‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 240 sur 322 · Chant II · texte numérisé non relu

Chant II

ALLRED DE VIGNY 377

* C'est une réplique de celui-ci, qu'on peut lire dans le Corsaire: « Mais déjà, depuis les sommets de l'Hymète jusqu'à la plaine, la reine des nuits commence son règne silencieux... Ses rayons vont se briser sur les corniches de la blanche colonne... Plus loin la mer d'Egée a calmé son sein courroucé et déroule majestueusement ses vagues de saphir et d'or, pendant que les îles qui s'élèvent au milieu des flots déploient au loin le rideau de leurs ombres, dont le sévère aspect contraste avec le sourire de l'Océan i. » Mais ici c'est le poème tout entier qu'il faut suivre ligne à ligne, si l'on veut voir jusqu'à quel point Vigny s'était nourri de la lecture de Byron.

Il avait été séduit par le côté exotique de la poésie byronienne, par cette peinture de l'Orient dont les Martyrs et l'Itinéraire avaient ébloui une première fois les imaginations, mais que l'on retrouvait plus colorée encore, plus vivante, plus proche de la réalité moderne dans le Corsaire ou le Giaour. En lisant la Fiancée d'Abydos, il avait été frappé, — nous le savons par l'article du Conservateur littéraire, — de l'art avec lequel le poète « étalait toute la grâce des mœurs asiatiques, toute la patience servile des Grecs opposée à la cruauté infatigable des Musulmans », en réveillant de temps à autre, « au milieu de ces contrastes modernes, des souvenirs de la Grèce antique ». Quand l'explosion, en 1821, de l'insurrection hellénique lui eut inspiré le désir de chanter le courage, les souffrances et les premiers succès des Grecs

1. Le Corsaire, III, i, trad. Pichot, 2e éd., t. I, p. 54. But lo ! from high Hymettus to the plain, The queen of night asserts her silent reign... With cornice glimmering as the moonbeams play, There the white column greets her grateful ray... Again the iEgean, heard no more afar, Lulls his chafed breast from elemental war ; Again his waves in milder tints unfold Their long array of sapphire and of gold, Mix'd with the shades of many a distant isle, Thatfrown — where genller océan seems to smile.

Il est manifeste que Vigny imite Byron à travers la traduction Pichot.

révoltés, s'il trouva dans les événements du jour le point de départ de son poème, il en demanda à ses auteurs favoris les développements et les couleurs 4 . Comme il n'avait point parcouru les lieux ni observé les mœurs qu'il voulait décrire, c'est d'après Chateaubriand, c'est surtout d'après les poèmes orientaux de Byron qu'il exécuta son Hélénçt. Dans le premier chant, il traça, en s'inspirant de Childe Harold, un tableau de la vie riante et molle des îles de l'Archipel, de l'esclavage souriant de la Grèce ; il la compara, — à son tour, — à une vierge mourante ; pour esquisser le départ aventureux des insurgés faisant voile vers Athènes, il emprunta des traits au Corsaire, Voilà pour « la grâce des mœurs asiatiques », ou tout ou moins orientales, relevée et ennoblie par ce réveil de l'énergie que Byron avait appelé de ses vœux, là même où il semblait désespérer le plus des indignes descendants de Thémistocle et de Miltiade. Le second chant fut consacré presque tout entier à « réveiller les souvenirs de la Grèce antique ». Par une fiction ingénieuse, qui rappelle les voyages d'Eudore et de Cymodocée, Vigny promena parmi l'Archipel silencieux, sous la clarté de la lune, le vaisseau qui portait son héros, sa fortune et ses amours. Il évoqua les noms anciens et les rivages fameux, les légendes voluptueuses ou mélancoliques, Cythérée, les Sirènes, Philomèle, Orphée, Lesbos, Délos, Paros... Il terminait par un chant d'amour et d'admiration pour la Grèce :

Regardez, c'est la Grèce ; ô regardez, c'est elle ! Salut, reine des Arts î Salut, Grèce immortelle ! Le monde est amoureux de ta pourpre en lambeaux, Et l'or des nations s'arrache tes lambeaux.

O fille du Soleil ! la Force et le Génie Ont couronné ton front de gloire et d'harmonie. Les générations, avec ton souvenir, Grandissent ; ton passé règle leur avenir.

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