Don Juan, III
et la mort est la fumée noire où leur flamme s'évanouit 4. » Dans ce désastre total des illusions, des croyances et des espérances, il ne reste au poète qu'un refuge : c'est la nature. Il se jette sur son sein comme sur celui d'une mère. Là seulement cette âme inquiète trouve un peu de calme et de repos. Plus la nature est déserte et sauvage, et plus elle lui agrée. Il se sent isolé au milieu de la foule des hommes ; mais où s'élèvent des montagnes, là sont pour lui des amis, où mugit l'océan, là est sa patrie. « Il y a un charme dans les bois inviolés, un ravissement sur le rivage désert, une société où nul importun ne se glisse auprès de la mer profonde, une musique en son rugissement 2. » Alors il oublie la terre, et ses intérêts discordants, et les fragilités humaines, et s'il eût pu soutenir à cette hauteur le vol de sa pensée, il eût été heureux. Il aime la nature dans sa sérénité, qui l'apaise, dans ses tempêtes, qui s'harmonisent aux orages de son propre cœur. Il s'identifie à ses éléments, il se perd en elle : « Je ne vis pas en moi-même, mais je deviens une partie de ce qui m'environne. Les montagnes et les flots et les cieux, ne sont-ils pas une part de mon âme, comme moi je suis une part d'eux 3 ? » Il goûte dans sa plénitude le sentiment de l'infini : « C'est une vérité qui se répand dans notre être et le purifie du moi ; c'est une vibration, âme et source de la musique, qui nous initie à l'universelle harmonie 4. » Affranchi de son torturant individualisme, devenu parcelle intégrante de l'univers, il en comprend l'ordre et la beauté. Sous la forme du panthéisme naturaliste, le sens religieux renaît dans son âme dévastée, et quand « des casuistes charitables » l'accusent de manquer de dévotion, il peut leur répondre fièrement : « Mes autels à moi, ce sont les montagnes, c'est l'océan, c'est la terre, l'air, les