Mazeppa, xiv, trad. Pichot, I, p
C'est ainsi que, brillante et volage comme le papillon, la beauté se joue des désirs de l'enfant devenu homme. Poursuite mêlée de vaines espérances et de craintes, commencée par la folie, et que les larmes terminent î Mais se sont-ils laissé prendre, les mêmes malheurs sont le partage de l'insecte et de la jeune fille ; une vie de douleur les attend ; adieu la paix et le bonheur ; l'un est le jouet de l'enfant, l'autre g émit des caprices de l'homme. Cet objet charmant, recherché avec tant d'ardeur, perd tout son prix dès qu'il est obtenu4... » Ailleurs l'image est en quelque sorte retournée : « Tel on voit, dit Byron, un troupeau de loups affamés se précipiter sur un taureau sauvage, malgré le feu que lancent ses yeux et les rugissements de sa colère : c'est en vain qu'il foule aux pieds ou fait voler dans les airs, avec ses cornes sanglantes, ceux qui osent l'attaquer les premiers ; tels les Musulmans marchent aux remparts ; tels les plus audacieux succombent sous les coups des assiégés 2. » On reconnaîtra l'inspiration de ce passage dans le morceau suivant d'Héléna :
Si de grands bœufs errants sur les bords d'un marais Combattent le loup noir sorti de ses forêts, Longtemps en cercle étroit leur foule ramassée Présente à ses assauts une corne abaissée, Et, reculant ainsi jusque dansles roseaux, Cherche un abri fangeux sous les dormantes eaux.
Le Giaour, trad. Pichot, 2° éd., t. II, p. 18. As rising on its purple wing The insect queen of eastern spring O'er the emcrald meadows of Kashmeer Invites the young pursuer near, And leads him on from flower to flower...
The lovely toy so fiercely sought Hath lost its charm by being caught..
2. Le Siège de Corinthe, xxm, trad. Pichot, 2e éd., t. I, p. 177. As ihe wolves, that headlong go On the stately bufïalo, Though with fiery eyes and angry roar, And hoofs that stamp and horns that gore, He tramples on earth, or tosses on high, The foreraost, who rush on his strength but to die..,
Le loup rôde en hurlant autour du marécage : Il arrache les joncs, seule proie à sa rage, Car au lieu du poil jaune et des flancs impuissants, Il voit nager des fronts armés et mugissants. Mais que les aboiements d'une meute lointaine Rendent sûrs ses dangers et sa fuite incertaine, Il s'éloigne à regret ; son œil menace et luit Sur l'ennemi sauvé que lui rendra la nuit, Tandis que, rassuré dans sa retraite humide, Le troupeau laboureur, devenu moins timide, Sortant des eaux ses pieds fourchus et limoneux, Contemple le combat des limiers généreux. Tels les Athéniens, du haut de leurs murailles, Ecoutaient, regardaient les poudreuses batailles [ .
Dans Vile, ou Christian et ses compagnons, le poète anglais avait magnifiquement décrit un coucher de soleil sous l'Equateur : « Quand le soleil se couche dans ces climats, ce n'est pas en descendant à pas lents comme dans son humide couche du nord; cest d'un seul bond, avec tout son éclat; c'est comme s'il quittait pour toujours le monde et le privait de ses clartés sans retour qu'il plonge sous les flots son front rayonnant, semblable à un héros qui se précipite fièrement dans la tombe 2. » Vigny se souvint de ces vers, quand, en 1824, il salua d'un dernier adieu le soldat-poète disparu en pleine gloire :
Tel aux yeux des marins le soleil des tropiques Se plonge tout ardent sous les flots pacifiques Et, sans pâlir, descend à son nouveau séjour, Aussi fort qu'il était dans le milieu du jour 3.
Ces fleurs brillantes ne sont que des ornements du tissu