‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 205 sur 322 · Constitutionnel du 15 novembre · texte numérisé non relu

Constitutionnel du 15 novembre

2. Voir notamment le Cours de Littérature, t. III, pp. 451-454, 483; t. VII, pp. 384-385.

3. Traduit dans la Revue européenne, t. IX, 1834, p. 67, sous le titre suivant : Opinion de Fréd. Schlegel sur Lamartine. C'est un extrait d'un morceau paru en 1820 dans la Concordia, recueil rédigé par F. Schlegel.

4. Correspondance inédile, Paris, 1855, t. I, p. 175, lettre du 29 décembre 1821.

5. Je ne puis énumérer et encore moins citer ici toutes ces comparaisons. Je me bornerai à invoquer le témoignage dei\!issBircli elle-même, la future Mmtî de Lamartine, qui comparait son fiancé à Byron; — de Pichot, le premier traducteur du poète anglais, dans sa Notice et dans son Essai sur lord Byron ; — de Nisard, à propos des Harmonies, dans le Journal des Débals du 5 juillet 1830 : « Tantôt ce sont des ressouvenirs delà Muse antique, des pensées simples et tendres,... tantôt des hardiesses bibliques ... tantôt des allures hautaines et méprisantes à la manière de lord Byron, de la puissance pour haïr comme pour aimer, de poignantes ironies, mais toutes ces choses par emportement et non pour se jouer, comme fait lord Byron, ni avec un rire faux à la bouche » ; — du Mercure

l'un ou de l'autre, tantôt pour accentuer les ressemblances, tantôt pour faire ressortir les contrastes, mais en réservant toujours à l'auteur anglais l'honneur d'avoir été l'initiateur et le guide. « Il a beaucoup lu Byron : c'est un ange qui a étudié le Diable! » Ce mot de M. Laine sur Lamartine1 résume l'opinion de tous les contemporains. Il ne semble point que la critique moderne soit d'un avis opposé. Récemment encore, on reprochait de deux côtés à la fois à une étude sur Lamartine poète lyrique d'avoir omis Byron dans la liste des œuvres et des hommes qui ont fait le poète2. Il est trop évident qu'il ne l'a pas fait tout entier, mais il n'est pas moins certain qu'il y fut pour quelque chose.

du XIXù siècle, t. XXX, 1830, pp. 106 et suiv. , et du Correspondant de la même année, t. II, p. 277, etc., etc. George Sand (Revue des Deux Mondes, 1839, Essai sur le drame fantastique, t. IV, p. 614), W. Reymond (Corneille, Shakespeare et Gœthe, pp. 159 et 162), Blaze de Bury (Lord Byron et le byronisme, dans la Revue des Deux Mondes du 1er octobre 1872^, Emile Deschanel (Lamartine, Paris, 1893, t. I, passim), Charles de Pomairols (Lamartine, Paris, 1889), Félix Re3'ssié (La Jeunesse de Lamartine, Paris, 1892, passim). ont refait le parallèle à des points de vue différents. A noter en terminant l'opinion de M. Catulle Mendès,au jugement de qui la poésie de Lamartine relève plutôt d'Ossian que de Byron (Le Mouvement poétique fiançais de 1861 à 1900, Paris, 1903, P- 68.)

1. Rapporté par Aimé Martin, dansjune lettre à Lamartine du 20 janvier 1831 [Lettres à Lamartine, Paris, 1893, p. 126.)

2. « Peut-être pourrait-on s'étonner de ne pas voir figurer dans sa nomenclature des écrivains considérés à bon droit comme les sources littéraires du lyrisme de Lamartine : Homère, etc., et les poètes anglais Cowper, Wordsworth, Byron, dont il nous a été donné de feuilleter à Saint-Point les pages jaunies sous les doigts de celui qui, seul, les ouvrait dans sa petite bibliothèque intime. » (Félix Reyssié, Journal des Débats du 22 février 1898, à propos du livre de M. Zyromski.) — « La liste des œuvres et des hommes qui ont fait Lamartine est-elle complète? Comment M. Zyromski a-t-il pu omettre Byron ? Byron, par qui sans doute Lamartine a conçu le mal, le pessimisme, la révolte, qui par réaction l'a fait optimiste et adorateur, qui de plus lui a donné l'idée d'une forme libre, asservie aux seules images intérieures ? » (G. Lanson, Revue universitaire du 15 avril 1898, Bibliographie , p. 399.

Au premier abord, on peut trouver qu'il y a contradiction entre les deux hommes, leur caractère, leur conception des choses et leur philosophie. Autant Byron est pessimiste, négateur, révolté, autant Lamartine est optimiste, croyant, adorateur. Mais il y a du fatalisme dans l'optimisme de l'un comme dans le pessimisme de l'autre. « Je crois, disait Lamartine, que tout est soumis dans l'univers physique et moral à une toute-puissante Providence que je nomme quelquefois fatalité ; elle nous perd et nous sauve par des moyens que nous ne prévoyons jamais, parce qu'ils sont au-dessus de notre prévoyance... Oh! que cette croyance à la Providence, à la fatalité, est un bon oreiller pour les faibles, pour les malheureux, pour nous4 ! » Cela va bien tant que l'on regarde les choses comme il faut ; mais supposez « une vue de l'univers prise du mauvais côté 2 » : il y aura un renversement du pour au contre ; la fatalité du bien deviendra la fatalité du mal ; et de tels changements de point de vue sont choses à quoi il faut s'attendre avec une imagination mobile comme celle d'un poète. La croyance spiritualiste reprendra toujours le dessus chez Lamartine, parce qu'elle est chez lui affaire de tempérament, qu'elle a, — c'est lui-même qui le dit, — « la force d'un instinct3 », mais elle aura aussi ses intermittences et ses éclipses, selon les moments et les circonstances. Le fond de sa nature morale, c'est la foi en Dieu et en la Providence, héritée de ses aïeux, enseignée par sa mère, « la foi du berceau et de la tombe 4 », coupée par intervalles,

1. Correspondance, Paris, 1882, t. II, p. 13, lettre à Mlle de Canonge du 4 mars 1819. Voir dans le même sens t. I, pp. 348, 354, 358 ; t. II, pp. 7, 33, 38, 207.

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