Ibidem, dans le Sillon du 25 janvier 1905, p
garde î il est capable, à en juger par son air, de dérober un ruban à celle-ci, un baiser à celle-là ; c'est Chérubin, blond, vif, alerte... et déjà... officier ; oui, c'était un officier de la maison du roi... Vous voyez que la comparaison avec Chérubin continue ; nous ne la pousserons pas plus loin, car Chérubin était déjà,... au dire de la comtesse,... un peu mauvais sujet *. » Mais il portait dès lors aussi sa blessure secrète, cachée aux yeux étrangers avec une pudeur jalouse. Le début de l'article que Vigny consacra à Byron en décembre 1820, dans le Conservateur littéraire 2, a toute la valeur d'une confidence. Il se demande la raison du contraste qui existe entre « la noire tristesse » de certains • écrits et la gaieté accoutumée de celui dont ils portent le nom. « Ne serait-ce pas simplement l'effet du monde sur l'homme ? Tous n'ont pas le courage de se montrer tels qu'ils sont à ce terrible monde. Il est des peines intérieures si ridicules aux yeux du vulgaire, et qui jettent dans un si étrange étonnement ces gens qui ne comprennent d'autres chagrins que ceux des conventions sociales, qu'il n'est pas surprenant qu'un homme de génie malheureux cherche dans un visage impassible et froid un rempart contre la pitié curieuse et glacée du commun des hommes. » Il retrouva dans la misanthropie byronienne un écho de ses intimes pensées ; dans Manfred, en qui il voyait Byron lui-même, une âme parente de la -sienne. Il admira dans l'œuvre du poète anglais « les tableaux voluptueux », les caractères énergiques, « le choc des passions rendu par des expressions de flamme » ; il y contempla, avec un sombre plaisir auquel il cédait tout en essayant de s'en défendre, la peinture d'un cœur solitaire et désespéré. « La poésie de cet homme extraordinaire, écrivait-il, est harmonieuse et riche ; elle entraîne par la chaleur et la pureté du style ; elle enchante par la
1. Mme Ancelot, Un salon de Paris, 1824-1 86 '4, Paris, in- 18, 1866, p. 37.