Ibid., VII
LE BYRONÏSMÈ 13
Un sentiment de la nature humaine trouverait grâce devant Byron : c'est l'amour. Là-dessus le mélancolique Harold et le sarcastique auteur de Don Juan pensent de la même façon. L'amour seul pourrait donner du prix à la vie. Mais l'amour est inséparable de la souffrance, il traîne après lui une fatalité de douleur, de crime et de mort ; ce qu'il a de plus doux, ce sont ses ailes : « Quelque beau, jeune et charmant qu'il paraisse, du fond des sources délicieuses de la joie monte une amertume qui répand sur les fleurs ses bulles empoisonnées1. » Surgit amari aliquid.... Et le véritable amour ne se rencontre jamais en ce monde. « L'amour et le mariage, bien que nés tous deux sous le même climat, sont rarement réunis 2. » La passion est changeante : les hommes sont inconstants et les femmes sont infidèles. Seuls des êtres supérieurs et exceptionnels, ou des enfants encore tout près de la nature, comme Juan et Haïdée, savent ce que c'est qu'aimer. La pensée du poète tient tout entière dans l'invocation désespérée de Childe Harold : « 0 amour î tu n'es point un habitant de la terre : séraphin invisible, nous croyons en toi ; c'est une religion qui a pour martyrs les cœurs brisés ; mais jamais l'œil nu ne t'a vu, jamais il ne te verra tel que tu dois être. L'esprit de l'homme t'a créé, comme il a peuplé les cieux, avec les rêves de son imagination et de ses désirs.... Nous nous flétrissons dès notre jeunesse, haletants, écœurés, — écœurés ; notre bonheur ne nous est pas donné, notre soif n'est point étanchée, et pourtant jusqu'au dernier moment, jusqu'au bord même de la tombe, un fantôme nous leurre, pareil à celui que nous poursuivions la première fois ; mais c'est trop tard, et nous sommes doublement maudits. Amour, gloire, ambition, avarice, tout cela est même chose, tout cela est illusoire, tout cela est funeste, également funeste; sous des noms différents, ce sont autant de météores,