Atala, préface de la lre édition
chait à Paul et Virginie « ce type accompli, selon lui, des modernes1 », l'œuvre qu'il venait de concevoir. Mais cette « épopée de l'homme intérieur », pour lui emprunter sa propre formule 2, en aurait-il compris l'intérêt et la nouveauté, pressenti la grandeur et le pathétique, s'il n'avait eu, pour éveiller et pour guider sa puissance créatrice, l'exemple de Childe Harold, « cette odyssée de l'âme d'un poète incomparable », comme il l'a qualifiée lui-même 3? Et dans le détail et les procédés de la composition, que de rapports avec Byron ! Ce dédain des transitions lentes et appliquées, ces tableaux qui se succèdent, jetés brusquement sous les yeux du lecteur et remplacés aussitôt par d'autres, plus éblouissants encore, le demi-mystère où ils se perdent, cet art de suggérer autant que de raconter, de développer les sentiments et de laisser les faits dans le vague, — si utile à l'auteur quand il retrace les épisodes les plus délicats de la vie commune de Laurence et de Jocelyn, — ces admirables méditations devant la nature, ces vives échappées de lyrisme qui rompent et varient l'uniformité narrative, tout cela serait-il venu à l'esprit de Lamartine, s'il n'avait pas lu le poète anglais4? Aurait-il imaginé la Chute dun Ange, et arrêté en 1823 le plan tout entier de son vaste poème5,
1. Correspondance, t. III, p. 255, lettre à Virieu du 11 décembre 1831. 2 Ibidem,