‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 215 sur 322 · Voir les lettres du 4 mars, des 5, 8, 13 avril · texte numérisé non relu

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3. On a pensé que le titre même de ce recueil pouvait avoir été suggéré par la lecture de Byron. « Le second Childe Harold est sérieux.;. L'amour, la liberté, la gloire, le besoin d'oubli, surtout la nature, remplissent ces deux cbants qui sont une suite de méditations poétiques. L'illustre poète français qui donna ce titre à son premier recueil ne le trouva qu'après la lecture de Childe Harold. )> (L. Etienne, Un retour vers Byron, Revue des Deux Mondes du 15 février 1869.) Mais, vers le milieu de 1818, Lamartine avait déjà trouvé son titre. « Je t'ai parlé de mes Méditations poétiques, écrit-il à Virieu le 24 août ; je t'en ai même, je crois, récité à Lemps quelques vers. » Si l'on veut absolument que l'idée lui en soit venue d'ailleurs que de lui-même, on pourra admettre avec M. Léon Sécbé qu'il a retenu ce mot « Méditations » de la traduction des Nuits d'Young par Letourneur, dont certaines éditions contiennent les Méditations et Contemplations du poète anglais Hervey. (Lamartine de 1816 à 1830, Paris, 1906, p. 161.)

4. « Si je pouvais écrire avec moins de fatigue de cœur, j'enverrais aujourd'hui par vous à Mme de Beufvier une petite ode en réponse à une sur le Malheur que je lui ai lue une fois. Je l'ai faite hier à contrecœur pour y justifier la Providence que j'accusais ailleurs. Je pourrai ainsi mettre la première au rang de mes Méditations, et, sans réponse,

L'espoir lui revenait, et avec lui le goût de la vie, l'enthousiasme, l'optimisme. C'est dans ces conditions qu'au cours de l'été 1819 il lut ou relut probablement Manfred d. Il y retrouva l'exposé singulièrement plus puissant et plus âpre de pessimisme et de fatalisme universels qu'il avait proclamés jadis. Il admira, mais il fut épouvanté. Il crut voir dans Byron ce qu'il aurait pu devenir lui-même, s'il avait persisté dans l'attitude révoltée qu'il avait prise un moment, et, fort de son génie naissant, persuadé qu'un autre pouvait remonter du scepticisme à la foi, puisqu'il y était revenu lui-même, il entreprit de « convertir » le grand poète anglais « à des idées moins sataniques 2 ».

Que la fameuse épître à laquelle il fait ainsi allusion ait

cela ne se pouvait pas. » (Lettre à M. le comte deSaint-Mauris, du 27 mai 1819, Correspondance, t. II. p. 39.)

1. Dans le texte anglais sans doute, car il n'a rien été traduit de Manfred dans la Bibliothèque universelle de 1817 à 1820, et d'autre part la troisième livraison de la traduction des Oeuvres complètes de lord Byron (trad. Pichot, lre édition), comprenant le t. III (La Fiancée d'Abydos et Manfred) et le t. IV, n'a • paru qu'à la fin d'octobre 1819, au moment même où Lamartine communiquait à Virieu la première ébauche de V Homme. (Lettre du 20 octobre.) Elle est annoncée dans le Journal de la Librairie du 30 octobre. — Peut-être Lamartine n'avait- il pas eu, avant le courant de 1819, connaissance du drame anglais. Le récit du Constitutionnel désigne expressément Childe Harold comme le premier poème de Byron que Lamartine ait connu. (Voir ci-dessus, p. 321.) Celui du Commentaire nomme aussi Manfred, mais reporte à 1819 l'initiation de Lamartine à la poésie byronienne. Il y a là, ce me semble, une indication à retenir, et un moyen de concilier en partie les deux versions. Lamartine aurait découvert Childe Harold en 1818, et Manfred l'année suivante seulement. Ce n'est là qu'une hypothèse que la lecture de l'épître à lord Byron m'a suggérée, comme on le verra plus loin.

2. « Je médite toujours de temps en temps, qu?nd mes affaires de finance m'en laissent le loisir. Je suis convaincu que Mn)G de Beufvier et vous entendrez avec plaisir quelques-uns de ces chants d'un genre à peu près nouveau. Je viens d'en adresser un au fameux lord Byron, que vous connaissez sans doute, pour le ramener à des idées un peu moins sataniques. Mais c'est trop long et trop incorrect pour vous être présenté aujourd'hui. » (Correspondance, t. II, p. 87, lettre à la marquise de Raigecourt, du 12 novembre 1819.)

été écrite au sortir même d'une lecture du drame anglais, Lamartine ne Ta pas dit, mais on est porté à le croire, car les réminiscences y abondent. Il emprunte à Byron luimême les traits par lesquels il caractérise son génie. L'aigle, emblème de cette poésie altière et sauvage, l'aigle, « roi des déserts », qui dédaigne la plaine, qui ne veut

que des rocs escarpés Que l'hiver a blanchis, que la foudre a frappés,

c'est celui que Manfred voit passer au-dessus de sa tête et dont il envie le vol rapide i. De même que le solitaire des Alpes fait son plaisir « d'aller au milieu des déserts respirer l'air vif des montagnes couvertes de glaces, sur la cime desquelles les oiseaux n'auraient osé bâtir leur nid 2 », de même

... tandis que l'oiseau qui chante ses douleurs Bâtit au bord des eaux son nid parmi les fleurs,

1. « O toi, monarque des airs, qui d'une aile rapide prends ton essor vers les cieux, que ne daignes-tu fondre sur moi, faire ta proie de mon cadavre et en nourrir tes aiglons ? Tu as déjà franchi l'espace où mes yeux pouvaient te suivre, et les tiens peuvent encore découvrir tous les objets qui sont sur la terre et dans l'air. » {Manfred, acte I, se. n, trad. Pichot, t. I, p. 345.)

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