Constitutionnel du 18 octobre
2. Lamartine communique à Virieu le premier jet de cette pièce dans une lettre datée de Milly, 20 octobre 1819. {Correspondance, t. II, p. 77.) Il y travaillait depuis le mois de septembre 1819. (Correspondance, II,
3. Correspondance, t. I, p. 359. La lettre à Virieu, de juillet 1818, fait allusion à Fode en question comme à une simple idée poétique qui attend encore sa réalisation : <( Je me suis tellement remué, il m'a tellement passé d'idées dans la tête depuis ces quinze jours, qu'il m'y est venu une ode intitulée le Malheur. Je l'écrirai, si je puis en avoir la force, et je (te) l'enverrai. )> (Correspondance, t. I, p. 320.) Il convient d'ailleurs de rappeler que M. Thomas relève dans cette pièce des imitations de Young. (Voir Le Poète Edward Young, Paris, 1901, 2° partie, chap. ix ) Byron et Lamartine ont lu Young tous les deux. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'ils se soient rencontrés, là où ils s'inspirent du poète des Nuits pour peindre la misère de la condition humaine. Mais Young ne jette point l'anathème à la puissance divine. La révolte contre la Providence est un sentiment proprement byronien.
LES OPTÎMISf ES : HUtiO ET LAMARTINE 323
Héritiers des douleurs, victimes de la vie, Non, non, n'espérez pas que sa rage assouvie
Endorme le Malheur, Jusqu'à ce que la Mort, ouvrant son aile immense, Engloutisse à jamais dans l'éternel silence
L'éternelle douleur !
Le mouvement général de la pièce, l'accent, la conclusion, rappellent singulièrement le début du chant II de Childe Harold : « Attaché à la terre, l'homme lève les yeux vers le ciel. Etre malheureux ! N'est-ce pas assez de savoir que tu existes ?.. Ne cesseras-tu de rêver à des félicités et à des maux à venir?... La paix nous attend sur les rivages de l'Achéron. Là, le convive rassasié n'est plus forcé de s'asseoir à un banquet, mais le Silence prépare la couche du repos après lequel nous soupirons 4 . » Cette fois il n'y avait pas de contre-partie. Jusqu'au dernier vers, l'anathème succédait a l'anathème. Encore n'avons-nous pas tout. « Il y avait bien d'autres strophes plus acerbes, plus insultantes, plus impies. Quand je retrouvai cette méditation et que je me résolus à l'imprimer, je retranchai ces strophes. L'invective y montait jusqu'au sacrilège. C'était byronien, mais c'était Byron sincère, et non joué 2. »
A peine Lamartine eut-il poussé ce cri de colère, qu'il eut peur de son oeuvre et de lui-même 3. « L'Ode au Malheur