‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 220 sur 322 · Vie de Byron {Constitutionnel du 27 septembre · texte numérisé non relu

Vie de Byron {Constitutionnel du 27 septembre

2. « Je n'étais pas auteur ; j'étais ce que les modernes appellent un amateur , ce que les anciens appelaient un curieux de littérature, comme je suppose qu'Horace, Gicéron, Scipion, César lui-même, l'étaient de leur temps. La poésie n'était pas mon métier ; c'était un accident, une aventure heureuse, une bonne fortune dans ma vie. J'aspirais à tout autre chose, je me destinais à d'autres travaux. » (Méditations, préface de 1849.) Bjtou, dans la préface des Hours of Idleness, avait dit en termes presque analogues, mais sur un ton ironique inconnu à Lamartine : « La poésie n'est pas essentiellement ma vocation : égayer les tristes moments d'indisposition, rompre la monotonie d'une heure vide, voilà ce qui m'a induit à ce péché... » Ses biographes signalent comme un des traits marquants de son caractère le souci, — où il entre une bonne dose d'orgueil aristocratique, — de n'être pas confonduavec les gens de lettres. « 11 avait un dédain enraciné pour les littérateurs de profession, et il fut toujours hanté de la crainte de les voir réclamer l'égalité avec lui sur le terrain commun de la littérature. » (Nichol, Byron, London, 1894, p. 38.)

Adieu, mes beaux coursiers oisifs dans les prairies. Adieu, mon chien fidèle, hélas ! seul au foyer *.

Il rêva comme lui devant l'immensité de l'Océan. A Athènes, il retrouva ses traces. Au passage des Dardanelles, son imagination ne fut occupée que de deux souvenirs : « l'un vieux comme ces ondes, l'autre récent comme nos jours, les traversées nocturnes d'Héro et de Léandre et la traversée à la nage de lord Byron 2 ». Enlace d'Abydos, il se récita les vers consacrés par le poète à la fille de Giaffîr. Il courut la Judée et la Syrie, comme l'autre l'Albanie et l'Epire. Il avait enfin réalisé son rêve : il avait, lui aussi, des chevaux sur les grèves et des barques à lui sur les mers.

Byron demeura toujours pour Lamartine ce qu'il avait été dès la première heure : « la plus grande nature poétique des temps modernes 3 », l'un « des grands esprits qui ont étonné et illustré la race humaine 4 », l'incarnation même du génie inspiré. Il ne le lut point, comme on l'a dit, « à la volée, vers la trentaine 5 » ; il y revint sans cesse et se tint toujours en communication avec lui. A Saint-Point, vers 1838, il avait sur la table de chêne qui avait servi à son père et à son grand-père ses livres préférés : leur vieille bible, un grand Pétrarque in-4°, un Homère, un Virgile, un volume des lettres de Cicéron, un tome dépareillé de Chateaubriand, de Gœthe, de Byron, et une petite Imitation de Jésus-Christ G.

1 Voyage en Orient, éd. de 1860, t. I, p. 22.

Page 1