Premières Méditations : V Immortalité
2. Lettre à Virieu du 15 février 1823, Corresp., II, p. 238. Comparez l'Avertissement ; « Ce poème a été imprimé comme il a été écrit par l'auteur, dans une forme inusitée, par couplets d'inégale longueur ; après chaque couplet, nous avons placé un fleuron qui indique la suspension du sens, et l'auteur passe souvent, sans autre transition, d'une idée à une autre. »
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de mettre en tête de chacun de ces couplets un chiffre romain, — le point paraît avoir eu beaucoup d'importance à ses yeux, — pour s'imaginer qu'il a trouvé un équivalent français très suffisant de la stance de Spenser1. Le procédé est un peu puéril. Mais, en relisant de près, et avec le dessein de l'imiter, l'œuvre de Byron, Lamartine a pénétré le secret de sa composition, deviné Fart et même l'artifice qui se cache sous le décousu apparent de la forme. Il a, chemin faisant, développé et affermi sa propre conception de l'épopée moderne; c'est elle qu'il expose dans son Avertissement, sous couleur de définir Childe Harold : « Ce genre de poème n'a pas encore de nom générique dans la littérature moderne. Ce n'est pas le poème didactique, car il n'enseigne rien ; ce n'est pas le poème descriptif, car il raconte aussi ; ce n'est pas le poème épique, car il n'en a ni les héros, ni le caractère, ni l'importance, ni la majesté : il tient de ces trois genres à la fois ; il raconte, il décrit, il médite, il enseigne ; le héros est le poète lui-même ou le cœur de l'homme en général, avec ses impressions les plus variées et les plus profondes ; c'est le poème d'une civilisation avancée, où l'homme sent encore la nature avec cette force d'enthousiasme qu'il ne perdra jamais, mais où il se plaît à analyser ses propres sentiments, à se rendre compte de ce qu'il
1 «Le poème anglais de Childe Harold est écrit en stances d'un nombre égal de vers, indiquées par un chiffre romain. C'est la stance de Spencer (sic), forme que lord Byron avait adoptée et rajeunie, comme plus propre à ce genre de composition, où l'imagination, se livrant à tous ses caprices, ne suit plus pas à pas l'ordre méthodique de la prose, mais s'élance sans transition prononcée d'une idée à une autre. Cette forme devait être conservée dans ce cinquième chant par M. de Lamartine, mais la poésie française ne possède aucun rythme analogue à la stance de Spencer ou aux couplets du Tasse dans sa Jérusalem. Pour y suppléer, il a donc été obligé de composer ce dernier chant en stances irrégulières d'un nombre de vers indéterminé. Ici c'est le sens et non le nombre des vers qui indique la suspension et le repos ; nous les indiquons, comme dans le poème original, par un chiffre romain. )) (Avertissement du Dernier chant de Harold.)
éprouve, à savourer des impressions fugitives, et où son propre cœur est devenu pour lui un thème plus intéressant que les aventures un peu usées des héros imaginaires, fabuleux ou historiques. L'intérêt est tout dans le style, et la forme, à peine esquissée, n'est qu'un fil imperceptible pour lier d'un lien commun les idées et les sentiments qui se succèdent1. » On ne saurait mieux caractériser ce « poème des poèmes » dont Lamartine avait eu la révélation dans un instant d'enthousiasme illuminé, « en sortant de Naples, le 20 janvier 1821 2 », et auquel il travailla et rêva toute sa vie, — ou tout au moins les épisodes qu'il nous en a donnés.
A ne regarder que le sujet, le caractère des personnages, les divisions extérieures, le Journal d'un Vicaire 3 ne rappelle guère les conceptions byroniennes. On peut sans chercher bien loin lui découvrir une hérédité toute française. « C'est une sorte de poème moitié descriptif, moitié dramatique, tout consiste dans la peinture de deux amants qui marchent et causent dans la solitude, et dans le tableau des troubles de l'amour au milieu du calme des déserts. J'ai essayé de donner à cet ouvrage les formes les plus antiques : il est divisé en prologue, récit, épilogue. » Est-ce Lamartine qui résume Jocelyn ? Non, c'est Chateaubriand qui définit Atala^. Le poète remontait plus haut encore, quand il ratta-