Ibidem, p. 236. Voir aussi p
l'amour de Dieu, c'était sa passion i ! »Mmede Vigny fondait sa foi sur le raisonnement : « Point d'ouvrage sans ouvrier, disait-elle à son fils, point d'édifice sans architecte : donc il y a un être supérieur à nous, créateur de toutes les merveilles qui frappent nos yeux. Toutes les religions sont bonnes en tant qu'elles ont pour but d'adorer l'Etre suprême, mais la nôtre est la meilleure de toutes... Prie Dieu qu'il te donne la foi, mais conforme-toi et pense souvent à la morale sublime que cette religion enseigne 2. » Surveiller continuellement ses paroles et ses pensées, réprimer tous ses premiers mouvements, lorsqu'ils sont contraires à l'ordre ou à la justice, vivre dans une perpétuelle contention morale, tels sont les conseils qu'elle donnait à son fils non seulement pour être honnête, mais encore pour être heureux 3 . On reconnaît là les premiers linéaments du stoïcisme futur d'Alfred de Vigny. Sans méconnaître la valeur de cette ferme discipline et la qualité d'âme qu'elle suppose, on peut se demander si ces combats constants avec soi-même, la maîtrise exercée de haute lutte sur une nature sensible et voluptueuse, n'ont pas contribué à donner à la personne et à l'œuvre de Vigny cet air de gravité tendue et triste qui en est le caractère essentiel.
Dans la période juvénile et mondaine de sa vie, surtout avant la publication de ses premiers poèmes, il aurait fallu être bien perspicace pour deviner sous les dehors élégants et légers la mélancolie latente. On en jugera par ce portrait que Mme Ancelot nous donne du poète, tel qu'il était en 1824: « Au milieu de cette réunion de femmes, quelle est donc cette figure gracieuse et maligne en même temps, qui ressemble à un page prêt à faire une espièglerie ?... Prenez