Les huit ou neuf premiers vers
Mon lit est parfumé d'aloès et de myrrhe, etc., traduisent presque littéralement les versets 16-19 du chap. vu des Proverbes. Le dialogue des amants, quelques lignes plus loin, est une réminiscence du Cantique des cantiques.
byron 24
probablement la description que Vigny en avait certainement lue dans le Lycée français de septembre 1819, a fourni le dessin du tableau final, notamment l'attitude de Jésus i :
Son doigt mystérieux, sur l'arène légère, Ecrivait une langue aux hommes étrangère, En caractères saints dans le ciel retracés... Quand il se releva, tous s'étaient dispersés.
Mais la peinture du trouble de l'épouse coupable, et surtout le trait qui la termine, sont empruntés à Parisina. Voici par exemple ce que Vigny avait lu dans la traduction de Bruguière de Sorsum : « Elle voulut parler ; le son confus fut étouffé dans sa gorge gonflée, et cependant son cœur tout entier s'élançait dans ce long et profond gémissement : il cessa. Elle fit un effort pour parler encore : sa voix éclata par un cri perçant, et elle tomba sur la terre comme une pierre ou comme une statue renversée de sa base 2. » Et voici ce qu'il écrit :
Elle voulut parler, mais les sons de sa voix, Sourds et demi-formés, moururent à la fois, Et sa parole éteinte et vaine fut suivie D'un soupir qui sembla le dernier de sa vie,
1. Voici, d'après la description faite par Delécluze, comment le Poussin a traité le sujet : « Il a établi le lieu de la scène sur une place publique de Jérusalem. Près de Jésus- Christ, la femme adultère, plongée dans la plus profonde humiliation, est à genoux. L'Homme-Dieu, qui veut confondre la ruse de ceux qui cherchent à le trouver en faute, a tracé dans la poussière des mots que deux des accusateurs cherchent à comprendre, et il prononce alors ces belles paroles : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. )) Tous les assistants, se sentant repris parleur conscience, les uns confus, les autres menaçant encore, cherchent à s'évader... )) (Troisième lettre au rédacteur du Lycée français sur l'exposition des ouvrages de peinture, sculpture, architecture et gravure des artistes vivants, t. I, 8c livraison, pp. 361 et suiv.)
2. Parisina, XIV, traduction de B. de Sorsum, dans le Lycée français, t. I, 1819, p. 224. — On peut rapprocher de cette partie de Parisina tout le n° II de la Femme adultère.
Elle entr'ouvre le seuil, mais là tombe abattue, Telle que de sa base une blanche statue.
La ressemblance, sensible dans tout le passage, éclate dans le dernier vers. Une comparaison, dans Eloa, figure l'attraction exercée sur la vierge par l'infernal séducteur :
Déjà presque soumise au joug de l'Esprit sombre. Elle descend, remonte et redescend dans l'ombre. Telle on voit la perdrix voltiger et planer Sur les épis brisés qu'elle voudrait glaner, Car tout son nid l'attend ; si son vol se hasarde, Son regard ne peut fuir celui qui la regarde, Et c'est le chien d'arrêt qui, sombre surveillant, La suit, la suit toujours d'un œil fixe et brillant.
Byron a donné à tous ses héros ce pouvoir fascinateur, et l'a dépeint par une comparaison analogue : « Comme l'oiseau frémit de terreur, et cependant ne peut fuir le serpent qui l'aspire, il y a dans le regard de cet homme quelque chose qui accable celui qui ose le fixer d. » Il l'a prêté notamment à Lucifer : « Je ne puis, dit à Caïn Adah tremblante, je ne puis répondre à cet immortel qui est devant moi ; je ne puis l'abhorrer ; je le contemple avec une crainte qui n'est pas sans charme, et je ne le fuis pas ; dans son regard est une attraction qui fixe mes yeux troublés sur les siens ; mon cœur palpite ; il me frappe de terreur et cependant m'attire à lui de plus en plus 2. » Vigny, dans l'ébauche de son poème,